La mère de Colten Boushie dénonce la discrimination dont elle a fait l’objet

SASKATOON — Avant même d’ouvrir la bouche, Debbie Baptiste avait déjà envoyé son message.

Vêtue d’un t-shirt avec le slogan «Justice for Indigenous» («Justice pour les Autochtones), la mère de Colten Boushie était devant les médias, lundi, pour réagir aux conclusions d’un rapport, qui a confirmé qu’elle avait fait l’objet de discrimination lorsque les agents de la Gendarmerie royale du Canada (GRC) lui ont appris la mort de son fils.

«Je ne méritais pas d’être traitée comme j’ai été traitée», a-t-elle soutenu en retenant ses larmes lors d’une conférence de presse sur la réserve de la Première Nation Whitecap Dakota, à l’extérieur de Saskatoon.

«Nous attendons cette justice depuis longtemps. Cela a fait tellement de mal à notre famille et à notre communauté (…) nous nous sommes battus pour cette justice et nous continuons à nous battre.»

M. Boushie, âgé de 22 ans, a été abattu lorsqu’un véhicule utilitaire sport (VUS) dans lequel il se trouvait s’est rendu sur la propriété de l’agriculteur Gerald Stanley, près de Biggar, en Saskatchewan, le 9 août 2016. M. Stanley a été accusé de meurtre au deuxième degré et acquitté par un jury en 2018. Il avait témoigné qu’il avait tiré des coups de semonce et que son arme «s’était juste déclenchée».

La Commission civile d’examen et de traitement des plaintes relatives à la GRC (CCETP) a enquêté sur la façon dont les agents de la Saskatchewan ont géré la mort de M. Boushie.

Tout en concluant qu’en général, la GRC a mené une enquête professionnelle, l’organisme indépendant a formulé 17 recommandations pour remédier aux faux pas, dont ceux commis auprès de la famille.

«Notre famille n’allait jamais abandonner, a affirmé Mme Baptiste. Nous n’allions pas être balayés et traités comme moins que des êtres humains.»

La commission a détaillé comment, après la fusillade, les agents ont adopté une approche tactique lorsqu’ils ont rencontré Mme Baptiste pour l’informer de la mort de son fils.

La police a dit à Mme Baptiste, qui avait fondu en larmes, de «se ressaisir», a écrit la commission. Les agents ont demandé si elle avait bu, avaient senti son haleine et fouillé sa maison, selon la commission.

L’organisme a dit qu’il avait été «blessant» que la police vérifie le four à micro-ondes de la dame pour vérifier si elle leur avait dit la vérité lorsqu’elle avait raconté qu’elle avait déposé le repas de son fils à cet endroit lorsqu’il n’était pas revenu pour le souper.

«Si cela ne témoigne pas de discrimination et de racisme, je ne sais pas ce que cela signifie», a souligné Eleanore Sunchild, l’avocate de Mme Baptiste, lors de la conférence de presse.

La commission a également indiqué que des agents s’étaient rendus de manière inappropriée à une cérémonie en l’honneur de M. Boushie pour informer sa mère des mises à jour de l’affaire.

En examinant une deuxième plainte déposée par la famille, elle a découvert qu’un premier communiqué de presse de la GRC concernant le décès portait principalement sur des crimes présumés contre les biens, plutôt que sur une enquête sur un homicide.

«Cela a donné le ton pour que le pays crache de la haine contre Debbie et sa famille», a plaidé Mme Sunchild.

La commission a déclaré que M. Boushie ne semblait pas avoir quitté le véhicule ni touché la propriété de M. Stanley. Sa famille a ajouté qu’il n’avait pas de casier judiciaire.

La commission a également constaté que la GRC n’avait pas protégé correctement le VUS dans lequel M. Boushie a été abattu, ce qui a entraîné la perte de preuves d’éclaboussures de sang.

Mme Sunchild a souligné que depuis que les conclusions de la commission sont devenues publiques ce week-end, il y a eu une répétition de commentaires haineux et racistes publiés en ligne.

Le ministre fédéral de la Sécurité publique, Bill Blair, a affirmé dans un communiqué que la GRC avait mis en œuvre 16 des 17 recommandations découlant de l’un des rapports et que tous les membres de la police de la Saskatchewan devaient suivre une formation obligatoire sur la sensibilisation culturelle d’ici le 1er avril.

Le premier ministre Justin Trudeau a déclaré lors d’une conférence de presse que la façon dont la famille Boushie avait été traitée était inacceptable.

«Nous avons malheureusement vu des exemples de racisme systémique au sein de la GRC, dans de nombreuses autres institutions, et nous devons faire mieux», a-t-il soutenu.

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