La mère de Norah et de Romy leur a dit son amour lors de la célébration de leur vie

LÉVIS, Qc — «Je vous aime à la folie…» La mère de Romy et de Norah leur a dit ces ultimes mots d’amour à la fin de la célébration de la vie des fillettes, lundi à Lévis.

Parlant en dernier dans une salle sobre, Amélie Lemieux a lu «une lettre à ses précieuses», qu’elle a décrites comme étant «d’une pureté et d’une gentillesse plus douce que le vent».

«Grâce à vous, je suis devenue maman», leur a-t-elle dit, la voix coupée par les sanglots.

Malgré les derniers jours indescriptibles, elle dit avoir tenu le coup parce qu’elle assumait son rôle de mère, un rôle «dont elle appréhende la fin», a-t-elle soufflé.

«Même si je n’ai pas eu assez de temps à vos côtés, je continuerai de chérir un à un chaque souvenir, photo, vidéo et continuerai d’entendre vos douces voix m’appeler maman.»

Norah, âgée de 11 ans, et Romy Carpentier, âgée de 6 ans, ont été retrouvées mortes le 11 juillet dernier, dans un secteur boisé de Saint-Apollinaire, un peu à l’est de Lévis. Une alerte Amber avait été déclenchée. Leur père, Martin Carpentier, est toujours recherché par les policiers. La cause de leur décès n’a pas été dévoilée.

Seule la famille a assisté à la cérémonie.

Elle a toutefois été transmise sur écran géant derrière le complexe funéraire Claude Marcoux, où des proches et des membres du public ont pu y assister.

Des membres de la famille se sont rappelés ensemble les deux petites filles: Romy, décrite comme le clown de la famille qui avait hâte de tout faire, et Norah, l’artiste ingénieuse, qui se voyait déjà comme une créatrice de jeux vidéo.

Leur grande cousine Laetitia s’est remémoré Norah, débordante de délicatesse, d’imagination et de créativité, avec une «façon unique d’exprimer son affection». Et sa petite cousine Romy, «une boule de bonheur» avec une joie de vivre contagieuse.

Les grands-parents, «mamie Gaétane» et «papi Yvon», ont eu des mots tendres pour leurs petites-filles et ont conclu leur message en leur demandant: «Protégez votre maman, elle vous a tant aimées.»

La cérémonie a été présidée par Josée Masson, fondatrice et directrice générale de l’organisme Deuil-Jeunesse. Elle a été ponctuée de chansons, comme «L’Amérique pleure», des Cowboys fringants, interprétées par la chanteuse Mélissa Bédard, porte-parole du même organisme.

Chacun des membres de la famille, en commençant par la mère des fillettes, sont allées déposer une rose dans un vase près de leurs photographies. Un geste symbolique car elles avaient toutes deux «Rose» comme second prénom.

La famille a choisi de vivre ces déchirants moments en privé et de ne pas faire de déclaration publique.

Dehors, beaucoup de gens de tous âges s’étaient déplacés pour regarder la cérémonie sur l’écran. Des mères serraient leurs enfants dans leurs bras.

Deux colombes ont été relâchées dans le ciel pour conclure la cérémonie.

Défilé de condoléances

Plus tôt en après-midi, de nombreuses personnes s’étaient rendues au salon funéraire afin de soutenir la mère et la famille des petites filles.

Parmi elles, des amis et des collègues de travail d’Amélie Lemieux, et aussi des gens qui ne connaissaient pas la famille mais qui ont été touchés par le drame, comme beaucoup de Québécois.

Marie-Pierre Genois était dans la file peu après midi, sous un soleil brûlant. Elle connaît Amélie Lemieux depuis l’école secondaire.

«C’est pour la soutenir, a-t-elle dit. C’est une grosse épreuve. C’est important pour moi d’être ici pour elle.»

«J’espère que justice sera faite», a lancé un homme près d’elle.

Judith Gagnon connaissait aussi la mère et les deux soeurs. Elles ont passé des fêtes de Noël ensemble.

«C’est sans réponse tout cela, a-t-elle confié en attendant de pouvoir entrer dans le complexe funéraire. C’est un drame qu’on va devoir vivre pendant des années, qu’on va avoir sur notre coeur.»

Le sénateur Pierre-Hugues Boisvenu, qui a perdu ses deux filles dont une qui a été assassinée en 2002, trouvait important de se déplacer pour aller à la rencontre de cette mère «qui vient de tout perdre».

Elle a besoin de beaucoup d’amour pour passer à travers cette épreuve, a-t-il dit. C’est à la collectivité de prendre sur elle une partie de la douleur et de la peine.

Mme Masson de l’organisme Deuil-Jeunesse a quant à elle souligné l’importance d’accompagner les enfants dans leur deuil, en les laissant s’exprimer et dire ce qu’ils vivent.

«Ça vient toucher leur sentiment de sécurité, a-t-elle expliqué. Ils peuvent se demander: « est-ce que ça pourrait m’arriver aussi? » Ce sont des questions auxquelles ils ne s’étaient peut-être pas attardé avant.»

Le maire de Lévis, Gilles Lehouillier, est aussi allé au salon funéraire pour offrir ses condoléances. Il a fait savoir qu’il avait l’intention d’installer une plaque à la mémoire des fillettes dans le parc des Chutes-de-la-Chaudière.

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