La messe se transporte au domicile des fidèles du Témiscamingue via YouTube

MONTRÉAL — Si tu ne peux aller à la messe, laisse la messe venir à toi.

C’est ce que propose l’abbé Rénal Dufour, curé des paroisses du nord du Témiscamingue, dont on peut retrouver les messes sur sa chaîne YouTube depuis le début du confinement.

«Il n’y a personne dans l’église. C’est le grand silence. Je suis seul avec le caméraman qui est à quatre mètres de moi», confie-t-il lorsque rejoint par La Presse canadienne.

L’abbé Dufour se réjouit toutefois de cette disponibilité de moyens autrefois inédits.

«On n’est pas ensemble physiquement, mais on est ensemble par la communication du coeur et de l’intelligence. Est-ce qu’on peut encore inventer des modes de proximité dans le respect de ce que demande la santé publique? C’est ce qu’on a fait.»

Il se dit d’ailleurs agréablement surpris de voir que sa messe de l’Annonciation, le 25 mars dernier, a recueilli «au-delà de 500 auditions, ce qui est quand même remarquable pour notre petite région».

Le deuil au temps du coronavirus

N’empêche que rien n’est normal, surtout du côté des rites habituels, à commencer par les funérailles qui ne peuvent se tenir, mais l’abbé Dufour ne se laissera pas distraire par les traditions, lui qui détient une formation scientifique.

«On est devant quelque chose d’inusité, on est d’accord, et en ce sens, le premier conseil que je donne c’est de suivre les conseils de la santé publique. Deuxièmement, par ma formation de chimiste, je recommande beaucoup le lavement des mains avec du savon, le savon c’est notre meilleur ami en ces circonstances.

«Ensuite, c’est de réinventer la proximité par le coeur et l’intelligence et je pense de manière particulière aux familles en deuil. Alors là, on est devant un défi hors de l’ordinaire: comment vivre son deuil quand on ne peut pas l’exprimer? Je dis par exemple aux gens: vous pouvez aller porter une bougie et la déposer sur le perron de vos amis. Il faut inventer: comment vais-je te dire que je pense à toi? Que je suis solidaire de toi? Il y a beaucoup d’invention à faire.»

Qu’en restera-t-il?

Le scientifique devenu homme de foi constate les élans de générosité, les efforts d’entraide et le don de soi et s’interroge sur leur résilience.

«Il faut penser à l’après-coronavirus: comment va-t-on continuer à s’humaniser? On apprend présentement que l’économie n’est pas première, on le voit bien.

«C’est beau d’une certaine manière: on devient attentif les uns aux autres», note-t-il, tout en y ajoutant les bémols qui se manifestent aussi bruyamment que les accords justes: «Il y aura toujours du meilleur et du pire en même temps. Les roses ne viennent pas sans épines. Il y aura toujours ces gens extraordinaires qui font de magnifiques choses et il y aura d’autre part des gens comme on en a vu qui reviennent des États-Unis et qui vont faire leur épicerie en disant qu’ils ont le droit de faire leur épicerie alors que la consigne est de rester chez eux pendant 14 jours.»

Extrémisme religieux: «Bien faire et laisser braire»

Rénal Dufour sait très bien que la religion sert de passeport à toutes sortes de discours qui se manifestent bruyamment en temps de catastrophe, mais ne s’en fait pas trop.

«Dans une société plurielle, il se dit beaucoup de choses et là, c’est à nous de choisir ce qui nous nourrit. Effectivement, il va se dire n’importe quoi, que c’est la punition de Dieu, cette vision de l’ange exterminateur. Bien sûr ce sont des images qui parlent, mais attention: moi personnellement — et je pense que l’Église catholique dans son courant principal est au même endroit — je suis beaucoup plus porté à me concentrer sur la manière dont on va prendre soin des gens.»

Le prêtre invoque, à cet effet, les propos du dramaturge Paul Claudel: «Dieu n’est pas venu enlever la souffrance, il est venu la remplir de sa présence».

Il est bien conscient des discours extrêmes qui imputent la pandémie à la vengeance de Dieu ou, à l’inverse, qui prônent l’attentisme en s’en remettant à la miséricorde de celui-ci. Il aborde le tout avec sa logique de chimiste.

«Quand on est en laboratoire, quand on fait des relevés de résultats, on écarte les résultats extrêmes et on fait une moyenne. La ligne passe dans les moyennes. Les résultats extrêmes existent, mais on ne peut pas faire comme s’ils étaient la moyenne.

«Les extrêmes, vous savez, c’est toujours coloré. On me rapporte beaucoup de choses, mais écoutez… bien faire et laisser braire!» s’exclame-t-il en riant à l’autre bout du fil. Quant aux prophéties de fin du monde, qui circulent à chaque fois qu’elles en ont la chance, il s’esclaffe: «C’est vieux comme le monde ce courant-là! Il y a un vieux proverbe italien qui dit qu’avant que le bateau ne coule, personne n’en parlait et quand il a coulé, tout le monde sait pourquoi. Là, c’est un peu la même chose.»

Il termine l’entretien avec ces sages paroles: «Il faut faire attention à une peur légitime, mais qui ne tombe pas dans la paralysie. D’autre part, il faut faire attention de ne pas tomber dans l’insouciance qui propagerait le virus à droite et à gauche. Entre les deux, il me semble que le bon sens permet de se faire présent, de téléphoner à des gens, d’écrire, de faire des dessins, d’envoyer des bye bye par la fenêtre, d’allumer des bougies.»