Marie-Eve Proulx quitte: Legault laisse entrevoir un remaniement

QUÉBEC — Le premier ministre François Legault laisse entrevoir prochainement un remaniement ministériel à la suite de la démission mardi de sa ministre déléguée au Développement économique régional, Marie-Eve Proulx, visée par plusieurs allégations de harcèlement.

Comme il y a actuellement 16 hommes et 11 femmes au conseil des ministres, il n’est «pas impossible» que M. Legault rebrasse les cartes pour revenir dans la zone paritaire, selon ce qu’il a laissé entendre. 

Mme Proulx est la troisième femme recalée du conseil des ministres, après MarieChantal Chassé et Sylvie D’Amours, en plus de Danielle McCann qui, elle, a été rétrogradée de la Santé à l’Éducation supérieure.     

«Non négociable»

Mme Proulx reste députée de Côte-du-Sud et membre du caucus caquiste, même si M. Legault a affirmé que l’enjeu du harcèlement est «non négociable» pour lui.

Au moins une quinzaine des employés de Mme Proulx ont démissionné ou ont été congédiés depuis sa nomination. 

«Il y a du travail à faire pour améliorer sa gestion de personnel, la situation est relativement bonne à son bureau de circonscription»,  a-t-il justifié en conférence de presse. 

Il a ajouté que «malheureusement, la situation ne s’est pas suffisamment améliorée» pour qu’elle demeure ministre, même après un encadrement serré et un «coach» en mission pour l’assister.  

«Pour moi c’est non négociable (…), on peut être exigeant, on peut travailler fort, mais ça doit se faire dans le respect et la bonne humeur, c’est important qu’on ait du plaisir.» 

M. Legault savait que le climat de travail était «difficile» au bureau de Mme Proulx. 

A-t-elle démissionné de son propre chef ou a-t-elle été invitée à démissionner? 

«Disons que c’est d’un commun accord», s’est limité à indiquer François Legault. 

Aucun aveu

Mme Proulx n’a jamais reconnu avoir mal agi. Lundi, elle avait laissé entendre que la toute dernière démission survenue parmi son personnel, soit son attachée de presse, était une affaire de régie interne et qu’elle ne souhaitait pas commenter.

Elle devait comparaître au début d’avril au Tribunal administratif du travail pour répondre à deux plaintes. Elle disait qu’elle allait démontrer que ces plaintes étaient infondées. 

Une entente à l’amiable était finalement intervenue et la ministre n’avait pas eu à comparaître. L’entente est demeurée confidentielle.

Dans une entrevue en mars, la ministre avait justifié ce roulement de personnel inhabituel. Elle avait laissé entendre que beaucoup de gens ont «besoin de plus de sécurité» et ne sont «peut-être pas à l’aise» dans le «développement de projets» qu’elle mène. 

«Pourquoi on s’est fermé les yeux?»

Mardi, les partis d’opposition s’étonnaient du fait que M. Legault ait mis autant de temps à réagir. 

 «On ne peut pas avoir des gens qui font du harcèlement psychologique qui siègent au conseil des ministres», a tranché  en conférence de presse la cheffe du Parti libéral, Dominique Anglade, qui déplore qu’une enquête n’ait pas eu lieu bien avant.

«Il y a des incidents qui peuvent arriver, il y a des choses qui peuvent s’expliquer, mais le harcèlement psychologique, c’est documenté, il faut que des discussions soient faites, il faut que les victimes qui parlent de ça puissent être accompagnées.»

«Je suis très curieux de savoir pourquoi on a lésiné et on s’est fermé les yeux pendant autant d’années», a lancé le chef péquiste Paul St-Pierre Plamondon.

«Le harcèlement psychologique, c’est illégal!» a rappelé la co-porte-parole de Québec solidaire, Manon Massé. 

Laisser un commentaire