La ministre de la Défense confirme que le Canada choisit l’avion de chasse F-35

OTTAWA — La boucle a été bouclée, lundi, dans la longue quête du Canada pour l’achat de nouveaux avions de chasse: la ministre de la Défense nationale, Anita Anand, a officiellement confirmé l’achat d’une flotte de F-35 pour remplacer les CF-18 vieillissants de l’Aviation royale canadienne.

La nouvelle était largement attendue depuis que La Presse Canadienne a écrit, le mois dernier, que le ministère de la Défense nationale avait reçu l’autorisation du Conseil du trésor de dépenser 7 milliards $ pour un premier lot de 16 F-35, avec les infrastructures et équipements qui y sont associés.

L’annonce officielle de lundi représente néanmoins un moment décisif dans une saga marquée par la politique partisane et la mauvaise gestion, qui ramène le gouvernement à peu près au même endroit qu’il y a plus de dix ans.

Lors d’une conférence de presse virtuelle, la ministre Anand a donc confirmé qu’après des mois de négociations à huis clos, le Canada avait conclu un accord avec les États-Unis, le constructeur Lockheed Martin et le fabricant de moteurs Pratt and Whitney pour acheter 88 avions de chasse F-35.

Une commande initiale portera sur 16 appareils, dont le premier sera livré à l’armée canadienne en 2026. Les 72 autres seront commandés progressivement au cours des années suivantes.

En annonçant l’accord, la ministre Anand a lié la décision d’acheter le F-35 à la menace croissante posée par la Russie et la Chine — et à la nécessité de s’assurer que l’armée canadienne puisse fonctionner de manière transparente aux côtés de ses alliés, dont plusieurs ont opté pour le même avion de chasse.

«Alors que notre monde s’assombrit, avec l’invasion illégale et injustifiable de l’Ukraine par la Russie et le comportement de plus en plus affirmé de la Chine dans l’Indo-Pacifique, ce projet a pris une importance accrue, en particulier compte tenu de l’importance de l’interopérabilité avec nos alliés», a indiqué Mme Anand.

La ministre a également souligné ce qu’elle considère comme les avantages économiques de l’accord, qui verra des entreprises canadiennes continuer à se disputer des milliards de dollars en contrats de sous-traitance associés à la construction et à l’entretien de milliers d’appareils F-35 détenus par le Canada et ses alliés au cours des 40 prochaines années.

85 millions $ US pièce

La ministre a fixé le coût d’acquisition des 88 avions à environ 19 milliards $, ce qui maintiendrait le contrat dans le budget établi en 2017.

Les responsables fédéraux ont toutefois précisé que le coût total d’achat et d’exploitation de l’avion sur une période de 40 ans, ainsi que la construction de nouveaux hangars et d’autres installations pour les appareils, atteindrait environ 70 milliards $.

Interrogés sur le coût réel par avion, les responsables ont déclaré qu’Ottawa finirait par payer le même prix que les États-Unis — environ 85 millions $ US par avion —, car le Canada est l’un des huit pays partenaires qui contribuent aux coûts de développement du F-35 depuis 1997.

Les responsables n’ont pas spécifiquement abordé l’enveloppe de 7 milliards $ mise de côté pour la première tranche d’avions, mais ont noté qu’Ottawa sera responsable d’un certain nombre de coûts de démarrage, tels que les installations de stockage et d’entretien, ainsi que les pièces de rechange et l’armement.

Et tandis que les quatre premiers avions devraient être livrés en 2026, les responsables ont précisé qu’ils seraient au départ basés aux États-Unis, pendant que l’armée canadienne prépare les installations nécessaires pour les accueillir au Canada.

Les pilotes et les techniciens de l’Aviation royale canadienne s’entraîneront au début dans des bases aux États-Unis, pendant que ces préparatifs seront en cours. Les premiers F-35 ne devraient pas arriver au Canada avant 2029, et le dernier des 88 appareils achetés devrait être livré en 2032.

Longue saga

L’annonce de lundi représente l’aboutissement de plus de 12 ans d’intrigues et de controverses politiques, qui avaient commencé sérieusement lorsque le gouvernement conservateur de Stephen Harper a annoncé, en juillet 2010, son intention d’acheter 65 nouveaux avions de chasse F-35, sans appel d’offres.

Le gouvernement Harper et le ministère de la Défense nationale ont ensuite été accusés d’avoir menti aux Canadiens sur les coûts et les capacités réels de l’avion, en particulier après un certain nombre de rapports dévastateurs, qui les ont finalement forcés à retourner à la planche à dessin.

L’annonce de lundi a également représenté une volte-face complète pour les libéraux: Justin Trudeau avait promis en campagne électorale en 2015 qu’il n’achèterait pas le F-35. Il a suggéré à l’époque que le Canada n’avait pas besoin d’un chasseur furtif et que l’avion n’était pas adéquat.

Une fois élus, les libéraux ont ensuite prévu d’acheter sans appel d’offres 18 Super Hornet de Boeing, à titre de mesure «transitoire» en attendant la fin du processus d’acquisition global. Certains y ont vu une manoeuvre pour lier le gouvernement canadien au Super Hornet de Boeing.

Mais le gouvernement Trudeau a subitement annulé ce plan transitoire lorsque Boeing a lancé un litige commercial avec Bombardier concernant d’autres avions. Ottawa a ensuite lancé en juillet 2019 le processus d’appel d’offres actuel, auquel le Super Hornet de Boeing et le F-35 de Lockheed Martin ont été autorisés à concourir.

Interrogée sur le changement d’opinion des libéraux sur le F-35, la ministre Anand a expliqué lundi que «l’avion avait mûri» et que «plusieurs de nos alliés, huit pays en particulier, l’utilisent».

Lockheed Martin a indiqué dans un communiqué qu’un total de neuf pays exploitaient actuellement des F-35, avec plus de 890 appareils en service actuellement, selon le constructeur.

En attendant ce dénouement, le gouvernement canadien a été obligé de dépenser plus d’un milliard de dollars supplémentaires sur la flotte de CF-18 pour la maintenir en vol jusqu’à ce qu’un remplaçant soit choisi et livré. Dans neuf ans, en 2032, les CF-18 canadiens auront 50 ans.

Interrogée sur les avantages que les Canadiens ont retirés du délai de 12 ans dans l’acquisition des F-35, la ministre Anand a déclaré lundi que les électeurs peuvent désormais être pleinement convaincus que le pays achète le bon avion pour son armée, tout en bénéficiant de retombées économiques.

La décision du Canada d’acheter le F-35 a été bien accueillie par Lockheed Martin et le lieutenant-général Mike Schmidt, de l’armée de l’air américaine, qui est responsable de la gestion du projet de chasseur furtif hors du Pentagone.

«Le Canada est notre ami et un proche allié, a indiqué M. Schmidt dans un communiqué. Le F-35 est le meilleur au monde, offrant une interopérabilité inégalée aux États-Unis, au Canada et aux 15 autres nations qui ont choisi ce chasseur. Ça change complètement la donne à l’échelle mondiale.»

Laisser un commentaire

Les commentaires sont modérés par l’équipe de L’actualité et approuvés seulement s’ils respectent les règles de la nétiquette en vigueur. Veuillez nous allouer du temps pour vérifier la validité de votre commentaire.