Une cancéreuse doit recourir plus tôt que souhaité à l’aide médicale à mourir

HALIFAX — Une femme de Halifax qui souffrait d’un cancer en phase terminale a mis fin à ses jours avec l’aide d’un médecin, jeudi, après avoir lancé, sur son lit de mort, un dernier appel aux législateurs fédéraux pour qu’ils modifient la loi canadienne sur l’aide médicale à mourir.

Audrey Parker, âgée de 57 ans, a reçu une injection mortelle et est «décédée paisiblement» dans son appartement, entourée de ses proches, ont indiqué des amis dans un communiqué de presse publié tard jeudi après-midi. Mais avant de mourir, Mme Parker avait tenu à souligner qu’elle recourait à l’aide médicale à mourir plus tôt qu’elle ne l’aurait souhaité.

C’est qu’en vertu de la loi canadienne sur l’aide à mourir, adoptée il y a deux ans, une personne dont la requête a été approuvée doit être consciente et saine d’esprit au moment où elle donne son consentement final pour l’injection mortelle — une disposition qui vise à protéger les personnes vulnérables.

Mme Parker, à qui on avait diagnostiqué en 2016 un cancer du sein de stade quatre, expliquait jeudi que si elle devenait subitement inapte, en raison de sa maladie ou des médicaments contre la douleur, elle ne pourrait plus recourir à l’aide médicale à mourir pour mettre un terme à ses souffrances prolongées. La loi l’obligeait donc à choisir de mourir plus tôt qu’elle ne l’aurait souhaité — pendant qu’elle pouvait encore offrir un «consentement éclairé» au moment de l’injection fatale.

Elle estimait que les législateurs canadiens avaient été «lâches» en ajoutant ce consentement ultime, qui «gâche complètement le processus pour des personnes comme elle». Mme Parker souhaitait en fait que la loi soit modifiée pour reconnaître les «demandes anticipées», ce qui permettrait à des soignants d’administrer le médicament mortel même si la personne n’est plus apte à accorder le consentement ultime.

«La mort est une entreprise compliquée», écrivait-elle jeudi sur Facebook, quelques heures avant sa mort. «Je ne peux pas prédire à quel moment le cancer va toucher mon cerveau ou quand quelque chose d’autre me rendra plus malade (…) Je voulais me rendre jusqu’à Noël et au jour de l’An, ma période préférée de l’année, mais j’ai perdu cette possibilité à cause d’une loi fédérale mal conçue.»

Un débat national

Le premier ministre de la Nouvelle-Écosse, Stephen McNeil, a estimé jeudi que Mme Parker avait ouvert un débat important pour tous les Canadiens.

À Ottawa, la ministre de la Santé, Ginette Petitpas Taylor, a promis que les questions soulevées par Mme Parker seraient prises en compte dans un rapport d’expert, qui devrait être publié d’ici la fin de l’année. La ministre a expliqué que ce comité examinerait plusieurs questions entourant la loi sur l’aide médicale à mourir, et que le gouvernement voulait faire les choses correctement.

«C’est une situation très triste pour Mme Parker et je suis de tout coeur avec elle et sa famille», a-t-elle déclaré aux journalistes, jeudi. «Si j’avais eu l’autorité et le pouvoir de lui accorder une exemption dans son cas particulier, j’aurais été ravie de le faire (…) Nous ne légiférons pas pour une personne.»

Dans son ultime message sur Facebook, Mme Parker citait le texte proposé pour un nouveau projet de loi par l’organisme Mourir dans la dignité Canada. Elle demandait par ailleurs aux Canadiens d’envoyer des courriels ou des lettres à leur député pour les encourager à modifier la loi afin d’aider les personnes dans sa situation. «Ceux qui ont déjà été évalués et approuvés (pour l’aide médicale à mourir) devraient avoir la possibilité de choisir le moment propice pour mourir», par une demande anticipée, écrivait-elle.

Un porte-parole de Mourir dans la dignité Canada a déclaré jeudi que l’organisme était déterminé à éliminer les obstacles à ce droit. «Nous voulons nous assurer qu’aucune personne qui a été évaluée et approuvée pour l’aide médicale à mourir ne sera confrontée aux mêmes choix cruels qu’Audrey», a déclaré Cory Ruf. «Personne ne devrait être contraint de mourir plus tôt qu’il ne l’aurait souhaité, ou de renoncer aux soins appropriés contre la douleur, afin de pouvoir exercer son droit à l’aide médicale à mourir.»

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