Jane Philpott s’inquiète de la «crise nationale» des analgésiques opioïdes

OTTAWA – La ministre fédérale de la Santé estime que le Canada et les États-Unis doivent examiner sérieusement pourquoi ils sont les champions mondiaux de la consommation d’analgésiques opioïdes, tels l’oxycodone et le fentanyl.

Selon Jane Philpott, la situation s’est aggravée au Canada depuis trois ou quatre ans, avec des taux accrus de consommation, de surdoses et de décès liés à ces analgésiques opioïdes.

En entrevue à La Presse canadienne, la docteure Philpott émet certaines hypothèses pour expliquer cette «crise nationale de santé publique». Elle cite notamment les pressions incessantes exercées par l’industrie pharmaceutique sur les professionnels de la santé en Amérique du Nord pour prescrire des analgésiques opioïdes afin de soulager la douleur chronique. Mais elle est aussi consciente que les facteurs sont multiples, et peuvent varier d’une province à l’autre.

Les opioïdes comprennent les médicaments antidouleur courants comme l’oxycodone, le fentanyl ou la morphine, mais aussi les drogues illégales comme l’héroïne. La ministre Philpott reconnaît que ces médicaments sont extrêmement efficaces, ce qui constitue paradoxalement une partie du problème.

«Les gens doivent avoir accès à ces médicaments efficaces lorsqu’ils sont utilisés avec soin, mais les risques sont énormes: les gens deviennent effectivement dépendants et certains en meurent.»

La ministre Philpott a récemment accéléré l’approbation au Canada d’un vaporisateur nasal qui peut freiner ou stopper les effets d’une surdose d’opioïdes. Cette substance, qui existait déjà à l’état liquide pour injection en centre hospitalier, pourra maintenant être administrée d’urgence à l’extérieur de l’hôpital, dans les cas de surdose. Mme Philpott croit que cette mesure pourra sauver des vies en aval, mais qu’il faut regarder aussi en amont.

Elle se réjouit par ailleurs des initiatives de certaines provinces comme l’Ontario, qui a annoncé lundi qu’elle cesserait de couvrir les analgésiques opioïdes à forte dose et à action prolongée, dans le cadre de ses programmes publics d’assurance médicaments.

De même, la Colombie-Britannique a déclaré en avril dernier une «urgence de santé publique» à la suite de la hausse vertigineuse de cas de surdoses mortelles. Selon des données fédérales, 74 personnes sont mortes de surdose dans cette province en janvier seulement. Si cette tendance devait se maintenir, le bilan pourrait bien cette année dépasser largement celui de 2015, qui atteignait déjà 474 morts.

La ministre fédérale a indiqué mardi qu’un sommet sur la question aurait lieu l’automne prochain afin de réunir autour d’une même table spécialistes et intervenants. Selon Mme Philpott, il ne s’agit pas de trouver des coupables, mais de dégager des pistes de solution.

Une étude menée en 2014 a conclu qu’entre 2006 et 2011, la distribution d’opioïdes à fortes doses avait crû de 23 pour cent au Canada.