La mission canadienne en Lettonie se poursuit comme prévu malgré la COVID-19

OTTAWA — En Lettonie, récemment, un groupe de soldats canadiens a quitté une base militaire près de la capitale, Riga. La colonne a parcouru environ 30 kilomètres et pendant deux jours, a riposté à une «attaque» simulée, avant de plier bagage et de rentrer à sa base.

Ce type d’exercice constitue en «temps normal» un élément essentiel de l’entraînement militaire canadien. Mais en cette ère de pandémie, l’exercice en Lettonie était vraiment inhabituel: la plupart des autres activités des Forces armées canadiennes au pays et à l’étranger ont été suspendues ou réduites au cours des derniers mois.

En fait, tout ce qui concerne la mission canadienne de trois ans en Lettonie est inhabituel, de nos jours, en partie parce que peu de choses ont réellement changé là-bas. Pour ceux qui sont en première ligne, cela reflète la façon dont l’objectif de la mission — défendre l’Europe de l’Est contre toute agression russe — reste sans doute plus pertinent que jamais, en raison des craintes que Moscou puisse essayer de profiter de la pandémie pour faire avancer ses pions.

«Il est très important de maintenir cette présence parce que nous n’avons vu aucun recul des forces russes», soutient le ministre letton des Affaires étrangères, Edgars Rinkevics, en entrevue à La Presse canadienne. «C’est vrai: ce n’est probablement pas aussi tendu qu’avant (…) Mais en même temps, nous sommes dans une situation où nous ne devons pas baisser la garde, nous ne devons pas être complaisants. L’Alliance (atlantique) le comprend et nos amis canadiens le comprennent.»

Velléités de Moscou

Le Canada compte en Lettonie 540 militaires, qui forment le noyau d’un groupement tactique multinational de 1500 soldats créé il y a trois ans par l’Alliance atlantique (OTAN). Des groupements tactiques similaires dirigés par la Grande-Bretagne, l’Allemagne et les États-Unis ont été basés respectivement en Estonie, en Lituanie et en Pologne — tous voisins de la Russie.

Les groupements tactiques ont été créés à la suite de l’annexion de la Crimée, territoire ukrainien, par la Russie en 2014. Moscou a ensuite commencé à soutenir les forces séparatistes dans l’est de l’Ukraine, ce qui a fait craindre que le Kremlin ne puisse lancer des efforts similaires contre les trois pays baltes et d’autres régions de l’Europe de l’Est.

Les groupements tactiques sont conçus pour se défendre contre une invasion russe, mais par leur petite taille, ils seraient presque certainement débordés en situation de guerre véritable. Ils servent surtout, en fait, de force dissuasive: une attaque contre l’un de ces groupements tactiques toucherait l’ensemble des pays membres de l’OTAN.

La pandémie de COVID-19 a contraint les Forces armées canadiennes à suspendre ou à réduire leurs opérations dans le monde, y compris en Ukraine et en Irak, où les militaires entraînent des forces locales. Au pays, des milliers de militaires ont reçu l’ordre de se confiner chez eux, pour être prêts à servir — on l’a vu dans les CHSLD au Québec.

Nouveau contingent en juillet

Le groupement tactique dirigé par les Canadiens en Lettonie a également été forcé d’ajuster certaines de ses pratiques à cause de la COVID-19. «Mais nous sortons», a assuré le colonel Éric Laforest, commandant du groupement tactique, qui comprend des militaires de huit autres pays de l’OTAN. «L’entraînement continue avec le groupement tactique complet de neuf pays et se déroule comme prévu.»

L’état-major canadien a également décidé d’aller de l’avant avec le remplacement des militaires actuellement en Lettonie par un nouveau contingent à la mi-juillet. Contrairement à l’Ukraine, où un petit contingent tient le fort jusqu’à la fin de la pandémie, il n’est pas prévu de réduire la taille du contingent canadien en Lettonie. Le Canada s’est engagé à assurer le commandement du groupement tactique en Lettonie jusqu’en mars 2023 — au moins.

«Il était clair, de mon point de vue en tant que commandant, ici, que nous ne pouvions pas changer notre format», a expliqué en entrevue le colonel Laforest. «Tout le monde a réalisé que cette mission est différente et que nous sommes ici pour le long terme, et que nous pouvons réellement maintenir l’opération malgré les restrictions de la COVID.»

Cette décision a été bien sûr saluée par le gouvernement letton, qui s’inquiète du message que pourrait avoir à Moscou toute réduction d’effectif. «Cela pourrait donner l’impression que (la Russie) peut essayer de tester nos frontières une fois de plus.»

L’OTAN et des responsables européens ont accusé Moscou de tester l’état de préparation de l’alliance militaire pendant la pandémie — en particulier au début, lorsque la Russie était moins touchée par la COVID-19. Des navires de guerre britanniques ont suivi sept bateaux russes qui ont transité par la Manche et la mer du Nord en mars. L’OTAN a intercepté plusieurs avions militaires russes près de l’espace aérien de pays membres. On a également fait état d’une résurgence de la désinformation russe.

Et même si la Russie a depuis été durement frappée par la COVID-19, le ministre Rinkevics souligne l’importance de maintenir le groupement tactique, d’autant plus que Moscou a continué à mener des exercices de son côté de la frontière avec la Lettonie, malgré la pandémie. «Nous n’avons vu aucune réduction des forces russes, a-t-il soutenu. Nous ne sommes pas du tout sortis du bois.»