La mobilité internationale: quand se déplacer est presque impossible

MONTRÉAL — Alors qu’ils s’affairent normalement sur le terrain, les travailleurs humanitaires doivent comme beaucoup d’autres Québécois composer avec le boulot à distance, souvent même de très, très loin. La Presse Canadienne brosse un portrait de la situation.

Travailler sur le terrain, à distance

Faute de pouvoir se déplacer, la pandémie a amené l’organisme Humanité et Inclusion Canada (HI) à offrir des séances de physiothérapie à distance. Anciennement connu sous le nom de Handicap International, HI agit auprès des personnes en situation de handicap dans 55 pays. Ils ont donc adapté leurs façons de faire pour chaque région où une équipe locale est présente en utilisant l’application WhatsApp plutôt que Zoom. «Ça consomme moins de données et utilise moins de bande passante», rappelle son directeur Jérôme Bobin.

Comme HI travaille parfois dans des zones plus reculées en Birmanie, ou des endroits montagneux de la Colombie, ça facilite les choses concède-t-il. Gérer l’impact du coronavirus «c’était comme gérer 55 crises en même temps, à des intensités différentes», résume celui qui a gardé un œil sur le pic de la pandémie partout où HI a des partenaires mondiaux.

À la tête du chapitre canadien depuis six ans, il aurait dû être au Myanmar au moment de l’entrevue ayant accepté un nouveau poste de direction dans ce pays de l’Asie du Sud-Est qui partage une frontière avec la Thaïlande. M. Bobin admet avoir hâte de partir, même s’il comprend qu’il lui faudra attendre que les restrictions de voyages causées par la pandémie soient levées.

L’expérience récente à prouver à M. Bobin qu’il était possible de fonctionner à distance. Toutefois, le suivi sur le terrain est important et «ça va rester» est-il d’avis, même s’il faudra voir à limiter les voyages de coordination à une ou deux fois par an.

Il a également remarqué que les dons avaient chuté. Les gens ont à nouveau fait preuve d’une «belle générosité», en réponse à la crise au Liban.

La question de l’argent dans les organisations non gouvernementales amène Sabrina Gauvreau à réfléchir : «La pandémie a démontré que le mode de financement est vraiment fragile pour nous.»

Avant la COVID-19, la directrice générale du Centre de solidarité internationale du Saguenay-Lac-Saint-Jean gérait jusqu’à 15 projets en même temps. C’est d’ailleurs 11 stagiaires et un employé qui ont été rapatriés au printemps dernier.

Comme elle ne peut plus envoyer de stagiaires sur le terrain — «ça a un impact sur nos revenus» —, poursuit-elle puisque contrairement aux organismes communautaires les coopératives internationales sont subventionnées par projets. Quand un projet est financé, donne-t-elle en exemple, une partie de la subvention sert à payer le billet d’avion du jeune et 12 % est utilisé pour payer le loyer du local et les salaires, poursuit-elle.

«On se questionne sur l’après. Comment la solidarité internationale va-t-elle être possible sans mobilité?»

Le centre est situé à Alma, face à une église protégée par de grands arbres matures. «C’est la seule organisation internationale dans la région. La plupart sont concentrés dans les grands centres», lance-t-elle.

Fondé il y a 40 ans, par une infirmière missionnaire, l’objectif à l’époque était d’informer et de sensibiliser les gens à ce qui se passe dans le monde. «C’est tout un pan de la population qui peut être intéressé par ces enjeux-là, mais quand c’est basé à Montréal, ce n’est pas tellement accessible», renchérit-elle.

La mission s’est beaucoup diversifiée depuis. Le stage en médiation culturelle en est un bon exemple. Les jeunes présentent des films du festival de courts métrages REGARD en Équateur et à leur tour, les jeunes de l’Équateur viennent présenter des films au Saguenay.

En mode solution

Pour plusieurs jeunes partir en stage ou aux études à l’étranger représente une véritable occasion de découvrir le monde pour la première fois. Maintenant que la notion de voyage est absente, est-ce que l’engouement est le même? «Il faut penser la mobilité autrement», indique Christel Canard-Volland d’Offices jeunesse internationaux du Québec. Elle explique que la période actuelle leur a permis de miser sur des projets autrefois méconnus comme le volontariat au Québec. Partir à l’étranger n’est pas possible, mais cela amène aussi de nouvelles opportunités souligne-t-elle. «C’est la première fois qu’on peut offrir un stage à la Délégation du Québec à Tokyo!», s’exclame la porte-parole.

«En télétravail», précise-t-elle rapidement.

De son côté, Architecture sans frontières Québec aide depuis mai, des petits commerces, et organismes communautaires entre autres, à adapter leurs espaces aux normes sanitaires. «On a repensé le chemin que prend le client, les membres du personnel», explique Bruno Demers. Le but est de rendre l’expérience agréable, de rendre le lieu attirant et de mettre les gens en confiance conclut-il.

Quant aux études, est-ce que l’intérêt est le même malgré l’annulation des stages sur le terrain? Carine Nassif-Gouin, responsable du programme de certificat en coopération internationale à l’Université de Montréal affirme que oui. Elle a d’ailleurs noté une augmentation des inscriptions cet automne par rapport à 2019. À quoi est-ce attribuable? Peut-être à la modification du programme a-t-elle répondu à La Presse Canadienne. Dans la nouvelle mouture, «on parle beaucoup plus de ce qui nous touche, les nouveaux cours sont plus liés aux enjeux actuels». Les sujets varient des changements climatiques à l’approche axée sur la co-construction ou encore la décolonisation, des enjeux «qui touchent les gens», croit-elle.

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