La montée possible du protectionnisme américain inquiète la diplomatie québécoise

MONTRÉAL — La menace d’une montée du protectionnisme américain sous l’administration Biden est au sommet des préoccupations de la diplomatie québécoise aux États-Unis.

Quatre délégués du Québec aux États-Unis, réunis mardi par le Conseil des relations internationales de Montréal (CORIM), ont reconnu que le décret signé lundi par le président Joe Biden visant à accroître les achats de biens et services en vertu du «Buy American Act» soulève d’importantes inquiétudes.

L’animatrice de la conférence, la présidente-directrice générale de Manufacturiers et exportateurs du Québec, Véronique Proulx, a rappelé d’entrée de jeu que 70 % des exportations québécoises vont vers nos voisins du Sud.

Catherine Loubier, déléguée du Québec à New York, a noté que les secteurs du transport, des ports et aéroports, le matériel roulant, l’acier et le fer, notamment, sont sous la menace d’un protectionnisme accru.

«Il y a beaucoup de craintes sur les mesures Buy America qui ont été annoncées par ordre exécutif hier (lundi)», a-t-elle signalé. Elle a cependant précisé que l’impact pourrait être limité «parce que nous sommes exemptés étant donné qu’on fait partie de l’OMC (Organisation mondiale du commerce) et de l’Accord sur les contrats publics, qui avait été un peu menacé dans son arrangement actuel par le gouvernement précédent et on a aussi un accord de libre-échange».

Mme Loubier estime également qu’il y peut y avoir un effet positif dans l’intention annoncée par l’administration Biden de rationaliser le processus, d’accroître la transparence et de nommer un interlocuteur unique au dossier.

Alliés américains

Malgré tout, bien que les tensions aient beaucoup diminué dans les relations entre les deux pays avec le départ de l’administration Trump, les craintes demeurent vives et ont mené les représentants québécois à multiplier les contacts avec les milieux d’affaires américains, dont plusieurs acteurs importants voient aux aussi d’un mauvais oeil d’éventuelles restrictions sur les exportations canadiennes.

«Nous avons un bon réseau de contacts pour continuer à expliquer comment nos chaînes d’approvisionnement sont extrêmement intégrées et que c’est s’auto-infliger des dommages pour les Américains que d’essayer de créer des emplois (de cette manière).En fait, ça va faire le contraire. Dans la plupart des cas, ça mène à la perte d’emplois, ça nuit aux manufacturiers et c’est perdant-perdant des deux côtés», a plaidé Mme Loubier.

Et l’appel n’est pas demeuré sans réponse, puisque de nombreux gens d’affaires ont parlé aux représentants québécois «pour dire qu’il faudrait que le Canada soit exempté de Buy America. (…) C’est intéressant. C’est un angle qu’on veut développer avec eux, de se concentrer sur la menace actuelle qui est beaucoup plus du côté du Buy America Act».

Un «Rebond nord-américain»

Les États-Unis cherchent à créer ce qu’ils appellent «le Rebond américain» pour relancer l’économie après les impacts dévastateurs de la pandémie. Le décret de lundi s’inscrit dans cette démarche. Du côté canadien, on tente d’élargir la notion à l’ensemble nord-américain, ce qui semble trouver un bon écho dans les milieux d’affaires.

Catherine Loubier rapporte avoir eu des discussions très fructueuses à cet effet.

«On s’est dit: pourquoi on ne créerait pas le Rebond nord-américain? 

«Nous avons eu près de 655 000 chambres de commerce régionales et autres associations d’affaires qui ont signé le Rebond nord-américain. Ça fait un ensemble de voix américaines qui nous accompagnent dans chacun des rendez-vous qu’on fait avec l’administration américaine pour contrer le protectionnisme.»

Elle fait valoir que «le Rebond nord-américain en appelle à une réponse commune à la COVID, donc de ne pas travailler les uns contre les autres dans la chaîne d’approvisionnement COVID, dans toutes les chaînes d’approvisionnement, donc qu’elles restent ouvertes parce qu’elles sont intégrées».

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