La Montérégie devrait aussi avoir droit à des assouplissements

LONGUEUIL, Qc — Toujours coincée en zone rouge en raison principalement de sa proximité avec Montréal et de la menace des variants, la Montérégie devrait tout de même avoir droit à des assouplissements, et ce, plus tôt que tard. La directrice régionale de la santé publique tient à maintenir une approche prudente, mais souhaite donner un peu de répit à la population pour le bien de la santé mentale collective.

Dre Julie Loslier tenait absolument à s’accorder un recul de deux semaines au retour de la relâche scolaire avant de prendre toute décision au sujet d’éventuels assouplissements. Ce sera chose faite la semaine prochaine et si la tendance se maintient, il est probable que les Montérégiens – ou certains d’entre eux – puissent souffler un peu.

«Si l’on regarde les chiffres purement d’un point de vue de paliers de couleurs, on est plus dans un niveau orange et qui touche parfois au jaune, reconnaît Dre Loslier. Par contre, il faut tenir compte de certains facteurs de risque, dont la proximité de Montréal, où ça circule beaucoup plus.»

Aux yeux de la direction régionale de la santé publique (DSP) de la Montérégie, le territoire se trouverait actuellement sur un plateau plutôt que sur une courbe descendante continue, dit-on, et la présence de variants s’ajoute aussi à la liste d’inquiétudes. On observe de nouveaux cas présomptifs chaque jour, ce qui refroidit les tentations d’assouplissements trop rapides.

Il reste que les données en général se font rassurantes. Les bilans quotidiens des trois derniers jours recensaient 78 cas lundi, 54 cas mardi et 71 cas mercredi. Il faut également noter que 62 personnes sont actuellement hospitalisées, dont seulement quatre patients aux soins intensifs.

«Dans les sept derniers jours, on a une moyenne dans les 70 cas, c’est très encourageant. On commence à avoir plus de recul par rapport à la vaccination de nos aînés et ça paraît. Notre nombre d’éclosions dans nos milieux de vie pour aînés est en chute depuis le mois de janvier et ça, c’est une bouffée d’air frais», se réjouit Dre Loslier.

Morceler la Montérégie?

En entrevue à l’émission de Paul Arcand sur les ondes du 98,5 FM à Montréal, mercredi matin, le conseiller médical stratégique à la Direction générale de la santé publique, Dr Richard Massé, a laissé entendre qu’il n’était pas exclu de morceler le territoire de la DSP Montérégie pour permettre à certaines MRC, par exemple, de passer en zone orange ou jaune tandis que d’autres resteraient en rouge.

Dre Julie Loslier n’avait pas entendu ces commentaires au moment de s’entretenir avec La Presse Canadienne, mercredi après-midi. Sans complètement fermer la porte à cette possibilité, elle préfère limiter les attentes.

«Si on y va par découpage, sur quelle base on le fait? Est-ce qu’on y va avec la CMM? Avec les MRC?» s’interroge-t-elle à voix haute. «Le problème avec une approche par MRC, c’est que plus on a un petit nombre de gens, plus ça peut varier rapidement. Il suffit d’une éclosion pour qu’on revienne au rouge.»

La directrice de la DSP Montérégie souligne qu’aucune région au Québec n’a encore utilisé une approche morcelée. Une telle décision devrait donc être prise en concertation avec ses collègues des autres régions et la direction générale, estime la spécialiste en médecine communautaire.

Ce qui tracasse Dre Loslier, c’est que les zones à risque et les éclosions en Montérégie ne sont pas réservées qu’au territoire de la Communauté métropolitaine de Montréal (CMM), ce qui simplifierait la prise de décision.

«La question de la proximité et les régions limitrophes (de Montréal) nous préoccupent plus. Cela dit, ça ne veut pas dire que ça correspond à la CMM. Quand je regarde où se trouvent les variants présomptifs, dans les portions les plus touchées, ce n’est pas nécessairement des villes qui sont incluses dans la CMM», explique la patronne de la DSP Montérégie.

Par ailleurs, son homologue de Montréal, Dre Mylène Drouin, a fait appel à la solidarité des gens de la Montérégie lors de sa conférence de presse mercredi après-midi, surtout aux gens qui se trouvent à l’intérieur de la CMM.

Dre Drouin craint qu’un trop grand écart entre les règles à Montréal et les règles sur la Rive-Sud ne pousse les gens à sortir de l’île pour propager les variants dans la région voisine. «Je pense qu’on doit faire un effort concerté», a-t-elle plaidé en soutenant que si Montréal perd le contrôle des variants, c’est tout le Québec qui va en souffrir.

Détresse mentale

Étant elle-même experte en promotion de la santé et des saines habitudes de vie, Dre Julie Loslier est aux premières loges pour constater les ravages qu’entraînent la pandémie et les mesures de confinement sur la santé mentale collective.

Dans une récente publication sur la page Facebooke de la DSP Montérégie, Dre Loslier invite la population à demeurer active et à adopter de saines habitudes alimentaires pour favoriser un meilleur état mental dans les circonstances. 

«La santé mentale, c’est selon moi ce qu’il y a de plus préoccupant et de plus urgent, en ce moment», déclare la mère de trois garçons qui s’inquiète beaucoup pour les ados et les jeunes adultes.

En regardant les études sur la prévalence de l’anxiété, de la dépression et de la détresse chez les jeunes, elle insiste sur l’importance de toujours garder ce facteur en tête lors de la prise de décisions sur des assouplissements aux mesures sanitaires.

«Il faut qu’on regarde à quel point nos taux sont stables, à quel point nos pourcentages de variants augmentent, mais pour la santé mentale et les autres impacts, si c’est possible de le faire ce sera ma recommandation», promet-elle.

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