La mort de Joyce Echaquan a démontré l’existence du racisme systémique

TROIS-RIVIÈRES, Qc — «Est-ce qu’en 2021, au Québec, on peut laisser quelqu’un mourir parce que cette personne-là est considérée au même niveau qu’un animal?»

C’est en ces mots que la coroner Géhane Kamel a illustré son propre malaise à la suite de son enquête sur la mort de Joyce Echaquan, une enquête qu’elle a reconnu avoir trouvée difficile. «C’est dur ce que je dis, mais c’est ce qui m’a habité longtemps et probablement que c’est ce qui va m’habiter encore longtemps.»

Selon elle, le décès de Joyce Echaquan est la preuve que c’est le système de santé qui a échoué. «Le racisme et les préjugés auxquels madame Echaquan a fait face ont certainement été contributifs à son décès. Il s’agit d’un décès accidentel, un décès qui aurait pu être évité.»

La coroner Kamel a ainsi réaffirmé l’existence du racisme systémique en présentant, mardi à Trois-Rivières, son rapport d’enquête sur la mort de la jeune mère atikamekw, le 28 septembre 2020 au Centre hospitalier de Lanaudière, à Joliette.

Mme Echaquan avait tourné et diffusé une vidéo d’elle-même dans ses derniers moments, alors que des membres du personnel l’abreuvaient d’insultes racistes.

«Il y a fort à parier que si ce n’avait pas été de la captation vidéo, cet événement n’aurait jamais été porté à l’attention du public et Mme Echaquan n’aurait jamais été entendue», a fait valoir Me Kamel. Elle a ajouté que cette vidéo avait également semé une onde de choc à travers la province, éveillant les citoyens à la réalité vécue par les Autochtones dans le réseau de la santé.

L’enquête de la coroner a démontré que Mme Echaquan avait été étiquetée comme dépendante aux narcotiques, ce qui était faux, qu’elle avait été infantilisée et n’avait pas été prise au sérieux à chaque étape de son séjour fatidique à l’hôpital. L’autopsie menée à la suite de son décès a ainsi démontré que les préjugés du personnel à son endroit ont fait en sorte que tout au long de son séjour, les notes à son dossier médical ne reflétaient pas son état de santé réel.

La coroner a fait valoir qu’elle n’avait en aucun moment bénéficié de l’accompagnement de l’agente de liaison en sécurisation culturelle qui était pourtant sur place. Cette agente de liaison était elle-même ignorée à l’hôpital, où on lui refusait l’accès à l’urgence. «Force est de reconnaître que ce poste a été créé pour donner bonne conscience au CISSS, mais n’a définitivement pas été exploité à son plein potentiel.»

Bien qu’elle ait refusé de commenter le refus du gouvernement Legault de reconnaître l’existence du racisme systémique, ce qui représente sa première recommandation, Me Kamel a fait valoir qu’il est nécessaire de prendre acte de l’ensemble de ce qui est arrivé à Joyce Echaquan pour corriger la situation.

«Le racisme systémique ne prétend pas que chaque individu qui compose ce système est raciste. Il évoque plutôt que le système soit par des préjugés qui sont tolérés , soit par des actes répréhensibles soit par son inaction contribue à banaliser et à marginaliser les communautés autochtones», a-t-elle fait valoir.

«On est dans une preuve réelle que le système a échoué. On a banalisé à ce point la situation que Mme Echaquan en est décédée (…) Il serait extrêmement triste que son décès ait fait en sorte qu’on n’ait rien compris.»

Elle a quand même exprimé l’espoir de voir des changements importants. Elle note ainsi que dans les plans d’amélioration du ministère de la Santé, on retrouve de nombreux éléments du «principe de Joyce». «Les travaux du ministère sont par ailleurs un gage d’espoir. Ce plan montre plusieurs similitudes avec le principe de Joyce proposé par la nation atikamekw, sans pour autant nommer le principe ou l’adopter.»

Le principe de Joyce est un document préparé par la communauté atikamekw pour assurer que les Autochtones soient traités avec respect et dans un environnement sécuritaire dans le réseau de la santé. Ce principe implique toutefois la reconnaissance du racisme systémique, ce que refuse toujours le gouvernement Legault.

Géhane Kamel a dit croire que Joyce Echaquan a ouvert la voie à «quelque chose de plus grand que nous» et a dit que c’était maintenant aux décideurs de choisir s’ils saisiront l’occasion.

«L’heure n’est plus aux bilans. Nous avons été témoins d’une mort inacceptable et nous devons faire en sorte qu’elle ne soit pas vaine et que nous aurons appris comme société de ce tragique événement.»