La mort d’un ado abattu par la police aurait pu être évitée, conclut la coroner

MONTRÉAL — Une coroner conclut que la mort d’un adolescent de 17 ans abattu par la police en 2018 à Lac-Brome aurait pu être évitée si les professionnels de la santé avaient mieux communiqué entre eux et suivi le garçon pour ses problèmes de santé mentale.

La coroner Géhane Kamel affirme dans son rapport que Riley Fairholm ne souhaitait pas provoquer un «suicide par policier interposé», une thèse présentée par certains témoins à l’enquête. La coroner estime aussi qu’il était justifié pour les policiers de tirer devant la menace.

Dans la nuit du 25 juillet 2018, les policiers de la Sûreté du Québec (SQ) ont été appelés dans le stationnement d’un restaurant désaffecté de Lac-Brome, dans les Cantons-de-l’Est. À leur arrivée, Riley Fairholm criait et agitait ce qui s’est avéré être un pistolet à air comprimé. Cette information n’a été connue des policiers qu’après la fusillade, précise la coroner. L’adolescent a été tué d’une balle à la tête.

L’enquête policière a déterminé que c’est l’adolescent qui avait appelé le 9-1-1.

La coroner Kamel conclut que si l’adolescent avait pris des médicaments et avait été suivi de près par des professionnels, sa santé mentale se serait améliorée et son risque de suicide aurait diminué.

Mme Kamel rappelle qu’avant le drame, les parents de l’adolescent ont été laissés seuls, sans l’aide de médecins ou des autorités de l’école.

«Bien qu’il était justifié pour les policiers de tirer devant une menace, je resterai avec cette idée que si on avait mieux communiqué en amont, dès l’appel du 9-1-1, si les professionnels de la santé et du milieu scolaire avaient établi des ponts significatifs, si ses parents n’avaient pas été laissés seuls avec leur impuissance, peut-être que la vie de Riley n’aurait pas été fauchée», conclut la coroner.

Ainsi, Mme Kamel recommande notamment de «mettre de l’avant des mécanismes clairs de transmission de l’information entre le réseau de la santé et le réseau scolaire en encourageant les communications utiles pour la prise en charge d’un adolescent en difficulté».

«Riley était en crise, ce fait est indéniable, écrit la coroner. Ce mal de vivre, plus grand que nature, aura malheureusement fait des ravages inestimables.»

Elle relate que l’adolescent a commencé à démontrer des signes de dépression dès 2015. Son médecin de famille a alors soumis une requête pour qu’il obtienne des services en santé mentale auprès d’un psychiatre.

Le garçon a été évalué par une psychologue entre 2015 et 2016. Celle-ci a même demandé qu’une évaluation parallèle soit effectuée en milieu scolaire en raison d’inquiétudes au sujet d’un possible trouble de déficit de l’attention avec hyperactivité, mais rien n’aurait été fait selon le rapport.

Après avoir terminé son évaluation, qui a été remise au médecin de famille de l’adolescent, la psychologue aurait eu trois autres consultations avec Riley Fairholm jusqu’à ce qu’il cesse de se présenter à ses rendez-vous.

Son médecin de famille n’aurait pas été informé de la fin des consultations parce qu’il n’y avait pas de communication entre les deux professionnels de la santé.

Un neuropsychologue a aussi évalué l’adolescent en 2018 et ce dernier a proposé un plan de traitement incluant la prise de médication. Toutefois, aucun suivi n’aurait été effectué pour s’assurer de la prise de médication ni aucune évaluation précise sur le risque suicidaire.

La mère de Riley, Tracy Wing, a raconté lors de l’enquête que le soir du drame, elle cherchait son fils dans toute la maison avant de tomber sur une lettre d’adieu manuscrite. En panique, elle s’est rendue rapidement au village, où elle a trouvé de véhicules de patrouilles aux gyrophares allumés près d’un corps gisant au sol.

«Le décès d’un enfant est une épreuve insoutenable pour des parents. Il est déplorable que ces mêmes parents aient dû attendre quatre ans avant d’obtenir des réponses quant au décès de leur fils. La transparence et l’accompagnement demeurent les meilleurs remèdes pour mettre un baume à un deuil si grand», mentionne la coroner Kamel dans son rapport.

En rejetant la thèse du «suicide par policier interposé», la coroner cite le témoignage d’un expert selon qui «la majorité des personnes suicidaires sont incertaines de vouloir mourir», mais elle concède que le contexte de l’événement «rappelle malheureusement que la fenêtre d’opportunité pour ouvrir une discussion était mince».

Parmi ses recommandations, Mme Kamel demande au ministère de la Sécurité publique de déployer une formation annuelle pour tous les corps de police afin que leurs agents soient «aptes à intervenir auprès des personnes en crise».

«Riley avait besoin d’aide et son héritage devrait nous rappeler qu’il est nécessaire de préconiser le dialogue lorsque cela est possible», implore la coroner.

Cette dépêche a été rédigée avec l’aide financière des Bourses de Meta et de La Presse Canadienne pour les nouvelles.

Laisser un commentaire

Les commentaires sont modérés par l’équipe de L’actualité et approuvés seulement s’ils respectent les règles de la nétiquette en vigueur. Veuillez nous allouer du temps pour vérifier la validité de votre commentaire.