La nature pour aider les jeunes cyberdépendants

MONTRÉAL — Des experts constatent une hausse de la cyberdépendance chez les jeunes Québécois depuis quelques années, un phénomène qui aurait été en partie encouragé par la pandémie et le confinement, mais qui ne lui serait pas entièrement attribuable.

Le Grand Chemin, un organisme sans but lucratif dont les services gratuits s’adressent aux adolescents de 12 à 17 ans qui ont développé ou sont en voie de développer une problématique de toxicomanie, de jeu excessif ou de cyberdépendance, rapporte ainsi un bond de 170 % des demandes d’aide pour la cyberdépendance entre 2017-2018 et 2021-2022, de 163 demandes à 443 demandes.

Les demandes d’aide arrivent de familles (et surtout, sans que l’on comprenne pourquoi, de mamans) qui sont interpellées par le temps consacré par leur jeune aux écrans, mais aussi de professionnels issus des mondes de l’éducation, de la santé ou communautaire.

«Certains jeunes vont carrément passer à côté de leur vie d’adolescent, a dit Marie-Josée Michaud, qui est spécialiste en activité clinique au centre Le Grand Chemin. On appelle ça la ‘dette de temps’: depuis l’âge de 8 ou 9 ans, le jeune joue à des jeux en ligne avec ses amis, il y investit de plus en plus de temps (…) et il passe carrément à côté des étapes développementales des adolescents.

«Donc on arrive devant des adolescents de 16 ou 17 ans, ou des jeunes adultes de 18 ou 19 ans, qui ont les compétences sociales d’un adolescent plus jeune, ou même d’un enfant de 10 ou 11 ans.»

D’autant plus que la cyberdépendance ne concerne pas seulement les jeux vidéo: les réseaux sociaux et la diffusion de contenu en continu (le «streaming») peuvent aussi déraper vers ce qu’on appelle au Québec une «utilisation problématique d’internet».

La pandémie a eu «le dos large», a dit Mme Michaud, et on ne peut pas lui attribuer l’entière responsabilité de la situation. Elle y a toutefois probablement contribué en enseignant, par exemple, à des jeunes qui ont d’emblée de la difficulté à entrer en contact avec les autres qu’il est possible de faire l’école à distance et de continuer à avoir des liens avec ses amis.

«Pour certains de ces jeunes-là, c’est venu les propulser dans quelque chose qui est peut-être devenu problématique», a-t-elle ajouté.

Nature et aventure

Au nombre des interventions proposées par Le Grand Chemin pour aider les jeunes à se sevrer de leur cyberdépendance, on retrouve des séjours d’aventure en nature organisés en partenariat avec la Société des établissements de plein air du Québec (SÉPAQ).

Accompagnés de guides expérimentés et spécialement formés, les jeunes partent pendant quelques jours découvrir non seulement les grands espaces de la province, mais aussi qui ils sont.

«Il y a des jeunes qui n’ont jamais fait de camping, jamais découché de la maison, jamais voyagé, et là ils vont dormir dans le bois, dans un camp somme toute assez rustique, a dit Mme Michaud. Ça peut être assez déstabilisant, mais c’est ce qu’on cherche à faire avec eux: les déstabiliser dans l’encadrement, tout en gérant l’ensemble des risques qui sont là, mais pour leur faire vivre des émotions fortes, puis aussi de faire travailler les compétences.»

Un tel séjour en nature a également comme objectif de motiver les jeunes à se rendre au bout de leur traitement, poursuit-elle.

«Ces jeunes-là nous disent souvent qu’ils ont l’impression d’avoir vécu en accéléré des situations qui les ont confrontés (…), qui ont mis au défi leurs compétences, qu’ils ont évolué très rapidement. Par exemple, en cinq jours, ils ont l’impression d’avoir fait une, deux, trois, quatre semaines de traitement interne classique entre quatre murs», a dit Mme Michaud.

Lors de ces aventures, les jeunes vont devoir nommer des chefs d’équipe à l’intérieur du mini groupe, prendre des décisions et relever des défis, poursuit-elle.

Et comme il s’agit de jeunes en traitement pour qui la communication et la capacité de s’affirmer ne sont pas toujours faciles, il arrivera «comme on dit en bon français, qu’ils frappent des murs», a dit Mme Michaud, mais il y a aussi une énergie de groupe qui finit par s’installer et les jeunes apprennent à dépasser leurs limites.

Face à une épreuve qui pourra leur paraître insurmontable, ils vont devoir apprendre à réfléchir et à travailler ensemble pour passer par-dessus, ce qui sera source de discussions, d’émotions et même de conflits que les jeunes devront apprendre à gérer.

«On a vraiment à cœur de leur faire découvrir qu’une des façons de prévenir, de guérir de la dépendance, c’est d’avoir une variété d’activités dans notre vie, de ne pas tout mettre ses œufs dans le même panier, a dit Mme Michaud. Donc pour nos cyberdépendants qui ont investi beaucoup de temps, de ressources et d’argent au détriment de la famille, de l’école, etc., on veut leur faire vivre autre chose. On veut leur montrer que c’est possible d’avoir des sensations, du plaisir dans le contact avec la nature, de vivre de belles choses là.»

La Fondation Le Grand Chemin invite la population à participer, dès le 1er octobre, à l’édition 2022 du défi OcSobre, afin d’aider les jeunes vivant avec des problèmes de dépendances. Le défi vise à sensibiliser les participants à la santé physique, mentale et numérique en proposant des défis à réaliser pour favoriser un équilibre et un mode de vie sain.

Le défi OcSobre consiste à réaliser quatre petits défis chaque semaine durant le mois d’octobre: faire une activité sans écran, en famille ou entre amis; mettre en place une minuterie sur l’application la plus utilisée; fermer les notifications après l’école ou en dehors des heures de travail; et profiter de la nature ou de l’air frais sans écran ou sans téléphone pendant une heure.

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Sur internet :

OcSobre.com

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