La non-intervention à Montréal-Nord a choqué la Fraternité des policiers

MONTRÉAL – Les policiers de Montréal n’ont pas «du tout apprécié recevoir l’ordre de rester les bras croisés» à l’occasion d’actes de vandalisme à Montréal-Nord le 6 avril dernier, a soutenu la Fraternité des policiers de Montréal dans une lettre envoyée au maire Denis Coderre.

L’organisation exprime, dans cette lettre transmise lundi, sa perplexité à l’égard du choix stratégique de ne pas intervenir auprès des gens qui ont saccagé des vitrines et incendié des voitures.

Les actes de vandalisme à Montréal-Nord auraient été le fait de quelques casseurs. Ces gestes avaient suivi deux manifestations s’étant déroulées dans le calme, pour souligner l’anniversaire de Freddy Villanueva, mort lors d’une intervention policière, et la mort récente de Jean-Pierre Bony, blessé mortellement par une balle de caoutchouc lors d’une opération antidrogue le 31 mars à Montréal-Nord.

Les policiers ont choisi de ne pas répliquer et de se contenter de sécuriser les lieux incendiés et vandalisés — incluant leur propre poste de quartier — afin d’éviter la confrontation directe.

Selon la Fraternité des policiers, une quarantaine d’appels logés au 911 en lien avec le saccage sont demeurés sans réponse.

L’organisation a affirmé que les policiers avaient «souvent» l’ordre de ne pas intervenir pour ne pas attiser les tensions. La Fraternité a dit croire que cela minait le sentiment de sécurité de la population tout en «lançant le mauvais message aux criminels».

«Sachez que les policiers et policières n’ont pas du tout apprécié recevoir l’ordre de rester les bras croisés, ni devoir répondre aux commerçants et aux citoyens qui leur demandaient de faire cesser le saccage qu’ils avaient mandat de ne rien faire», écrit le président, Yves Francoeur, dans la lettre envoyée au maire Coderre.

La Fraternité, qui dit représenter quelque 4500 policiers, affirme aussi craindre que les «renoncements à faire appliquer les lois les plus essentielles puissent mener à la formation de zones de non-droit».

L’organisation estime également qu’un sentiment d’impunité accru de la part des criminels est susceptible de mettre à risque les policiers et policières.

«Nous ne sommes aucunement opposés à une approche sociale et communautaire et nous croyons en effet que la population de Montréal-Nord mérite que l’on investisse dans son tissu social et dans l’emploi. Néanmoins, nous ne croyons pas qu’il s’agisse d’un service à rendre à ces citoyens et citoyennes que de baisser les bras face à la criminalité sous prétexte de ne pas heurter les susceptibilités», ajoute la missive.

Selon le bilan final à Montréal-Nord, les vitrines du poste de police et de six commerces ont été fracassées, six véhicules ont été incendiés et cinq autres ont été endommagés.

Le SPVM avait dit récemment avoir avant tout voulu éviter «la provocation que les casseurs attendaient de la police». En entrevue, le commandant Ian Lafrenière disait qu’il n’y avait «pas toujours des règles préécrites avec un mode d’emploi pour s’assurer d’un bon résultat», ajoutant que des images pourraient permettre de retracer des gens qui étaient impliqués dans le vandalisme.