La nouvelle aide aux travailleurs touchés par la crise n’est peut-être pas pérenne

OTTAWA — Le premier ministre Justin Trudeau affirme que l’aide plus généreuse accordée aux travailleurs  qui ont perdu leur emploi pendant la pandémie ne devrait pas être considérée comme un ajout permanent au filet de sécurité sociale canadien.   

Des millions de personnes ont reçu la Prestation canadienne d’urgence (PCU) depuis mars, lorsque la première vague de COVID-19 a frappé le Canada et entraîné des confinements généralisés et des pertes d’emplois massives. Une nouvelle prestation de 500 $ par semaine pour les chômeurs a depuis été mise en place, jusqu’à l’été prochain.

S’exprimant lors d’un événement virtuel organisé par le «Financial Times», M. Trudeau a indiqué que son gouvernement suivrait l’évolution de la situation avant de décider de la suite des choses. Mais selon lui, ce n’est pas parce qu’un programme a bien fonctionné pendant la pandémie qu’il sera utile une fois la crise passée.  

«Ce n’est pas une mesure que nous pouvons automatiquement poursuivre dans un monde post-pandémique, a-t-il dit dans cette entrevue préenregistrée. Je pense qu’il y a des réflexions vraiment importantes à avoir sur la façon dont nous fournissons un soutien du revenu.»  

La PCU a versé 81,6 milliards $ à environ 8,9 millions de Canadiens de mars à octobre. Depuis, les trois prestations qui ont remplacé la PCU ont versé près de 2,3 milliards $, la plus grande partie allant à plus d’un million de Canadiens qui ont touché la Prestation canadienne de la relance économique. Le nombre de bénéficiaires a augmenté régulièrement et dépasse maintenant les estimations d’Ottawa.   

Cette nouvelle prestation pour chômeurs, ainsi que la Prestation pour proches aidants et la Prestation de maladie, seront en place jusqu’à l’été prochain. Parallèlement, un ralentissement du nombre de demandes de prestations d’assurance-emploi suggère que la demande pour ces prestations pourrait être inférieure aux 2,8 millions précédemment estimés par les fonctionnaires. Mais tout cela pourrait changer, selon l’évolution de la pandémie.   

M. Trudeau a déclaré dans l’entrevue au «Financial Times» que l’incertitude causée par la COVID-19 explique justement pourquoi les libéraux ont réorganisé pendant l’été les mesures de soutien, afin que les prestations s’ajustent aux aléas de l’économie. Il a soutenu que les prestations, couplées à une extension du programme de subventions salariales, à un nouveau programme d’aide aux loyers commerciaux et une aide supplémentaire pour les entreprises fermées par des confinements localisés, sont tous des «stabilisateurs automatiques» pour assouplir les impacts de la deuxième vague.  

L’extension du programme de subventions salariales jusqu’à l’été prochain ne sera pas officielle tant que le Sénat n’aura pas approuvé le projet de loi. La ministre des Finances, Chrystia Freeland, doit comparaître jeudi en comité sénatorial pour témoigner sur le projet de loi C-9.  

C’est d’ailleurs au Sénat qu’on a entendu certaines des voix les plus fortes pour que les libéraux adoptent un autre «stabilisateur automatique», en lieu et place d’une myriade de mesures: un programme de revenu de base, prestation sans condition que le gouvernement fournirait aux citoyens et qui établirait un plancher financier pour les individus et les familles.  

«Je pense que nous devons surmonter (la crise actuelle) avant de commencer à élaborer un tout nouvel univers de mesures de soutien», a indiqué M. Trudeau, qui n’a jamais été très séduit par cette idée de revenu de base, du moins publiquement.

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