La nouvelle ombudsman des vétérans a vécu elle-même les arriérés de traitement

OTTAWA — La nouvelle ombudsman des anciens combattants affirme que comme des dizaines de milliers d’anciens militaires canadiens, elle a aussi enduré la même longue et frustrante attente après avoir demandé de l’aide et des prestations pour ses blessures liées au service militaire.

La colonelle à la retraite de l’armée de terre Nishika Jardine, qui a succédé à l’ombudsman le mois dernier, explique qu’elle a attendu plus d’un an avant de savoir si sa demande de prestations d’invalidité avait été approuvée par le ministère des Anciens Combattants. Il s’agissait notamment de savoir si elle était admissible aux mêmes traitements de physiothérapie qui avaient été fournis pendant qu’elle était dans l’armée, mais qui avaient été interrompus lorsqu’elle a été forcée de quitter la vie militaire, en raison justement de ses blessures.

«Dès que j’ai quitté les Forces canadiennes, à ma date de libération, les portes se sont fermées derrière moi», a déclaré Mme Jardine dans une entrevue accordée mardi à La Presse Canadienne. «Et jusqu’à ce que j’aie la décision du ministère des Anciens Combattants, je ne pouvais pas continuer mes traitements. On parle donc d’un an de retard — en fait, un peu plus — avant que j’aie accès à ce traitement.»

C’est avec cette expérience très personnelle que Mme Jardine prend la relève en tant que nouvel ombudsman des anciens combattants, devenant la première femme à diriger ce bureau depuis sa création en 2007. L’ombudsman enquête sur les plaintes d’anciens combattants qui rencontrent des difficultés à accéder aux services et aux avantages fédéraux.

Or, la plupart de ces plaintes ont justement trait aux longues attentes auxquelles font face les vétérans malades ou blessés qui demandent une aide fédérale. À la fin de septembre, le ministère signalait un arriéré de 45 000 demandes non traitées.

Plusieurs anciens combattants ainsi que des prédécesseurs de Mme Jardine ont déjà déploré l’impact de ces retards sur les anciens militaires qui souffrent de blessures mentales et physiques à long terme, et qui sont plongés dans un «no man’s land» bureaucratique.

Mme Jardine, qui parle d’une question d’équité, soutient que c’est l’une des raisons qui l’ont poussée à solliciter le poste d’ombudsman, devenu vacant après la démission surprise de Craig Dalton en mai, après seulement 18 mois.

Après des années de plaintes, le gouvernement libéral a annoncé en juin son intention d’embaucher des centaines d’employés temporaires pour faire face à l’arriéré. Mais les défenseurs des vétérans ont demandé plus d’investissements et un processus d’examen des demandes plus rapide.

Mme Jardine a refusé de commenter, précisant qu’elle était encore en train de s’installer dans son nouveau rôle, après 37 ans en tant qu’officière au sein du Corps du Génie électrique et mécanique royal canadien, avec notamment une mission en Afghanistan.

Femmes, francophones et Autochtones

Elle n’a pas non plus voulu commenter les trois régimes d’avantages sociaux pour les anciens combattants blessés ou malades qui ont été adoptés par divers gouvernements au fil des ans  — et qui ont également été une source de frustration pour la communauté des vétérans.

Mme Jardine a plutôt mis l’accent sur le rôle de l’ombudsman dans la promotion de l’équité pour les anciens combattants, en particulier les femmes, les francophones et les Autochtones qui ont été militaires. 

Certains se sont demandé si le bureau de l’ombudsman remplissait réellement un tel rôle. Des préoccupations ont été soulevées au sujet de sa portée étroite et de son manque d’indépendance — le bureau relève après tout du ministre des Anciens Combattants et non du Parlement.

Un rapport interne commandé par le ministère et publié au cours de l’été a fait état de préoccupations similaires, et M. Dalton avait ouvertement demandé une révision du mandat du bureau avant de démissionner pour occuper un poste de directeur municipal à Lethbridge, en Alberta.

Le ministère a promis un tel examen dans le cadre d’une évaluation plus large du processus que les anciens combattants peuvent utiliser pour faire appel des décisions des fonctionnaires, et le porte-parole Marc Lescoutre a déclaré à La Presse Canadienne qu’il était en cours.

Mais Mme Jardine a indiqué que son bureau n’avait reçu aucune information sur un tel examen. «Nous avons également posé la même question et attendons une réponse de leur part.» 

Dans l’intervalle, elle dit avoir déjà rencontré des vétérans et des groupes qui les défendent, et elle prévoit de faire un suivi avec d’autres réunions au cours de la nouvelle année pour commencer à identifier les domaines dans lesquels le bureau devrait se concentrer.

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Le véritable problème est structurel. Une administration centrale localisée à Charlottetown, misant plus sur une fonction politique de création et de maintien d’emploi pour le soutien de la province que sur un service efficient, ayant dans le passé coupé les administrations et responsabilités régionales pour préserver sur l’île le nombre de postes centraux et leurs classifications supérieures, et dont les employés sont figés dans une attitude insulaire qui les éloigne de tout management progressiste. Il faut alors questionner l’organisation et la gestion du travail qui multiplient les postes et diluent les responsabilités avec pour résultat un éloignement des vétérans. Au final, une structure qui assure elle-même sa reproduction par l’embauche, d’un personnel insulaire à sa descendance, d’une génération à l’autre, sans apport de sang neuf. De bien bonnes intentions figées dans une très désuète organisation. Mais l’ombudsman pourra-t-elle dire cette vérité ou même la considérer, elle qui relève d’un ministre qui est lui-même député de l’Île-du-Prince-Edward?

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