La nuit, une infirmière pour 224 patients dans un CHSLD de Longueuil

Il n’y a qu’une seule infirmière durant la nuit pour s’occuper de 224 résidents au Centre d’hébergement René-Lévesque, à Longueuil, selon un palmarès dressé par la Fédération interprofessionnelle de la santé du Québec (FIQ).

Après avoir bloqué le pont Jacques-Cartier et le pont de Québec lundi, le syndicat d’infirmières qui est en plein renouvellement de convention collective a fait un nouveau coup d’éclat mercredi matin en installant 125 effigies de personnes âgées sur le terrain de ce centre d’hébergement de soins de longue durée (CHSLD) en Montérégie.

Une infirmière a par la suite simulé sa tournée de soins en mettant en évidence la surcharge de travail que représente un tel nombre de patients pour elle.

Le palmarès des CHSLD de la province dévoilé par le syndicat révèle que la Montérégie-Est détient la palme des pires ratios professionnelles en soins/patients.

Des ratios de «200, 224, 180, 125 patients» par infirmière, «ce n’est pas de la fiction, c’est la réalité», a lancé la présidente de la FIQ, Nancy Bédard, en entrevue avec La Presse Canadienne. La situation actuelle dans plusieurs établissements du Québec est tout simplement «dangereuse» et explique des «événements tragiques mis en lumière» pendant la pandémie.

Visiblement exaspérée, Mme Bédard s’est demandé «comment pensez-vous qu’en un quart de travail de huit heures ces deux personnes-là sont capables de voir l’ensemble de ces patients-là, de leur prodiguer des soins, qu’on les évalue, qu’on fasse des plans d’intervention à chacune de ces personnes-là, qu’on réponde à leurs besoins et qu’on soit capable de garantir la dignité des personnes qui vivent en CHSLD»?

Le syndicat affirme que le ministère de la Santé a convenu que le ratio devrait être d’une infirmière ou une infirmière auxiliaire par 38 à 44 patients durant la nuit.

Lors d’un point de presse, mardi, le premier ministre François Legault s’est dit prêt à «tout faire» pour réduire la charge de travail des infirmières.

C’est «la bonne nouvelle de la semaine», s’est réjouie Mme Bédard, qui a noté que les négociateurs du gouvernement ne sont «pas capables» de prononcer le mot «surcharge». Elle souhaite que les paroles du grand patron soient «la clé» dans cette négociation.

Une grande partie de la pénurie d’infirmières est «artificielle», réplique la présidente de la FIQ à l’affirmation du premier ministre selon laquelle former une infirmière, ou même une infirmière auxiliaire, ne peut se faire en quelques mois, comme cela a été fait pour les préposés aux bénéficiaires.

Les infirmières «tombent au combat» par milliers, a noté Mme Bédard. Elles vont en congé de maladie, démissionnent ou prennent des retraites prématurées pour «sauver leur peau».

«Si on veut qu’elles reviennent, qu’elles restent ou qu’elles s’en viennent dans le réseau de santé publique, il faut commencer à donner des conditions de travail.»

Quant à l’affirmation du premier ministre soutenant ne pas pouvoir à la fois améliorer les conditions de travail et offrir des augmentations de salaire plus élevées que l’inflation, Mme Bédard lui fait remarquer que la concurrence privée est intense et que les agences qui «viennent chercher tout notre monde […] offrent le double du salaire».

Les infirmières comptent toujours faire une grève d’heures supplémentaires obligatoires cette fin de semaine pour dénoncer leurs conditions de travail.

– Texte de l’Initiative de journalisme local.

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