La pandémie a redonné le goût aux «profs» de prendre l’air

SHERBROOKE, Qc — En raison des nombreuses contraintes sanitaires pour limiter la propagation de la COVID-19 à l’école, les enseignants ont dû chambouler l’organisation de leur classe. Parmi les stratégies recommandées par la santé publique, on proposait les cours en plein air. Une pratique qui semble avoir charmé de nombreux «profs», selon une enquête de l’Université de Sherbrooke (UdeS).

Sortir les élèves des murs de l’école permet de leur offrir un lieu aéré, d’assurer une meilleure distanciation physique et de réduire les contacts. D’après les enseignants interrogés par les chercheurs, ces périodes en plein air ont aussi eu l’effet bénéfique de contrer la sédentarité chez les enfants et les adolescents, en plus de rendre les notions plus concrètes.

C’est le ministère de l’Éducation qui a demandé à deux chercheurs de l’UdeS de «dresser le portrait des pratiques et des effets perçus de l’enseignement en plein air sur les apprentissages et l’activité physique». Les professeurs Jean-Philippe Ayotte-Beaudet, de la Faculté d’éducation, et Félix Berrigan, de la Faculté des sciences de l’activité physique, ont saisi l’occasion puisque le phénomène avait déjà capté leur attention.

«On avait l’impression quand il y a eu la reprise en mai-juin qu’il y avait davantage de personnes enseignantes qui allaient à l’extérieur pour des activités pédagogiques, donc on a voulu aller au-delà de l’impression», souligne le professeur Ayotte-Beaudet qui n’a pas été déçu en voyant les résultats.

D’après les données recueillies auprès de 1008 enseignants, par un questionnaire en ligne, 63 % des enseignants du primaire et préscolaire, puis 45 % des enseignants du secondaire ont animé au moins une activité d’apprentissage au grand air au cours des deux dernières années scolaires. Détail intéressant, il s’agissait d’une première pour bon nombre d’entre eux, autant au primaire (30 %) qu’au secondaire (24 %).

«C’est parmi les chiffres qui nous ont impressionnés. Il y avait déjà un intérêt pour l’éducation en plein air au Québec depuis de nombreuses années, il y a un réseau d’enseignants qui sont en contact et qui partagent leurs pratiques. La pandémie a rajouté une raison sanitaire qui est devenue prioritaire pour passer à l’action», analyse Jean-Philippe Ayotte-Beaudet qui est également directeur du Centre de recherche sur l’enseignement et l’apprentissage des sciences.

Et le chercheur est très optimiste sur la possibilité que la pratique continue de croître après la pandémie. D’après les données de l’enquête, 84 % des enseignants du primaire et du préscolaire ainsi que 89 % des enseignants du secondaire qui ont tenté l’expérience du plein air ont la ferme intention de poursuivre après la fin de la pandémie.

Selon l’expert de l’UdeS, deux raisons majeures sont citées par les «profs» pour justifier leur intérêt envers la classe en plein air. D’abord, ils souhaitent permettre aux jeunes de «se reconnecter avec la nature» dans le but de faire contrepoids à l’omniprésence des écrans dans leur vie. Ensuite, ils voient les bienfaits «d’utiliser des contextes concrets d’application des apprentissages».

Tout peut se faire dehors

Marie-Line Laflèche enseigne en première année du primaire à l’Académie des Sacrés-Cœurs, une école privée à Saint-Bruno-de-Montarville, en Montérégie. Depuis quelques années, elle faisait l’effort de sortir avec ses élèves quelques fois par semaine pour une trentaine de minutes.

Avec la pandémie, le confinement, les consignes sanitaires, elle s’est fait la promesse au printemps dernier que dès la rentrée 2020, elle ferait la classe dehors tous les jours durant 1h30. Sept mois plus tard, promesse tenue, ses élèves et elle sont sortis beau temps, mauvais temps, sauf une fois où la pluie était trop abondante.

Sa routine est simple. Les élèves ont «cinq minutes d’exploration» en sortant. Ils peuvent courir, bouger, se dégourdir avant de se mettre au travail. Son école a l’avantage d’un terrain boisé et de tables de travail à l’extérieur. On peut donc simplement transporter la classe dehors, mais l’environnement offre de multiples opportunités d’enseignement.

«On a observé des nids d’oiseaux. Quand il a commencé à faire froid, on s’est demandé s’il y avait encore des insectes?», donne-t-elle en exemple. Les élèves peuvent donc s’initier à la science, mais aussi travailler toutes les autres matières avec un peu de débrouillardise.

«On pourrait être toujours à l’extérieur! On peut travailler l’ordre croissant avec des branches ou des roches, on peut travailler les couleurs, composer une histoire sur ce qu’on voit», explique l’enseignante qui encourage tous ses collègues à tenter l’expérience.

Elle s’émerveille encore de la participation des enfants qui en viennent presque à créer eux-mêmes leur programme éducatif. Ils sont curieux, posent des questions sur leur environnement. Pour la «prof», ne reste plus qu’à écouter et à guider leur intérêt, décrit celle qui n’était pas particulièrement adepte du plein air avant de plonger dans ce projet de classe.

Pour Marie-Line Laflèche, cette première année intensive d’école en plein air revêt un élément de fierté parce qu’elle a dû repousser ses propres limites et affronter un certain inconfort. Toutefois, elle se dit surtout fière de permettre aux enfants de respirer de l’air frais tous les jours.

«Ce qui m’inquiète avec la génération iPad et jeux vidéo, c’est qu’il y a des enfants qui ne sortent pas du tout dehors de la fin de semaine. Pour moi, ça me fait du bien de savoir qu’ils passent beaucoup de temps dehors à l’école», partage l’enseignante qui a simplement dû investir dans des vêtements chauds.

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Une professeure, une enseignante, une complice extraordinaire pour ses élèves ! Quelle chance mon fils a eu 🧡

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