La pandémie efface les progrès dans la lutte contre la famine, dit Gould

OTTAWA — La ministre du Développement international, Karina Gould, ne crie pas victoire même si elle a pu réaliser ce que peu de ses prédécesseurs sont parvenus à réussir: obtenir une augmentation pour l’aide canadienne à l’étranger.

Mme Gould a annoncé cette semaine 485 millions $ afin d’aider les pays en développement et les pays plus vulnérables à obtenir un accès plus équitable aux mesures médicales de lutte contre le coronavirus.

Elle a indiqué vendredi lors d’une vidéoconférence que le Canada fera don de tous ses vaccins excédentaires aux pays pauvres. Mais elle a rappelé que l’arrivée des vaccins ne réparera pas tous les dégâts causés par la pandémie de COVID-19.

Selon Mme Gould, la pandémie a effacé en moins d’un an les progrès réalisés depuis 10 ans dans l’amélioration du sort des personnes les plus pauvres du monde, en particulier les enfants.

La maladie a provoqué une baisse spectaculaire du nombre d’enfants scolarisés, un accès réduit aux vaccins déjà utilisés pour lutter contre les maladies évitables et une insécurité alimentaire croissante.

Mme Gould l’a signalé à plusieurs reprises depuis le début de la pandémie.

«Cela a été mon message constant à mes collègues et à mes partenaires du monde entier: nous ne pouvons pas laisser tomber la garde; nous devons garder le cap sur l’importance des directives que nous avons dans le développement, en plus d’intervenir contre la COVID-19.»

Mme Gould dit que 270 millions de personnes souffrent d’insécurité alimentaire extrême, soit le double d’avant la pandémie. Elle observe aussi que des millions de filles ont été privées d’école.

Moins les filles vont à l’école, moins elles sont susceptibles d’y revenir. «Nous parlons de 10 millions d’enfants mariés supplémentaires, constate Mme Gould. Il y a plusieurs sujets d’inquiétude.»

Le jour même où elle a annoncé l’augmentation de l’aide à l’étranger, Mme Gould a aussi participé à une conférence en ligne au cours de laquelle elle a indiqué que les 520 millions $ précédemment consacrés au développement international seront investis dans la lutte contre la malnutrition croissante.

Henrietta Fore, la directrice du Fonds des Nations Unies pour l’enfance (UNICEF), dit qu’un tiers des enfants de moins de cinq ans dans le monde souffrent de malnutrition. «Au moins deux sur trois ne reçoivent toujours pas le régime minimum dont ils ont besoin pour grandir, se développer, apprendre et pour atteindre leur plein potentiel.»

Mme Fore ajoute que l’UNICEF estime que 87 millions d’enfants de moins cette année recevront les doses nécessaires de vitamine A dont ils ont besoin pour rester en bonne santé, une baisse de 35% par rapport à 2019.

«Cela ne cause pas du tort seulement aux les enfants, cela nous en fait à tout le monde», souligne-t-elle.

L’annonce de Mme Gould pourrait aider le Canada à s’approcher de l’objectif de 0,7 % du revenu national brut (RNB) réservé à l’aide au développement international.

Avant la pandémie, la somme consacrée par le Canada à l’aide internationale était inférieure à 0,3 %, selon l’Organisation de coopération et de développement économiques.

Liam Swiss, un expert en aide étrangère de l’Université Memorial de Terre-Neuve-et-Labrador, a déclaré que l’une des tristes ironies de 2020 est que le ralentissement économique fait en sorte que le pourcentage des dépenses pour l’aide internationale pourrait augmenterait artificiellement.

«C’est de l’argent frais, alors c’est bien, commente-t-il à propos de l’annonce de Mme Gould. C’est un investissement vraiment judicieux au chapitre de la lutte contre la pandémie et de la vaccination.»

Selon lui, toute décision future à ce chapitre devra être motivée par un désir plus concret de mettre fin à la pandémie partout.

«Si chaque fois que des voyageurs se rendent dans d’autres pays, ils en reviennent infectés, alors on n’étouffera pas la pandémie.»

Les Canadiens ne peuvent échapper au fait qu’ils sont connectés au reste du monde, rappelle Mme Gould, qu’il s’agisse de proches vivant à l’étranger, des relations commerciales et du tourisme à l’étranger et au pays.

«Nous serons tous mieux si nous nous entraidons. Peut-être que cela semble idéaliste, mais je le crois fermement. C’est l’une des raisons pour lesquelles je me suis lancée dans la politique en premier lieu.»

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