La pandémie et les réseaux sociaux pourraient exacerber la violence chez les jeunes

TORONTO — Les crimes violents commis par des adolescents pourraient augmenter dans la ville la plus peuplée du Canada en raison de l’isolement causé par la pandémie et de l’influence des médias sociaux, soutiennent des experts, alors que la police de Toronto enquête sur une série d’agressions commises par de jeunes filles.

La police a indiqué cette semaine qu’un groupe composé d’une dizaine d’adolescentes aurait agressé plusieurs personnes au hasard dans les stations de métro du centre-ville de Toronto, le 17 décembre dernier. Les enquêteurs n’ont pas confirmé si le groupe était le même qui aurait poignardé une personne en situation d’itinérance, qui est décédée des suites de ses blessures à l’hôpital.

Des experts soulignent que les attaques impliquant des groupes de filles sont extrêmement rares, mais que la violence chez les jeunes pourrait actuellement être en hausse.

Ardavan Eizadirad, professeur adjoint à l’Université Wilfrid Laurier, a affirmé que des données récentes du service de police de Toronto suggèrent que de plus en plus de jeunes sont impliqués dans des comportements criminels violents.

Cette augmentation pourrait être attribuée à une combinaison de facteurs liés entre autres à la pandémie de COVID-19, a-t-il expliqué.

«Quand ils n’ont pas accès à un adulte bienveillant ou à des programmes communautaires qui reflètent différentes identités culturelles, les gens recherchent d’autres choses — qui sont souvent des facteurs de risque plutôt que de protection — pour trouver un sentiment d’appartenance et une communauté», a précisé M. Eizadirad.

Les données de la police de Toronto présentées le mois dernier lors d’une réunion du comité de planification et des priorités du Toronto District School Board montrent que 622 jeunes âgés de 12 à 29 ans ont été victimes d’attaques au couteau entre janvier 2021 et novembre 2022. Au cours de cette même période, 586 jeunes ont été accusés d’avoir poignardé quelqu’un.

Kaitlynn Mendes, professeure de sociologie à l’Université Western, a ajouté que certains jeunes sont actuellement en difficulté en raison des impacts sociaux et économiques de la pandémie.

«Il y a beaucoup d’isolement, de solitude. Peut-être qu’ils ont des problèmes de santé mentale, qu’ils se sentent déconnectés de la société ou qu’ils s’ennuient, a-t-elle expliqué. Il est vraiment difficile de savoir exactement pourquoi ces personnes se livrent à ces actes sans leur parler».

Si les réseaux sociaux ont aidé des étrangers à organiser des manifestations dans le monde entier, y compris les soulèvements du Printemps arabe, ils ont aussi été récemment utilisés par certains pour entrer en contact avec d’autres individus qui s’intéressent à la violence.

«Ce que nous constatons, c’est que les technologies numériques sont utilisées à des fins plus malveillantes que celles que nous envisagions initialement», a indiqué Mme Mendes.

Les femmes généralement moins violentes

La police de Toronto a accusé huit adolescentes âgées de 13 à 16 ans de meurtre au deuxième degré pour avoir poignardé mortellement une personne en situation d’itinérance.

Les autorités ont déclaré que l’enquête était distincte de l’autre impliquant le groupe d’adolescentes qui auraient commis des agressions dans le métro, une affaire dans laquelle elles cherchent à parler aux victimes.

«Nous n’avons pas confirmé s’il s’agit ou non du même groupe de filles», a rappelé la policière Caroline de Kloet dans un communiqué.

Jerry Flores, professeur de sociologie à l’Université de Toronto, a indiqué que les attaques impliquant des groupes de femmes ou de filles ne se produisaient presque jamais.

«Nous associons davantage ce genre de comportement aux garçons, généralement à ceux qui sont associés à des gangs, a-t-il expliqué. À l’échelle individuelle, lorsque les femmes ou les filles usent de violence, c’est généralement pour se défendre contre de multiples formes d’abus».

M. Flores a précisé que les taux de criminalité chez les adolescents étaient généralement difficiles à mesurer en raison des lois sur la protection de la vie privée qui protègent les jeunes Canadiens. Selon lui, les jeunes peuvent être impliqués dans des infractions non violentes ou des infractions liées à la drogue, mais il est inhabituel dans le pays qu’un enfant mineur commette un crime violent comme un meurtre.

«Quand ils sont (déterminés), ils peuvent être très sensationnels, a ajouté M. Flores. Ils reçoivent alors beaucoup d’attention».

Laisser un commentaire

Les commentaires sont modérés par l’équipe de L’actualité et approuvés seulement s’ils respectent les règles de la nétiquette en vigueur. Veuillez nous allouer du temps pour vérifier la validité de votre commentaire.