La pandémie met en relief les mises en garde de l’économiste Thomas Piketty

BALTIMORE — Contre toute attente, l’économiste français Thomas Piketty a empoché une petite fortune à la suite de la publication d’un volumineux essai abordant les dangers des inégalités économiques et l’importance de l’impôt sur la richesse.

Tout l’argent gagné grâce à son livre à succès «Le Capital au XXIe siècle», publié en français en 2013 et traduit en anglais l’année suivante, a renforcé le malaise de l’auteur français face à la concentration de la richesse entre les mains d’une minorité de privilégiés.

Thomas Piketty affirme avoir versé 60 % des revenus de son bouquin en impôt et n’avoir dépensé qu’une fraction du reste pour améliorer son niveau de vie. Il dit avoir laissé le reste dans un compte en banque en attendant qu’un changement politique en France rehausse le taux d’imposition à 90 % pour les bien nantis comme lui.

«Je suis déjà incroyablement chanceux, déclare-t-il dans une récente entrevue par visioconférence depuis son élégant appartement de Paris. J’en ai déjà bien assez.»

Les recherches de Thomas Piketty ont permis de recentrer le débat autour des conséquences de la concentration d’une énorme quantité d’argent et de possessions dans les mains d’une petite minorité d’ultra-riches.

Ses mises en garde prennent aujourd’hui un sens très concret avec la pandémie qui sévit partout sur la planète. Le coronavirus vient exposer à la face du monde, en temps réel, l’impact des données et des tableaux produits par l’économiste dans son ouvrage.

Cette fois, Thomas Piketty récidive avec un manifeste appelant des changements politiques. Son livre «Capital et Idéologie», paru en français l’automne dernier, vient d’être traduit en anglais aux États-Unis.

Son argumentaire étalé sur 1100 pages vise à démontrer que le degré d’inégalités économique de chaque État est le reflet direct des décisions politiques de ses dirigeants. Il ajoute que la tendance peut tout aussi bien être renversée si les gouvernements le veulent vraiment.

À une vitesse effarante, la pandémie a frappé de manière disproportionnée les communautés les plus pauvres. Même dans les États les plus riches, une majorité de foyers sont soudainement devenus vulnérables à des pertes d’emplois et leurs économies ont fondues.

Une réalité qui augmente la pression sur les autorités politiques alors que la COVID-19 met en relief l’ampleur des inégalités aux États-Unis comme en Italie ou en Afrique de l’Ouest.

«Cette crise illustre la virulence de l’inégalité», met en garde l’économiste. Il donne en exemple les livreurs à vélo qui risquent leur santé à Paris ou les millions de travailleurs migrants, en Inde, qui se retrouvent sans-abris.

La question au coeur de la réflexion de Thomas Piketty demeure de savoir si la crise sanitaire va servir de catalyseur pour forcer des changements et réduire les inégalités ou pas.

Un récent sondage mené auprès de nombreux économistes américains révèle que 84 % de ces experts sont persuadés que la pandémie va faire plus mal au portefeuille des pauvres qu’aux comptes en banque des riches.

De plus, 91 % des économistes croient que l’écart va se creuser davantage en matière de qualité de l’éducation entre les milieux défavorisés et les milieux nantis. Et 95 % des mêmes experts estiment que le taux de décès va affecter les plus pauvres de manière disproportionnée.

Malgré tout cela, l’administration du président Donald Trump s’oppose catégoriquement à hausser le taux d’imposition des riches. Au contraire, elle vante les baisses d’impôt pour stimuler la croissance économique.

Pour Thomas Piketty, non seulement il faut forcer les plus riches à contribuer encore plus, mais aussi favoriser l’accès à la propriété pour tous.

Selon l’économiste français, l’objectif est de diluer la concentration de la propriété pour que tout le monde puisse y accéder.

En ce qui concerne l’exemple américain, l’auteur souligne que la grande croissance économique des États-Unis relevait avant tout de l’accès à l’éducation qui a permis de hausser le niveau de compétence de la population. Rien à voir avec son faible taux d’imposition.

Les plus populaires