La pandémie touche des Américains déjà affligés par la faim

Au début du mois de décembre, la vice-présidente élue Kamala Harris a promis mardi de s’attaquer rapidement à «la crise de la faim aux États-Unis» quand Joe Biden et elle prendront le pouvoir en janvier.

Mme Harris a attribué cette crise à la pandémie de coronavirus. Elle a évoqué le nombre croissant de familles avec des enfants qui disaient avoir faim, et le nombre encore plus élevé d’adultes qui affirmaient peiner à régler leurs factures «essentielles».

La pandémie qui a dévasté le coeur des États-Unis a frappé au moment où Aaron Crawford traversait déjà une crise. Il se cherchait un emploi et sa femme avait besoin d’une opération quand le virus a commencé à gruger son chèque de paie.

Les Crawfords n’avaient pas d’économies, leurs dettes s’empilaient et la panique s’installait: et s’ils finissaient par manquer de nourriture? Ils avaient deux garçons de cinq et dix ans à nourrir, et les boîtes de macaroni au fromage du magasin du dollar ne feraient pas l’affaire longtemps.

Un ancien marin de la Navy de 37 ans, M. Crawford se croyait autonome et indépendant. L’idée de quémander de la nourriture le rendait inconfortable. «J’avais l’impression d’être un échec, a-t-il dit. C’est toute cette idée que tu es un bon à rien si tu n’arrives pas à nourrir ta famille.»

La faim est une réalité cruelle dans le pays le plus riche de la planète, même en période de prospérité. Mais aujourd’hui, avec des pertes d’emplois colossales et des entreprises qui ferment, des millions d’Américains sont confrontés à des réfrigérateurs vides et à des garde-manger dénudés.

Feeding America, la plus grande organisation de lutte à la famine du pays, n’a jamais distribué autant de nourriture aussi rapidement — 4,2 milliards de repas entre mars et octobre. L’organisation rapporte une hausse de 60 % du recours aux banques alimentaires pendant la pandémie; environ quatre utilisateurs sur dix en sont à une première expérience.

Feeding America aurait distribué 57 % plus de nourriture pendant le troisième trimestre de cette année qu’au même moment l’an dernier, selon une analyse de l’Associated Press.

Ceux qui combattent la faim disent n’avoir jamais rien vu de tel aux États-Unis, même pendant la grande récession de 2007-2009.

À travers le pays, des voitures font la file pendant des kilomètres pour recevoir de la nourriture, chaque conducteur patientant pendant des heures pour un sac ou une boîte de vivres.

Quelques jours avant l’Action de grâce, Norman Butler et sa copine Cheryl se sont mis en file, à 3 h, aux portes d’une banque alimentaire en banlieue de La Nouvelle-Orléans. Avec eux se trouvaient des mères avec leurs enfants, des aînés et des gens comme eux — des travailleurs sans emploi.

Avant la pandémie, l’homme de 53 ans travaillait comme chauffeur et comme portier. La crise l’a frappé de plein fouet.

«Plusieurs personnes se retrouvent en suspens, a-t-il dit. Le plus important est de reprendre le travail.»

Mais les banques alimentaires ne sont qu’une partie de la réponse. Pour chaque repas provenant d’une banque alimentaire, le programme fédéral Supplemental Nutrition Assistance fédéral (les bons alimentaires) en fournit neuf.

Aaron Crawford admet que les 550 $ US en bons alimentaires que sa famille reçoit en plus depuis l’été dernier les ont grandement aidés. Ils reçoivent aussi l’aide d’un organisme local du Minnesota.

Au besoin, on leur apporte des boîtes de produits frais, de produits laitiers, de charcuteries, de viande et d’autres produits de base — assez de marchandises pour remplir deux paniers d’épicerie. De l’aide d’urgence est disponible jusqu’au mois suivant, toujours en cas de besoin.

Au début, M. Crawford était gêné de se rendre à la banque alimentaire, par crainte de rencontrer quelqu’un qu’il connaissait. Sa vision a changé.

«Ça ne fait pas de moi un mauvais homme ou un mauvais mari ou un mauvais père, a-t-il dit. Au contraire. Je m’assure que ma femme et mes enfants ont quelque chose à manger.»

Laisser un commentaire