La pénurie de main-d’œuvre affecte l’accès aux soins en Abitibi-Témiscamingue

MONTRÉAL — L’accessibilité aux soins en Abitibi-Témiscamingue demeure difficile, essentiellement en raison de la pénurie de main-d’œuvre, selon une étude publiée jeudi par l’Institut de recherche et d’informations socioéconomiques (IRIS).

Les établissements de santé de la région ont connu plusieurs ruptures de services dans la dernière année. L’urgence de Témiscaming-Kipawa a notamment dû fermer de soir et de nuit cet été. Le point de service a finalement rouvert vendredi dernier. 

Selon l’étude, le manque de personnel soignant est la principale cause des problèmes d’accès aux soins de santé dans la région. 

«On sait déjà que le nombre moyen d’infirmiers et d’infirmières et de médecins spécialistes est insuffisant au Québec pour répondre aux besoins de la population. Que ce nombre soit moindre en Abitibi-Témiscamingue est d’autant plus problématique compte tenu de l’étendue du territoire à couvrir», explique Bertrand Schepper, chercheur à l’IRIS et co-auteur de la note.

Les données compilées par l’IRIS montrent qu’il y a 2,7 infirmiers et infirmières auxiliaires par millier d’habitants en Abitibi-Témiscamingue, contre 3,4 au Québec. Le nombre de médecins omnipraticiens est légèrement en deçà de celui de la province: 1,2 pour 1000 habitants, contre 1,3. 

L’étude note également que les Témiscabitibiens sont nombreux à aller se faire soigner en Ontario. Environ 2400 ont dû le faire en 2019. 

«Qu’il s’agisse de l’interruption répétée des services ou des importants délais d’attente pour consulter un médecin spécialiste, les problèmes d’accès aux soins de santé en Abitibi-Témiscamingue précèdent de loin la situation pandémique. En plus d’obliger plusieurs résidant(e)s de la région à parcourir des centaines de kilomètres pour se rendre dans les grands centres hospitaliers, une telle réalité peut aussi en inciter d’autres à renoncer à certains soins», soutient Krystof Beaucaire, chercheur associé à l’IRIS et co-auteur de la note.

Les auteurs soulignent que la région a des défis particuliers liés à ses caractéristiques démographiques et géographiques. 

L’espérance de vie en Abitibi-Témiscamingue est notamment plus faible que dans le reste du Québec. Elle est de 78,6 ans pour les hommes et de 82,4 ans pour les femmes, selon l’Institut de la statistique du Québec. Seuls les résidants du Nord-du-Québec ont une espérance de vie moindre. 

«Les enjeux découlant du vieillissement de la population se font sentir plus durement en Abitibi-Témiscamingue, qui possède une plus faible population en âge de travailler que le reste du Québec. Surtout, pour desservir une population peu nombreuse et répartie sur un grand territoire, l’Abitibi-Témiscamingue doit posséder un nombre important d’installations, comme les CLSC», indique M. Beaucaire.

Il note que la région sert de corridor de service pour les résidants du Nord-du-Québec. Les hôpitaux de Val-d’Or et d’Amos reçoivent respectivement 5,1 % et 3,5 % de patients nord-québécois. 

En général, le manque d’accès à des soins de base et aux médecins de famille se répercute sur les urgences. En Abitibi-Témiscamingue, 72 % des visites à l’urgence sont le fait de personnes qui nécessitent des soins de première ligne, contre 53 % en moyenne au Québec.

Le syndicat appelle à l’action

Dans un communiqué, le Syndicat interprofessionnel en soins de santé de l’Abitibi-Témiscamingue (FIQ-SISSAT) a réagi à l’étude en demandant aux candidats en campagne électorale de s’engager à améliorer la situation.

«En plus de confirmer que l’accès aux soins de santé est difficile dans la région, l’étude vient démontrer que la population a des besoins particuliers. Les enjeux démographiques ne se régleront pas du jour au lendemain et nous avons besoin d’un plan répondant aux besoins de la population dès maintenant», déplore FIQ-SISSAT, Jean-Sébastien Blais.

«Il faut de toute urgence rétablir l’équilibre en région quant à l’offre de service en santé. Ce dossier va bien au-delà de la gestion locale des établissements et doit être pris en charge par le futur ministre de la Santé lui-même», a-t-il ajouté.

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