«La petite fille au napalm» aide maintenant les Ukrainiens à trouver refuge au Canada

Des larmes coulaient sur les joues de Kim Phuc Phan Thi, le mois dernier, alors qu’elle se tenait à la porte d’un avion qui devait amener des Ukrainiens au Canada.

La carlingue de l’avion était ornée d’une célèbre photo en noir et blanc de Mme Phan Thi, à l’âge de neuf ans — une image qui l’a fait connaître depuis comme «la petite fille au napalm». Sur cette photo devenue tristement célèbre, on voit la fillette, nue, en larmes sur une route, fuyant une attaque de bombes incendiaires pendant la guerre du Vietnam.

Cinquante ans après la prise de cette photo, Mme Phan Thi a ressenti le besoin d’aider les Ukrainiens à échapper à la guerre dans leur pays pour trouver refuge au Canada, comme elle-même l’avait fait il y a des décennies. 

«Je comprends parfaitement leurs besoins, a-t-elle expliqué dans une entrevue depuis sa résidence d’Ajax, en Ontario. Je suis tellement reconnaissante d’être en vie et d’être là pour eux, de leur offrir de l’espoir.»

Mme Phan Thi, qui a fondé il y a des années une organisation visant à aider les enfants touchés par la guerre, oeuvre actuellement à soutenir les nouveaux arrivants ukrainiens et espère effectuer d’autres vols similaires à celui qu’elle a pris le mois dernier.

Elle s’est impliquée pour la première fois dans cette initiative après avoir reçu un courriel d’une organisation de justice sociale qui demandait l’autorisation d’utiliser la célèbre photo sur la carlingue de leur avion. Enrique Pineyro, pilote et fondateur de l’organisation Solidaire, prévoyait alors de faire voler cet avion de Varsovie à Regina avec plus de 200 Ukrainiens à bord. 

Mme Phan Thi, âgée de 59 ans, a déclaré qu’elle avait autorisé l’utilisation de sa photo et demandé si elle pouvait participer au voyage, une demande que M. Pineyro a rapidement acceptée. Mais ce voyage a nécessité une planification minutieuse pour s’assurer que Mme Phan Thi serait en mesure de voyager.

Elle avait reçu des traitements au laser à Miami pour réparer certains des dommages à la peau qu’elle avait subis à cause du napalm, de l’essence gélifiée qui explose et s’enflamme facilement lors de l’impact avec une cible. Son douzième traitement au laser était prévu quelques jours seulement avant qu’elle ne s’envole pour Varsovie. «J’ai dû demander à ma médecin de réduire l’intensité du traitement, parce que sinon, j’aurais dû rester à la maison pendant deux mois.»

Et elle soutient aujourd’hui que cette modification du traitement en valait la peine, afin de pouvoir vivre ce moment privilégié d’accueillir 236 Ukrainiens sur l’avion. «Je suis restée juste à côté de ma photo sur le gros avion, en haut de l’escalier. Et lorsqu’ils montaient, j’étais là à la porte pour les accueillir», se souvient-elle.

«Je me suis dit alors: il y a 50 ans, j’étais au mauvais endroit au mauvais moment, mais là, je suis au bon endroit au bon moment, pour offrir de l’espoir à ces gens.»

«Il y avait des flammes partout»

Mme Phan Thi, qui souffre encore des brûlures subies le jour de l’attaque au napalm en 1972, garde de vifs souvenirs de ce qui a été capturé sur la célèbre photo. Ce jour-là, elle jouait dehors, près d’un abri antiaérien, avec d’autres enfants après dîner, lorsqu’un soldat leur a soudainement crié de courir.

«J’ai vu l’avion, il était si rapide, si proche et si bruyant, se souvient-elle. Je suis juste resté là. J’étais un enfant, je devrais courir, n’est-ce pas? Mais je ne l’ai pas fait. Je me suis juste tenu là. Puis j’ai tourné la tête, j’ai vu l’avion. Et puis j’ai vu quatre bombes tomber.»

Plusieurs «booms» ont tonné dans le ciel et des flammes ont jailli, raconte-t-elle aujourd’hui. «Il y avait des flammes partout autour de moi. Et bien sûr, mes vêtements ont tous brûlé. Et j’ai vu le feu au-dessus de mon bras», a-t-elle déclaré, se rappelant s’être brûlé la main droite après avoir essayé d’enlever le napalm sur son bras gauche.

«Et puis, quand je suis sorti de ces flammes, j’ai vu mes frères, deux d’entre eux plus âgés et plus jeunes, et j’ai vu mes deux cousins, puis des soldats sud-vietnamiens. Ensuite, nous avons continué à courir, courir, courir.»

À un moment donné, fatiguée, elle a crié: «Trop chaud ! Trop chaud !», et un soldat lui a donné de l’eau à boire. «Il a essayé de m’aider, il a versé de l’eau sur moi. J’ai perdu connaissance. Je ne me souviens plus de rien d’autre.»

Sa relation avec cette photo, lauréate d’un prix Pulitzer, prise par le photographe Nick Ut, de l’Associated Press, a changé au fil des ans. Jeune enfant, elle détestait cette image; jeune femme, elle en voulait à toute la publicité qu’elle lui imposait. Mais son opinion a changé après avoir déménagé au Canada en 1992 et être devenue mère.

«Je n’ai jamais (voulu) que mon bébé souffre comme cette petite fille, comme moi quand j’étais enfant, a-t-elle expliqué. Cette photo a vraiment eu un grand impact sur ma vie, et je la considère comme un cadeau puissant pour moi: faire quelque chose pendant que je suis encore en vie.»

Nommée «ambassadrice de bonne volonté» de l’UNESCO, Mme Phan Thi a voyagé pendant des années à travers le monde pour donner des conférences et partager son récit. Elle a également mis sur pied une fondation internationale pour soutenir les enfants touchés par la guerre.

Depuis que la pandémie a frappé, elle s’occupe aussi de sa mère vieillissante, qui souffre de démence, et essaie d’aider son frère au Vietnam à obtenir un visa pour visiter le Canada, afin de réaliser le souhait de sa mère de le revoir.

Avec l’arrivée des Ukrainiens au Canada, Mme Phan Thi espère en faire plus pour soutenir les nouveaux arrivants, en partageant les leçons acquises au fil des ans. «J’ai appris à vivre avec amour, avec espoir et pardon, dit-elle. Nous devons travailler pour la paix.»

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