La plupart des Canadiens espèrent une défaite de Trump

Seulement 20 % des Canadiens disent avoir confiance en Donald Trump pour faire ce qui est juste en ce qui concerne les affaires mondiales, selon un récent sondage.

TORONTO — Donald Trump a qualifié le premier ministre Justin Trudeau de « faible » et de « malhonnête » et a attaqué le commerce vital du Canada. Il a menacé d’imposer des droits sur les automobiles et est allé de l’avant pour l’acier.

Le ton sans précédent des attaques contre l’allié le plus proche des États-Unis au cours des quatre dernières années a laissé un goût amer, et la plupart des Canadiens seront soulagés si Donald Trump est défait aux élections.

« Il a été prêt à menacer le Canada de conséquences désastreuses d’une manière que nous n’avons jamais vue auparavant », a déclaré Roland Paris, ancien conseiller principal en politique étrangère du premier ministre Trudeau.

Le Canada est l’un des pays les plus dépendants au commerce dans le monde. La décision du président Trump de déchirer l’Accord de libre-échange nord-américain (ALÉNA) et d’envisager d’imposer un tarif de 25 % sur le secteur automobile représentait une menace existentielle.

Environ 75 % des exportations du Canada sont destinées aux États-Unis, il était donc essentiel de préserver un accord de libre-échange et les deux pays, avec le Mexique, ont conclu un nouvel accord l’année dernière.

« Trump a été un cauchemar imprévisible, a soutenu Nelson Wiseman, professeur de science politique à l’Université de Toronto. Le gouvernement et l’écrasante majorité des Canadiens recherchent et espèrent la défaite de Trump. »

Environ les deux tiers des Canadiens avaient une opinion favorable des États-Unis en 2016, dernière année au pouvoir du président Barack Obama, selon le Pew Research Center.

Cette année, cette proportion a chuté à 35 % — le chiffre le plus bas depuis que le centre a commencé à mener des sondages au Canada, il y a 20 ans. Seulement 20 % des personnes interrogées disaient avoir confiance en M. Trump pour faire ce qui est juste en ce qui concerne les affaires mondiales.

Le sondage téléphonique, effectué de juin à août auprès de 1037 Canadiens, avait une marge d’erreur de 3,7 points de pourcentage.

Le rival démocrate de Donald Trump, Joe Biden, quant à lui, a décrit le Canada « comme de la famille » lorsque M. Trudeau a organisé un souper d’État à Ottawa un mois avant que M. Biden ne quitte la vice-présidence. Joe Biden connaissait le père de Justin Trudeau, l’ancien premier ministre Pierre Eliott Trudeau, et les dirigeants démocrates et libéraux sont idéologiquement proches.

« Les relations personnelles s’amélioreraient d’environ 3000 % [avec M. Biden], a avancé l’historien Robert Bothwell. Il y aurait un retour à la rationalité et à la convivialité. L’administration Biden amènerait avec elle tout un groupe de personnes qui apprécient les alliances américaines, donc le Canada en bénéficierait, pas seulement bilatéralement, mais aussi multilatéralement pour restaurer les différentes alliances occidentales. »

Certains analystes canadiens se plaignent que l’administration Trump n’a pas fait grand-chose pour soutenir leur pays — au-delà de la publication de déclarations de soutien — lorsque la Chine a arrêté deux Canadiens en représailles apparentes à l’arrestation de la dirigeante du géant chinois Huawei au Canada, en vertu d’un mandat d’arrestation américain. Il n’y a eu aucun soutien du tout lorsque l’Arabie saoudite a expulsé l’ambassadeur du Canada et a dit à ses propres étudiants de quitter le Canada après que l’ancienne ministre des Affaires étrangères eut appelé à un renforcement des droits de la personne dans le royaume.

« Les régimes autoritaires enhardis parient que les États-Unis ne les puniront pas pour avoir ciblé des alliés américains, et le Canada en a fait les frais », a souligné M. Paris, maintenant professeur à l’Université d’Ottawa.

Mais il pourrait y avoir un irritant si M. Biden gagne. Le démocrate a promis d’annuler la construction de l’oléoduc Keystone XL, un projet destiné à accroître les exportations de pétrole du Canada, qui possède la troisième plus grande réserve de pétrole au monde.

L’appel de Joe Biden pour une politique commerciale « Buy American » affectera également le Canada.

Les liens entre les deux pays sont sans pareil dans le monde. Il existe une coopération étroite en matière de défense, de sécurité aux frontières et d’application de la loi, et un vaste chevauchement dans la culture, les traditions et les passe-temps — avec des ligues de baseball, de hockey, de basketball et de soccer ayant des clubs des deux côtés de la frontière.

Environ 400 000 personnes traversaient chaque jour la plus longue frontière internationale du monde avant la pandémie, qui a amené les gouvernements à fermer la frontière pour les voyages non essentiels.

Les États-Unis ont plus de cas confirmés et de décès dus à la COVID-19 que tout autre pays, mais il y a un espoir au Canada qu’une administration Biden puisse mieux contenir le virus.

Les Canadiens se sont dits blessés lorsque leur voisin a bloqué les expéditions de masques de protection N95 en provenance des États-Unis au début de la pandémie.

« Je ne pourrais tout simplement pas imaginer vivre à côté de quelqu’un, qu’ils aient besoin de quelque chose pour survivre et que je leur dise : « Vous ne pouvez pas l’avoir », a déploré Bruce Heyman, ancien ambassadeur des États-Unis au Canada. Cette relation est comme de la famille. C’est comme un voisin de confiance et nous avons un président qui ne valorise aucune de ces choses. »

Roland Paris a souligné que les États-Unis ont changé ces dernières années. « Même si Biden l’emporte, il gouvernera un pays profondément divisé, centré sur l’intérieur », a-t-il indiqué.

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