Le chef par intérim de la police de Toronto présente ses excuses aux personnes noires

TORONTO — Les citoyens noirs de Toronto ont reçu mercredi les excuses du chef par intérim de la police, le jour où le corps policier publiait des données inédites sur l’appartenance ethnique et les interventions, qui montrent un usage disproportionné de la force contre cette population. Et les excuses de la police ont été immédiatement rejetées par certains.

James Ramer a admis mercredi en conférence de presse que le Service de police de Toronto devait en faire plus «pour garantir que chaque personne dans notre ville reçoive des services de police équitables et impartiaux». 

«Pour cela, en tant que chef de la police, et au nom du service, je suis désolé et je m’excuse sans réserve.»

Les statistiques publiées mercredi matin concernent des interventions policières qui ont eu lieu en 2020. Elles révèlent que les Noirs ont été confrontés à un nombre disproportionné d’interactions avec les policiers et de recours à la force. Ils étaient aussi plus susceptibles que les Blancs, dans une même situation, de voir un policier pointer une arme sur eux — qu’ils soient perçus comme armés ou non armés.

Le chef Ramer a reconnu que lorsqu’une personne entre en interaction avec la police, «cela peut avoir un impact profond sur sa vie, sa santé mentale et sa confiance dans la police».

M. Ramer a toutefois précisé que ces données ne seront pas utilisées pour évaluer ou discipliner des policiers en particulier — les données sont de toute façon anonymisées. Les statistiques, a-t-il dit, sont plutôt destinées à examiner le racisme systémique. 

Pour faire face à l’inconduite de certains policiers, il existe déjà des systèmes internes, des «chiens de garde» et des processus judiciaires en place, et «le racisme manifeste ne sera pas toléré», a-t-il assuré.

Des excuses mal reçues

Mais les excuses du chef Ramer ont été rapidement rejetées par certains.

«C’est insultant pour les Noirs, a déclaré pendant la conférence de presse Beverly Bain, de la coalition «No Pride in Policing». Elle a soutenu que les Noirs demandaient depuis des années à la police de cesser de les traiter injustement.

«Lorsque vous parlez de changement systémique et que vous parlez du système, vous donnez l’impression qu’il s’agit d’une structure qui est en quelque sorte une entité distincte de celle de ce qui se passe sur le terrain, a-t-elle déclaré. Chef Ramer, nous n’acceptons pas vos excuses.»

Syrus Marcus Ware, cofondateur de «Black Lives Matter Canada», a estimé que verser plus d’argent dans les services de police ne rendra pas le système plus sûr pour les communautés racisées. Il croit qu’une partie de ces sommes devrait plutôt être redirigée vers les centres communautaires, le logement et d’autres soutiens aux citoyens.

L’Association canadienne des libertés civiles (ACLC) et le Centre d’aide juridique pour les Noirs ont souligné que de nombreux rapports et études avaient déjà par le passé mis en évidence le racisme systémique au sein des services de police. 

Selon Akwasi Owusu-Bempah, conseiller spécial sur le racisme visant les Noirs à l’ACLC, les statistiques présentées mercredi «n’offrent toujours qu’une petite fenêtre sur la manière dont les Noirs et les autres communautés racisées sont touchés de manière disproportionnée par les actions de la police».

Les chiffres publiés mercredi montrent que les Noirs, bien qu’ils représentaient environ 10 % de la population de Toronto en 2020, ont fait face à 22,6 % des mesures d’application de la loi, qui comprennent des arrestations, des contraventions provinciales, des avertissements. D’autre part, 39,4 % des incidents impliquant un recours à la force des policiers impliquaient des Noirs.

Les personnes originaires du Moyen-Orient étaient également surreprésentées en ce qui concerne l’application des lois et l’utilisation de la force, tandis que d’autres groupes, comme les «Latinos» et les personnes originaires d’Asie de l’Est et du Sud-Est, ont été la cible de moins d’interventions des policiers par rapport à leur représentation dans la population de Toronto. Par contre, lorsqu’ils ont été en situation d’interaction avec des policiers, ceux-ci ont eu recours plus souvent à la force.

Les Blancs ont été confrontés proportionnellement à moins de gestes d’application de la loi et à moins de recours à la force. Selon les données, les Autochtones ont fait face à plus d’«application de la loi», mais proportionnellement un peu moins d’usage de la force dans ces interactions.

Des recommandations du Service

Les statistiques portent sur des incidents survenus en 2020, première année où le gouvernement provincial a commencé à recueillir des données fondées sur l’ethnicité liées au recours à la force par les services de police. Cette décision découlait d’une loi adoptée en 2017 qui obligeait plusieurs secteurs publics de l’Ontario à commencer à recueillir des données fondées sur l’ethnicité.

À l’automne 2019, la Commission des services policiers de Toronto a approuvé une politique sur les données fondées sur l’ethnicité qui commencerait par le recours à la force et s’étendrait ensuite à d’autres gestes policiers, tels que les interpellations, les fouilles, les interrogatoires et le dépôt d’accusations.

À l’époque, la Commission avait déclaré que les données ne seraient pas utilisées pour épingler des policiers en particulier ou évaluer leur performance, mais pour «identifier les tendances qui contribuent au développement professionnel et au changement organisationnel».

Le maire de Toronto, John Tory, a déclaré qu’il était «inacceptable» que les Noirs, les Autochtones et les personnes racisées soient surreprésentés dans les incidents de recours à la force et les fouilles à nu.

La police de Toronto a formulé 38 recommandations pour répondre aux conclusions. On propose notamment de discuter avec les communautés noires, autochtones et autres pour comprendre les données et discuter d’une voie à suivre, de mettre en œuvre l’examen obligatoire des séquences de caméras corporelles pour tous les incidents de recours à la force, et d’exiger des policiers en probation au cours de leur première année de service qu’ils s’entretiennent avec leurs superviseurs après des incidents de recours à la force.

Le syndicat représentant les policiers de Toronto a déclaré qu’il condamnait toute forme de racisme, mais a ajouté que les données publiées manquaient de mise en contexte, nécessaire pour «déterminer la meilleure voie à suivre».

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