La police devra répondre de ses actes contre les Autochtones, dit Miller

OTTAWA — Le ministre fédéral des Services aux Autochtones, Marc Miller, se dit outré par la violence perpétrée par les forces de l’ordre contre les Autochtones au pays.

Le ministre soutient que le Canada devra répondre de ses actes parce qu’il y a un schéma de violence policière qui continue de se répéter contre les Premières Nations, les Métis et les Inuits.

M. Miller dit avoir «regardé avec dégoût» les images et les nouvelles troublantes entourant les interventions policières auprès d’un homme inuit de 22 ans au Nunavut et une jeune mère autochtone au Nouveau-Brunswick cette semaine.

Dans le premier incident, une vidéo montre un agent de la Gendarmie royale du Canada utiliser la porte de son véhicule pour renverser un homme qui marchait le long d’une route à Kinngait, lundi soir. Et dans le deuxième cas, des policiers envoyés pour vérifier le bien-être de Chantel Moore, 26 ans, jeudi soir, à Edmunston, ont fini par faire feu et la tuer.

En conférence de presse à Ottawa, vendredi matin, le ministre Miller a dénoncé des gestes «honteux» et «disgracieux».

Des enquêtes exhaustives sont de mise et des réponses doivent être rapidement apportées en lien avec ces interventions policières, dit-il, mais l’ensemble du Canada doit aussi se demander pourquoi de tels drames se produisent et reproduisent.

Le ministre devait faire le point sur le nombre de cas de COVID-19 signalés dans les communautés autochtones au pays, mais il a fini par consacrer la majeure partie de la conférence de presse à la brutalité policière et au racisme. 

«Dans n’importe quel État de droit, de démocratie pluraliste, on a le devoir de réaliser qu’on fait des erreurs, que les corps de police font des erreurs», a-t-il déclaré.

Justin Trudeau s’en est fait l’écho lors de sa propre conférence de presse vendredi, affirmant qu’il discuterait de cet enjeu avec son conseil des ministres ainsi que la commissaire de la GRC.

«Pour beaucoup de trop de Canadiens racialisés ou autochtones, la réalité quand ils interagissent avec les autorités peut être extrêmement différente de celle de la majorité de Canadiens. Nous faisons face à des systèmes où la discrimination est présente et nous nous devons de les changer», a déclaré le premier ministre.

Chacune de ces interventions doit faire l’objet d’une enquête approfondie, a-t-il souligné, mais il y a clairement de plus vastes problèmes qui doivent être résolus.

Ceux-ci n’ont rien de nouveau, a-t-il reconnu, mais les récents événements ont selon lui aidé à les mettre en lumière.

«Peut-être que (le fait que) la majorité des Canadiens qui ne soupçonnaient pas à quel point ça peut être grave dans ce pays en prennent conscience cette semaine ou ces jours-ci veut dire que nous allons enfin pouvoir prendre des vraies mesures à travers le pays pour avancer sur ce problème.»

M. Trudeau n’a toutefois pas précisé comment son gouvernement pourrait intervenir.

Le ministre Miller s’est pour sa part dit ouvert à l’idée du port de caméras par les policiers, bien que des images provenant des États-Unis montrent que celles-ci n’ont pas enrayé la brutalité policière au sud de la frontière.

Les corps policiers doivent également revoir leurs pratiques de recrutement et de formation, a-t-il avancé, soulignant que cette remise en question doit impliquer leur direction, et non seulement les agents subalternes.