La police militaire enquête sur un comité d’attribution d’indicatif d’appel

OTTAWA — Une enquête de la police militaire pourrait projeter une lumière sur la tradition d’attribuer des surnoms, ou indicatifs d’appel, à des pilotes de la chasse.

Plus tôt cette semaine, le commandant en chef de l’Aviation royale canadienne (ARC), le lieutenant général Eric Kenny, avait indiqué qu’une enquête avait été lancée sur les déclarations faites au cours d’un comité d’attribution des indicatifs d’appel, en juin.

L’enquête a même contraint les autorités militaires à reporter la passation de commandement de la 3e Escadre à Bagotville, qui devait avoir lieu le 30 août 2022.

Selon l’ARC, l’attribution d’indicatif d’appel peut contribuer à établir un esprit d’équipe et un sentiment d’appartenance parmi les pilotes de chasse. 

«Assigner un indicatif d’appel vise à renforcer l’esprit de corps, souligne un porte-parole de l’ARC, le colonel Adam Thomson. L’indicatif d’appel est pratique. On l’emploie pour sa brièveté, ce qui permet une identification rapide. On peut aussi éliminer certaines barrières qui peuvent être mises en place par les grades.»

Malgré l’apparence officielle du nom, ces comités sont en réalité une activité sociale où on sert de l’alcool. Des pilotes expérimentés racontent leurs exploits ou d’autres histoires aux plus jeunes.

«Les comités se déroulent habituellement dans un endroit comme un mess ou une salle de réunion, dit le colonel Thomson. Souvent, on raconte un défi relevé ou les succès remportés par un membre de l’unité. Ces histoires peuvent inspirer l’attribution d’un indicatif. Celui-ci peut être suggéré par un pair et est ensuite adopté par le groupe.»

D’anciens pilotes racontent que ces comités permettent aussi de s’amuser aux dépens des nouveaux arrivants.

«Après un, deux ou trois bières, si quelqu’un raconte une bonne histoire, le code d’indicatif sera attribué», se rappelle le lieutenant général à la retraite Yvan Blondin, dont le surnom était «Bad».

Toutefois, les conséquences de ces comités ne sont pas toujours plaisantes. Certains indicatifs peuvent rappeler la bévue d’un pilote. M. Blondin se souvient d’un cas où le surnom faisait allusion à une relation sexuelle.

Un examen sur la procédure a été mené l’an dernier afin de s’assurer que les surnoms attribués sont appropriés, mentionne le colonel Thomson. «Les prochains indicatifs d’appel devront respecter notre engagement d’être une organisation inclusive», dit-il.

Il est difficile de savoir si cet examen a aussi examiné les comités d’attribution des indicatifs d’appel, qui semblent être au cœur de l’enquête que mène la police militaire à la base de Cold Lake, en Alberta.

Lori Buchart, codirectrice d’un groupe de soutien aux victimes d’inconduite sexuelle au sein de l’armée, comprend qu’il est important pour les Forces armées canadiennes d’avoir des rituels et des traditions pour établir un sens d’appartenance et de renforcer le moral des troupes.

«L’important pour les Forces armées et ses membres est d’éradiquer les traditions qui nuisent, celles qui sont douteuses. Il faut garder celles qui permettent de renforcer le moral d’une façon saine», fait-elle valoir.

Charlotte Duval-Lantoine, de l’Institut canadien des affaires mondiales, qui a récemment publié un livre sur les inconduites sexuelles au sein de l’armée, dit que la situation actuelle doit être le point de départ d’une discussion sur l’assignation des indicatifs d’appel et sur l’amélioration de la procédure.

«Les indicatifs d’appel et la façon dont on les attribue peuvent en dire beaucoup sur la culture d’une unité, souligne-t-elle. Et comme toute culture, cela peut aller trop loin et prendre la forme de l’intimidation et du dénigrement, surtout si la personne à qui on donne le surnom n’est pas aussi bien intégrée au groupe que les autres.»

M. Blondin espère que l’indicatif d’appel demeurera présent au sein de l’Aviation royale canadienne. Il reconnaît toutefois qu’une forme de contrôle sera nécessaire.

«Il ne faut pas se débarrasser des comités d’attribution. Il faut formaliser le processus. De nos cours, certaines choses ne sont plus acceptables.»

Laisser un commentaire

Les commentaires sont modérés par l’équipe de L’actualité et approuvés seulement s’ils respectent les règles de la nétiquette en vigueur. Veuillez nous allouer du temps pour vérifier la validité de votre commentaire.