La police tente de mettre en garde les victimes d’agressions sans les blâmer

HALIFAX – Les forces policières canadiennes cherchent à trouver des façons de protéger le public contre les agressions sexuelles sans donner l’impression de blâmer les victimes de ces crimes traumatisants.

Il s’agit d’un équilibre délicat et difficile à trouver, comme l’a récemment constaté la Force constabulaire royale de Terre-Neuve après avoir diffusé un avis public mettant en garde les gens contre de possibles agressions sexuelles au centre-ville de St-Jean.

L’avis indiquait que des femmes avaient rapporté que de la drogue avait été mise dans leurs verres d’alcool dans des bars locaux, et les policiers ont offert des conseils de sécurité, incluant la suggestion de socialiser uniquement avec des amis proches et de ne jamais laisser des consommations sans surveillance.

La police avait aussi envoyé sur Twitter une image d’un verre de martini, avec le message suivant: «Ne soyez pas une victime.»

«Un exemple classique de #blâmonslavictime… pourquoi ne pas plutôt dire aux gens de ne pas droguer les autres?», a écrit sur Twitter SPAAT, une organisation de St-Jean qui se décrit comme étant féministe.

«Pourquoi ce sont les femmes qui doivent toujours être sur leurs gardes?», était-il demandé dans un autre message.

Lynn Moore, une avocate spécialisée dans des litiges d’agressions sexuelles, dit avoir trouvé l’image du martini et le message particulièrement troublants.

«Le message envoyé est que les gens ont un contrôle sur le fait qu’ils se font victimiser ou non. Et je ne crois pas que l’on ait un tel contrôle», a déclaré Mme Moore, de Mount Pearl, près de St-Jean.

Mais tout le monde n’était pas aussi critique sur les réseaux sociaux.

Une personne a demandé si la police devrait être rappelée à l’ordre si elle avise des baigneurs de faire attention sur une plage où des requins ont été vus.

«Visons à éduquer les gens sur la façon de se protéger eux-mêmes de ces prédateurs et ne condamnons pas ceux qui essaient d’aider», a écrit une autre personne sur le réseau social.

Mais Mme Moore dit que les forces policières devraient gérer les mises en garde au sujet des agressions sexuelles de la même manière que l’alcool au volant.

«Le message pour l’alcool au volant n’est pas de se tenir loin de certaines rues à certaines heures — le message est: ne pas conduire au volant.»

La force a rapidement défendu ses actions, affirmant qu’elle ne cherchait pas à blâmer les victimes mais qu’elle voulait simplement sensibiliser les gens à la situation et offrir des suggestions de prévention.

La police régionale de Halifax affirme avoir délibérément changé son message au cours des dernières années lorsqu’il est question de victimes d’agressions sexuelles pour plutôt mettre l’accent sur les actions des agresseurs.

Le chef adjoint Bill Moore a dit que plus que jamais, la police était appelée à rendre des comptes pour ses actions et ses paroles, surtout en ce qui a trait à la façon dont elle traite les victimes.