La politique chinoise aurait sabordé un partenariat sino-canadien sur un vaccin

OTTAWA — Un chercheur canadien en vaccinologie croit que ce sont des machinations politiques chinoises qui ont fait avorter l’été dernier un partenariat avec le Canada sur la mise au point d’un vaccin contre la COVID-19.

Le professeur Scott Halperin, directeur du Centre canadien de vaccinologie, a fait cette déclaration jeudi soir devant le Comité spécial des Communes sur les relations sino-canadiennes.

Le partenariat avait été conclu entre le CanSino Biologics, de Chine, et le Centre canadien de vaccinologie de l’Université Dalhousie, en Nouvelle-Écosse. CanSino avait obtenu une licence du Conseil national de recherches du Canada pour utiliser un produit biologique canadien dans la mise au point d’un vaccin contre la COVID-19.

Or, la Chine a ensuite bloqué les envois qu’elle devait expédier aux chercheurs de Dalhousie d’ici la fin mai 2020 pour qu’ils amorcent des essais cliniques sur l’humain. 

Le professeur Halperin a déclaré jeudi qu’on a d’abord invoqué des problèmes bureaucratiques, comme la paperasserie. Mais en août, il est devenu clair, selon lui, que le gouvernement chinois ne souhaitait pas que le vaccin quitte le pays.

M. Halperin a ensuite réalisé que la paperasserie n’était pas à blâmer, après avoir découvert que le vaccin avait reçu le feu vert pour être expédié de Chine vers la Russie, le Pakistan, le Mexique, le Chili et l’Argentine — qui devaient tous participer avec les Canadiens à la troisième phase des essais cliniques.

«Il était clair que ce n’était pas (…) parce que CanSino ne pouvait pas expédier hors du pays, mais que c’était spécifique au Canada, a-t-il déclaré jeudi au comité des Communes. C’est à ce moment-là qu’il est devenu clair que c’était politique — et pas quelque chose qui allait être résolu par plus de paperasse.»

CanSino Biologics n’a pas répondu immédiatement à une demande de commentaires.

Le professeur Halperin a déclaré jeudi que les responsables de CanSino ont assuré à plusieurs reprises aux chercheurs que le problème serait réglé, mais que ces retards ont rapidement rendu les travaux des chercheurs canadiens non pertinents. «Jusque-là, les dates ne cessaient d’être reportées et reportées encore, jusqu’à ce que finalement, le vaccin, déjà à l’aéroport, soit retourné à l’entreprise», a-t-il déclaré.

Les membres du comité spécial ont demandé au professeur Halperin s’il était au courant, avant le début du partenariat, que CanSino avait des liens avec le gouvernement chinois. «Je savais que les fondateurs avaient auparavant travaillé au Canada chez Sanofi Pasteur, puis étaient retournés en Chine pour créer cette entreprise», a-t-il déclaré.

M. Halperin a également été interrogé sur ce que CanSino a pu tirer de ce partenariat, comme un accès à la recherche canadienne, sans rien offrir en retour. «Pour les essais de phase 1, qui ont fini par être annulés, ils n’ont rien gagné et nous n’avons rien gagné, parce que nous n’avons pas été en mesure de générer des données à partir de l’étude prévue, a-t-il assuré. Au final, ça a été une perte de temps pour toutes les parties.»

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