La première commandante du Collège militaire ne prévoit pas de changements radicaux

OTTAWA — La commodore Josée Kurtz apporte peut-être un point de vue extérieur en tant que première femme à diriger le Collège militaire royal du Canada (CMR), mais elle dit qu’elle n’a pas de plans immédiats pour apporter des changements radicaux à l’institution.

Mme Kurtz a officiellement prêté serment pour son nouveau rôle la semaine dernière, devenant la première femme à diriger l’institution vieille de 145 ans en plus de faire partie des rares commandants à ne pas avoir étudié au collège, qui est chargé de produire la majorité des officiers de l’armée.

Son arrivée coïncide avec les récentes tempêtes vécues par les Forces armées canadiennes en lien avec l’inconduite sexuelle dans ses rangs, notamment des allégations selon lesquelles certains officiers supérieurs auraient eu un comportement inapproprié – et, dans certains cas, criminel.

Bon nombre de ces officiers sont des diplômés du CMR, ce qui a soulevé de nouvelles questions sur le rôle que le collège a joué en contribuant à ce que de nombreux experts et critiques ont décrit comme une culture hautement sexualisée dans laquelle les dirigeants se protègent mutuellement.

Dans une entrevue avec La Presse Canadienne, Mme Kurtz a exprimé son espoir que sa nomination montrerait à tous qu’ils peuvent avoir une carrière militaire réussie et gravir les échelons.

Originaire de Joliette, Mme Kurtz a été la première femme à commander un grand navire de guerre canadien lorsqu’elle a été nommée capitaine du NCSM Halifax en 2009. Elle est ensuite devenue la première femme à diriger une flotte de l’OTAN en 2019.

Quant à ce que sa nomination signifie pour le CMR, «mon expérience apporte probablement une perspective différente, une façon différente d’examiner les enjeux et les problèmes qui pourrait être un atout positif pour le collège», a-t-elle déclaré.

La commodore Kurtz a reconnu que le collège devra jouer son rôle dans le changement de la culture militaire et a déclaré qu’elle ordonnerait sans aucun doute des changements une fois qu’elle maîtriserait mieux l’institution.

«Nous nous engageons dans une redéfinition ou un changement de notre culture qui va prendre du temps et des efforts soutenus, et le CMR devra en faire partie», a-t-elle déclaré. «Nous allons devoir mettre en œuvre certains changements qui sont nécessaires.»

La nouvelle commandante travaillera également avec la personne chargée de diriger le changement de culture dans l’armée, la lieutenante-générale Jennie Carignan, et verra quelles recommandations découlent de l’examen en cours de la juge à la retraite de la Cour suprême Louise Arbour.

Mais Mme Kurtz a également déclaré que le collège avait produit avec succès des générations d’officiers pour le Canada, dont plusieurs ont connu des carrières réussies après l’armée, et qu’elle n’a pas l’intention d’apporter des changements radicaux dès le départ.

«Le CMR fait un excellent travail pour remplir sa mission», a-t-elle déclaré.

Et pour tous ceux qui pensaient qu’elle apporterait des «changements radicaux» parce qu’elle est une femme et une non diplômée du CMR, elle répond: «Je ne pense pas que ce soit le but. J’ai été nommée au CMR parce que ma chaîne de commandement avait confiance en mes antécédents, à mon expérience et mon leadership.»

Dans le passé, les chefs militaires ont minimisé la nécessité de réformes importantes du collège militaire, en particulier en ce qui concerne les inconduites sexuelles. L’exemple le plus récent remonte à 2016-2017, lorsque le chef de la défense de l’époque, Jonathan Vance, a ordonné un examen de l’institution.

M. Vance, qui a démissionné de son poste de chef d’état-major de la défense en janvier et a pris sa retraite des forces armées en avril, fait actuellement l’objet d’une enquête militaire pour inconduite sexuelle présumée. Il a nié tout acte répréhensible.

L’examen par un groupe d’officiers supérieurs à la retraite s’est concentré principalement sur la santé mentale des étudiants à la suite d’une série de suicides au collège. Le panel a déclaré qu’il n’avait trouvé aucune preuve d’inconduite sexuelle généralisée.

M. Vance avait à l’époque déclaré à La Presse Canadienne que les résultats reflétaient sa propre évaluation étant donné le manque de rapports de police et d’autres indicateurs, en disant: «Je saurais s’il y avait une tendance. S’il y avait un problème grave là-bas, nous le saurions.»

Ces conclusions contredisaient pourtant le rapport de la juge à la retraite de la Cour suprême Marie Deschamps en 2015 selon lequel le harcèlement sexuel était considéré comme un rite de passage dans l’établissement et les agressions sexuelles étaient un «risque omniprésent».

Un sondage de Statistique Canada publié l’an dernier a également contredit les suggestions que tout allait bien au CMR de Kingston et à l’établissement de langue française à Saint-Jean-sur-Richelieu, 68 % des élèves ayant déclaré avoir été témoins ou avoir subi des comportements sexualisés non désirés.

Quinze pour cent des élèves officières avaient déclaré avoir été agressées sexuellement au cours des 12 mois ayant précédé le sondage.

La professeure de l’Université Carleton, Leah West, a décrit le CMR comme un «terreau fertile» pour un tel comportement, alors qu’elle témoignait devant un comité parlementaire en mai au sujet de ses propres expériences traumatisantes en tant qu’officière militaire.

Certains professeurs se sont demandé si Mme Kurtz, en tant que personne de l’extérieur, serait en mesure d’apporter un réel changement.

Interrogée sur de telles préoccupations, Mme Kurtz a parlé à la fois de son approche collaborative et de sa capacité à prendre des décisions difficiles, ajoutant : «Donnez-moi une chance de vous montrer mon expérience, mon parcours, comment je vois les choses. Et ayons une conversation à ce sujet.»

Quant à ce qu’elle dira aux futurs étudiants et à leurs parents : «Le CMR est une institution forte qui offre un leadership fort et les jeunes qui souhaitent s’inscrire seront les bienvenus et feront partie de la culture, la nouvelle culture que nous essayons de mettre en œuvre.»

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