La Première Nation Mashteuiatsh forcée de renoncer à son service de police

QUÉBEC – À moins d’un revirement de dernière minute, la Première Nation Mashteuiatsh devra renoncer à son corps de police.

La communauté autochtone a annoncé, mercredi, qu’elle n’a plus les moyens de résorber les déficits récurrents du service.

Selon toute vraisemblance, il cessera ses activités à compter du 31 mars.

Pourtant, souligne la communauté, le gouvernement provincial déboursera plus d’argent en déployant la Sûreté du Québec (SQ) sur son territoire plutôt qu’en lui fournissant les ressources nécessaires pour qu’elle dispose de ses propres forces policières.

Le chef du conseil de bande de Mashteuiatsh, Gilbert Dominique, rencontrera le nouveau ministre de la Sécurité publique, Martin Coiteux, jeudi, et il compte discuter avec lui de cette «absurdité».

Il se promet de faire valoir que le corps de police de sa communauté se démarque par sa «grande compétence».

Il entend également dire à M. Coiteux qu’il existe «un écart important entre les besoins qui sont bien réels et le financement provenant à la fois du Canada et du Québec».

Dans la foulée des événements survenus à Val d’Or, où des femmes autochtones ont affirmé avoir été victimes d’actes d’inconduite sexuelle de la part d’agents de la SQ, il est nécessaire que les gouvernements «outillent» mieux les communautés pour traiter leurs problèmes particuliers, précise la communauté.

Le chef de l’Assemblée des Premières Nations pour le Québec et le Labrador, Ghislain Picard, juge qu’il est «inconcevable» de fermer un service policier comme celui de Mashteuiatsh «en cette période trouble» entre les agents québécois et les membres des communautés autochtones.

M. Dominique avance, pour sa part, que si la Sûreté du Québec vient bel et bien prendre le relais, des ajustements seront assurément nécessaires.

«Il y a des préoccupations ici par rapport aux dimensions culturelle, linguistique et sociale. On veut s’assurer, en cas de transfert, que les particularités (de la Première Nation) seront considérées», souligne-t-il.

Gilbert Dominique ajoute que ce qui lui importe d’abord et avant tout c’est de pouvoir compter sur «un corps de police impliqué (sic) dans le milieu qui fait de la prévention et qui demeure en contact avec les jeunes».

En vertu d’ententes tripartites entre le fédéral, la province et les communautés autochtones, Ottawa doit verser 52 pour cent du financement et Québec doit fournir 48 pour cent des fonds pour les services policiers autochtones.

À Mashteuiatsh, «malgré les efforts d’efficacité budgétaire», il manque annuellement 300 000 $ et cette situation a entraîné, au fil du temps, l’accumulation d’un déficit de deux millions $.

«Pour 300 000 $, est-ce que les gouvernements mettront en péril la protection des membres de la communauté? Non seulement le financement est-il insuffisant et inadéquat, il est aussi discriminatoire. Il est imposé de façon arbitraire et ne permet pas aux membres de la communauté de bénéficier d’un service minimal comparable à ce que les autres citoyens reçoivent, contrairement à ce que prévoit la Loi sur la police du Québec», déplore M. Dominique.