La présidente de la Commission des droits de la personne démissionne

QUÉBEC — Dans la tourmente depuis des mois, la présidente de la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse (CDPDJ), Tamara Thermitus, quitte ses fonctions.

Si elle était demeurée en poste, elle risquait d’être destituée par les parlementaires, un geste sans précédent.

Nommée par l’Assemblée nationale en février 2017, Mme Thermitus a fait l’objet de nombreuses remises en question de son style de gestion. Elle était en arrêt de travail depuis un peu plus d’un an.

En mai dernier, un rapport commandé par la ministre de la Justice d’alors, Stéphanie Vallée, et préparé par la sous-ministre Lise Verreault, concluait que la Commission des droits de la personne connaissait depuis plusieurs mois des difficultés liées à la gouvernance, à la gestion des ressources humaines et aux communications.

Le Parti québécois (PQ) et la Coalition avenir Québec (CAQ) avaient tous deux retiré leur confiance à Mme Thermitus dans la foulée du rapport Verreault.

La Protectrice du citoyen, Marie Rinfret, a également mené une enquête sur des allégations de mauvaise gestion et d’abus de pouvoir visant Mme Thermitus, à la suite de plaintes.

Mme Rinfret a affirmé, jeudi, avoir constaté des manquements graves aux normes d’éthique et de déontologie ainsi qu’un cas grave de mauvaise gestion, y compris un abus d’autorité.

«Je n’irai pas plus loin, a-t-elle indiqué aux journalistes. On a des enjeux de réputation, on a des enjeux qui sont très larges.»

Thermitus se défend 

Dans sa lettre de démission, remise au président de l’Assemblée nationale jeudi matin, Tamara Thermitus dit espérer que son passage à la Commission «ait pu faire de la lumière sur la grande nécessité de changement dont cette organisation a besoin».

Elle explique avoir dénoncé, à titre de présidente, l’octroi «d’avantages indus accordés à certains employés et la création de postes qui ne se justifient pas au sein de cet organisme et qui ont été créés pour avantager certains employés aux dépens des contribuables, ce qui a été tu et ignoré à l’externe».

Elle reconnaît toutefois que ses gestes ont pu provoquer de fortes réactions à l’interne.

Dans les circonstances, «je me vois dans l’obligation de me retirer de mon poste», a-t-elle déclaré, en ajoutant dans sa missive avoir toujours été passionnée par la défense des droits de la personne et des enfants.  

Au printemps, Mme Thermitus avait demandé à être entendue à l’Assemblée nationale, rappelant être la première femme noire à avoir été nommée présidente de la CDPDJ.

Elle soutenait que demander sa démission ou sa destitution «sans indemnisation» constituait «un grave déni de justice et une entrave aux principes de justice naturelle les plus élémentaires».

Les députés réagissent

Jeudi, la ministre de la Justice, Sonia LeBel, a dit qu’elle prenait acte de la décision de Mme Thermitus.

«La responsabilité du gouvernement, c’est de pourvoir ce poste-là le plus rapidement possible», a-t-elle fait savoir. 

De son côté, le PQ a applaudi la démission de Mme Thermitus. «C’était le geste à poser, a déclaré la porte-parole du PQ en matière de justice, Véronique Hivon. 

«Nous réclamions cette démission depuis maintenant plusieurs mois, depuis le printemps dernier, alors que la vérificatrice externe avait déposé un rapport dévastateur.

«Enfin, le geste est posé. J’ai envie de dire aujourd’hui aux employés, à toute l’équipe de la Commission des droits de la personne et de la jeunesse qu’enfin la page va pouvoir être tournée sur ce mauvais chapitre de l’histoire de la CDPDG», a-t-elle ajouté.

«La mission de la CDPDJ est trop essentielle pour qu’on laisse la cabane en désordre, a pour sa part déclaré le député de Québec solidaire, Alexandre Leduc. La ministre LeBel doit tirer des leçons et garder un œil attentif sur la gouvernance de la CDPDJ.»

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