La «presse ethnique» a couvert les élections comme la presse traditionnelle

OTTAWA — Une analyse de la couverture électorale faite par les médias des communautés culturelles suggère que cette presse a reflété sensiblement la presse traditionnelle.

L’auteur de l’étude affirme que les résultats soulignent également un fait important au sujet du soi-disant «vote ethnique»: les Canadiens issus des communautés culturelles votent essentiellement de la même façon que la population en général.

La diversité croissante de l’électorat canadien a amené les partis fédéraux à trouver plus de façons de séduire les électeurs de communautés culturelles particulières, surtout dans les circonscriptions où une communauté spécifique compte suffisamment d’électeurs pour faire basculer le vote.

Au cours de la campagne de 2019, on a vu les partis faire notamment des promesses ciblées à certaines communautés ou des annonces dans diverses langues. On a même vu — une première — le chef du Nouveau Parti démocratique, Jagmeet Singh, répondre aux questions en pendjabi, une langue qu’il parle couramment.

Mais en dépit de tout cela, la «presse ethnique» a couvert essentiellement les mêmes enjeux que les médias traditionnels, conclut M. Griffith, qui a été directeur des programmes de multiculturalisme au gouvernement fédéral. Son analyse révèle que l’éthique, les relations avec la Chine et le changement climatique ont ainsi été largement couverts par les «médias ethniques», ce qui reflète en bonne partie les articles publiés en anglais ou en français sur la campagne électorale.

En ce qui concerne les partis eux-mêmes, les libéraux et les conservateurs ont été largement couverts tout au long de la campagne, tandis que les néo-démocrates ont vu leur couverture augmenter après le débat en anglais. Avant le début de la course, en septembre, le Parti populaire du Canada, de Maxime Bernier, et ses positions sur le multiculturalisme et l’immigration avaient reçu par ailleurs plus de couverture que les verts ou les néo-démocrates.

Le NPD a finalement reçu un coup de pouce après le premier débat en anglais, où M. Singh a fait très bonne figure, selon plusieurs. La candidature de M. Singh a d’ailleurs marqué une étape importante dans la politique canadienne: il est le premier Canadien issu d’une minorité visible à diriger un grand parti politique national. Pourtant, M. Griffith soutient que les médias en langue pendjabi, ainsi que ceux qui desservent cette communauté dans des endroits comme le port d’attache de M. Singh, à Brampton, en Ontario, se concentraient beaucoup plus en général sur les campagnes locales.

Les élections de 2019 ont vu par ailleurs une augmentation des candidats issus des minorités visibles, la plus forte hausse étant observée au NPD. En 2015, selon M. Griffith, 13 % de leurs candidats étaient issus de minorités visibles, et ce chiffre est passé à 23 % en 2019. Le nombre de circonscriptions canadiennes où les minorités visibles représentaient la moitié ou plus de la population est passé de 33 % en 2015 à 41 % en 2019, selon les données du recensement qu’il a analysées.

M. Griffith a examiné pour son étude 2500 articles dans des médias représentant une variété de groupes linguistiques différents, ainsi que des publications en anglais qui s’adressent presque exclusivement à une communauté en particulier. L’objectif était d’évaluer si une personne comptant exclusivement sur les médias ethniques aurait une compréhension comparable des enjeux par rapport à quelqu’un qui dépend des médias traditionnels: l’étude tend à démonter que c’était le cas.

«En d’autres termes, les médias ethniques n’offrent pas un espace parallèle et séparé, qui renforce les silos, mais ils jouent pour la plupart un rôle important dans l’intégration politique, en couvrant les principaux enjeux communs à tous les Canadiens», conclut l’analyse.