La prise d’un anticoagulant et d’un autre produit peut être dangereuse

MONTRÉAL — La quasi-totalité des patients à qui on avait prescrit un anticoagulant oral à action directe prenait aussi au moins un médicament sans ordonnance, révèle une nouvelle étude de l’Université de la Californie à Los Angeles.

Qui plus est, le tiers d’entre eux prenaient au moins un médicament qui les exposait, en interagissant avec l’anticoagulant, à des hémorragies internes graves.

«On vérifie toujours l’usage d’autres produits par le patient parce que oui, il peut y avoir des interactions qui sont significatives, a commenté le pharmacien Pierre-Marc Gervais, qui est chargé de cours à la Faculté de pharmacie de l’Université de Montréal. Ce n’est pas toujours le cas, mais dans certains cas ça pourrait être important.»

Les chercheurs ont interrogé entre avril et octobre 2018 quelque 800 sujets à qui on avait prescrit un anticoagulant. Ils leur ont demandé à quelle fréquence ils prenaient de l’aspirine, de l’ibuprofène, du naproxène et de l’acétaminophène. Ils les ont aussi questionnés concernant leur utilisation d’une quinzaine de produits de santé naturels.

Les chercheurs ont noté un manque généralisé de connaissances concernant les interactions possibles entre l’anticoagulant et ces autres produits.

«Principalement ça augmente le risque de saignements. Dans la plupart des cas, ça va être une augmentation du risque de saignement gastro-intestinal, donc l’estomac qui saigne, a expliqué M. Gervais. Dans de plus rares cas, ça peut mener à une diminution de l’efficacité de l’anticoagulant, et là on va développer des problèmes comme des thromboses — des thromboses veineuses profondes, des thromboses dans les jambes ou au niveau des poumons, une embolie pulmonaire. Dans certains cas ça peut mener à des caillots qui vont se faire dans le coeur; les gens qui ont de la fibrillation auriculaire, quand ce caillot-là se déplace, ça va faire des blocages ailleurs dans le corps.»

Risque de saignements abondants

Des médicaments comme l’ibuprofène (l’Advil) peuvent endommager la paroi de l’estomac, ajoute M. Gervais; chez un patient qui est déjà à risque de saignements, si la paroi est plus faible et qu’elle se met à saigner, les saignements seront plus abondants.

Dans le cas d’autres médicaments ou produits naturels, le patient pourra ne pas recevoir toute la dose d’anticoagulant qui lui a été prescrite.

«On parle beaucoup du millepertuis, qui lui augmente les enzymes qui vont participer à l’élimination du médicament, donc le patient pourrait être exposé à une dose moins grande du médicament et l’effet anticoagulant pourrait être réduit ou même perdu dans certains cas, a dit M. Gervais. Naturel ne veut pas dire sans danger. Il y a des médicaments de chimiothérapie qui sont des produits naturels, et là on parle d’une chimio très puissante.»

Les nouveaux anticoagulants oraux (les NACO), qu’on appelle plus communément les anticoagulants à action directe, n’ont pas d’interaction avec l’acétaminophène, a précisé M. Gervais. Par contre, l’acétaminophène peut devenir problématique pour les gens qui sont anticoagulés avec la warfarine (le coumadin), un médicament plus ancien.

«La plupart des traitements de vente libre sont sécuritaires quand on les prend aux doses indiquées et à court terme, a ajouté M. Gervais. Ce n’est pas parce qu’un patient prend un anticoagulant qu’il ne pourrait pas prendre une dose ou deux d’un anti-inflammatoire; c’est lorsque l’usage devient prolongé ou qu’on prend des doses plus élevées que le risque augmente.»

Un patient qui prend déjà des médicaments, soit de vente libre ou prescrits, ou qui a une condition de santé, devrait toujours consulter le pharmacien ou le médecin avant d’entamer un traitement lui-même, conseille M. Gervais.

Les plus populaires