La prison à vie pour Justin Bresaw

AMOS, Qc — Près de huit ans après les faits, Justin John Bresaw, aujourd’hui âgé de 43 ans, a reçu une peine d’emprisonnement à vie pour les meurtres au second degré de Diane Duhaime, 61 ans, René Deschâtelets, 71 ans, et Jean-Guy Labelle, 57 ans. Les incidents tragiques sont survenus le 17 septembre 2012, dans une résidence d’Amos. C’est le juge Étienne Parent, de la Cour supérieure, qui a a imposé cette sentence à l’accusé.

La comparution d’aujourd’hui devait être pro forma, c’est-à-dire pour déterminer une nouvelle date d’audience. Mais le juge Parent en a décidé autrement. «L’accusé n’avait d’autre défense que celle de troubles mentaux, a dit en substance le juge, en expliquant sa décision. Or, il n’a présenté aucun rapport médical indiquant qu’il n’était pas apte à subir son procès. Il n’a donc pas de défense à présenter, même s’il affirme ne pas avoir commis les meurtres.» Justin Bresaw, qui a eu du mal à garder son calme tout au long des procédures judiciaires, s’est une fois de plus insurgé contre le verdict du juge. «Vous êtes fou (you are a mad man)! Lui a-t-il lancé à la suite du prononcé du verdict. Vous n’avez aucune preuve contre moi!» Il a ensuite quitté la salle d’audience et a refusé d’y revenir pendant les représentations sur sentence.

Pas le libération avant 18 ans, demande la Couronne

Le Code criminel prévoit, pour les cas de meurtre au premier et au second degré, l’imposition d’une peine d’emprisonnement à vie. Seule diffère la possibilité d’être admissible à une libération conditionnelle, dont la fourchette se situe entre 10 et 25 ans, dans le présent dossier. La procureure de la Couronne, Me Geneviève Lamontagne, a donc demandé que l’homme de 43 ans ne soit pas admissible à une libération conditionnelle avant 18 ans. «Il faut tenir compte de plusieurs facteurs et de la jurisprudence pour établir cette période d’inadmissibilité, a expliqué Me Lamontagne au juge et aux familles des victimes, présentes dans la salle d’audience. L’âge de l’accusé, le fait qu’il ait tenté de fuir ses responsabilités et la violence des crimes perpétrés sont tous des facteurs aggravants. Le seul facteur atténuant, c’est que M. Bresaw n’avait pas d’antécédents judiciaires.» Selon les rapports des pathologistes produits lors de l’enquête, les trois victimes ont été battues à coups de bâtons de baseball et poignardées avec un couteau de cuisine. Le juge Parent a pris le dossier en délibéré, et rendra sa décision le 15 juillet prochain.

La condamnation de Justin Bresaw met fin à une saga judiciaire qui a connu de nombreux rebondissements. Lors des trois meurtres, en 2012, il avait tenté de maquiller ses crimes en mettant le feu à la résidence, où il était logeur avec Jean-Guy Labelle. Il avait ensuite pris la fuite et avait été arrêté en Floride, le 7 octobre 2012. Extradé, il avait subi un premier procès devant juge et jury à Val-d’Or, procès au cours duquel il avait été reconnu coupable en 2015. La Cour d’appel du Québec avait invalidé le jugement en 2017, estimant que le juge au dossier avait erré dans ses directives au jury. Quant au deuxième procès, entrepris en 2018, il a été retardé à de multiples reprises, alors que l’accusé avait été jugé d’abord inapte, puis ensuite apte à nouveau à subir son procès. Il a aussi perdu en route son avocate, Me Julie Bolduc, d’où le fait qu’il se représentait seul aujourd’hui.

Texte de l’Initiative de journalisme local

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