La quarantaine à l’hôtel remise en question pour les Canadiens à faible revenu

OTTAWA — L’Association canadienne des libertés civiles remet en question la décision du gouvernement fédéral d’imposer une quarantaine à l’hôtel pour les voyageurs internationaux, affirmant que cette mesure pourrait nuire aux Canadiens à faible revenu et empiéter sur la liberté de circulation des citoyens.

L’avocate Cara Zwibel, qui dirige le programme des libertés fondamentales de l’organisme, appelle Ottawa à démontrer que les voyageurs qui reviennent présentement de l’étranger ne respectent pas leur obligation de s’isoler chez eux.

Justin Trudeau a annoncé il y a plus de deux semaines que les voyageurs rentrant au pays seront bientôt soumis à une quarantaine à leurs frais dans des établissements hôteliers désignés pour une durée de jusqu’à trois jours. Le premier ministre a néanmoins reconnu que seule une petite fraction des cas de COVID-19 semble résulter de séjours à l’étranger.

Mme Zwibel soutient que la facture — de 2000 $ ou plus, selon le gouvernement — pourrait s’avérer prohibitive pour les Canadiens à faible revenu qui doivent se rendre au chevet d’un proche malade ou recevoir des soins spécialisés à l’étranger.

Les conditions de santé qui rendraient la quarantaine à l’hôtel particulièrement difficile constituent également une source de préoccupation.

Pour ces personnes, voyager n’est pas un luxe, plaide Mme Zwibel.

Dans une lettre adressée au ministre des Transports et au procureur général du Canada, l’Association canadienne des libertés civiles demande au gouvernement fédéral de prévoir des exemptions et des dispenses de frais dans de telles situations.

Ottawa n’a pas précisé le moment où entrerait en vigueur la quarantaine obligatoire à l’hôtel, l’une des nombreuses mesures visant à contenir la propagation transfrontalière du virus et à produire un effet dissuasif sur les voyages non essentiels.

Le 29 janvier dernier, Justin Trudeau a annoncé que les compagnies aériennes canadiennes suspendaient leurs vols vers le Mexique et les Caraïbes jusqu’au 30 avril. Et les Canadiens qui choisissent de s’envoler à l’étranger doivent maintenant avoir obtenu un résultat négatif à un test de dépistage de la COVID-19 moins de 72 heures avant leur vol de retour.

Selon l’Agence de la santé publique du Canada, environ 2% des cas «d’exposition connue» au virus sont liés à des voyages internationaux et cette proportion était encore plus faible dans les dernières semaines. Toutefois, pratiquement aucun test n’est réalisé à la frontière et la source de nombreux cas récents demeure inconnue.

L’article 6 de la Charte canadienne des droits et libertés stipule que tout citoyen «a le droit de demeurer au Canada, d’y entrer ou d’en sortir», bien que tous les droits sont soumis à des limites raisonnables.

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