La quasi-totalité des assureurs refusent de couvrir les pitbulls, dit le BAC

MONTRÉAL – Les pitbulls ont mauvaise presse, au grand dam de leurs propriétaires. Mais c’est sans compter que si leur animal attaque, ils risquent fort de se retrouver à payer eux-mêmes pour les dégâts, car la quasi-totalité des assureurs refusent de couvrir cette race de chien, indique le Bureau d’assurance du Canada (BAC).

Et leurs victimes risquent malheureusement de ne pas être dédommagées pour leurs blessures et tout ce qu’elles ont subi si le maître est sans le sou.

Selon le BAC, les races considérées comme les plus problématiques par les assureurs sont les pitbulls et les rottweilers.

«Ce sont les deux races les plus bannies», mais il peut y avoir des exceptions pour un client en particulier, indique Caroline Phémius, responsable des relations médias au BAC.

De plus, chaque assureur décide s’il couvre ou pas un risque.

Bref, il peut refuser un client qui a un tel chien, l’accepter mais refuser d’assurer en responsabilité civile les dommages causés par l’animal, ou accepter avec une prime plus élevée, vu le risque présenté par la bête en question. Cette dernière option est toutefois rarement vue dans le cas des chiens, souligne le BAC.

Selon Mme Phémius, il n’y a pas d’études statistiques derrière la décision de ne pas assurer les pitbulls et les rottweilers, mais plutôt des avis d’experts et les nouvelles diffusées dans les médias sur d’horribles attaques de chiens qui défigurent notamment des enfants.

Le BAC n’a pas non plus de statistiques sur le nombre de blessures causées par les chiens ni sur le nombre de réclamations d’assurance. Les assureurs contactés n’en avaient pas non plus. Au plus, Intact Assurance dit ne pas avoir vu de hausse récemment du nombre d’attaques.

Selon Jules Picard, un courtier chez Bouchard et Associés, Solutions d’assurance, qui offre les produits de plusieurs entreprises, quand il est question de pitbulls, de rottweiler — ou de tout croisement avec ces deux races — la plupart des assureurs préfèrent «ne pas toucher au risque».

Il dit ne connaître que deux assureurs qui l’acceptent, et leur réfère tous les cas de maîtres en quête d’assureur pour leur animal. Il dit voir de 10 à 30 cas chaque année de propriétaires de chiens qui peinent à trouver un assureur.

Pourquoi cette attitude des assureurs? Selon lui, cette position vient du fait que les pitbulls causent plus de dommages que les autres chiens lorsqu’ils attaquent.

«Dès que le pitbull va décider de mordre, personne ne peut se défaire de ses mâchoires», dit-il.

Et puis, le propriétaire est responsable des dommages causés par son animal: il a donc des moyens de défense très limités s’il se fait poursuivre devant les tribunaux. Une situation coûteuse que cherchent évidemment à éviter les assureurs.

Chez Desjardins, le pitbull entraîne automatiquement un refus d’assurer, dans la majorité des cas. Mais on regarde aussi de près les dossiers des rottweilers et des autres chiens dressés pour l’attaque.

Car «ce sont des races de chiens prédisposées à l’agressivité», avance Valérie Lamarre, porte-parole de Desjardins.

À La Capitale, on refuse les pitbulls et les chiens dressés pour l’attaque. Trop risqué, juge-t-on. S’il s’agit toutefois d’un client actuel qui adopte un pitbull, une analyse du dossier sera faite et la responsabilité du chien pourrait alors être exclue, tout en gardant le client.

Cette décision a été prise parce que les blessures causées par ces chiens sont plus sévères, explique Pierre Duchesne, porte-parole pour La Capitale.

Selon les statistiques, les golden retrievers mordent peut-être plus souvent que les pitbulls, dit-il, mais les dégâts causés sont moins graves.

Et comme les blessures de pitbulls sont beaucoup plus importantes, «cela amène presque nécessairement une poursuite contre le propriétaire», dit-il.

Tous ces coûts — les avocats pour le procès et le paiement des dommages si le maître est jugé responsable — s’additionnent et devront être répartis sur tous les autres clients de l’assureur, ce qui n’est pas équitable pour eux, juge M. Duchesne.

Et comme la plupart des assureurs refusent de couvrir les chiens plus dangereux, si La Capitale les accepte, elle va se retrouver à assurer tous les pitbulls de la province, fait-il valoir pour expliquer la position de l’entreprise.

Chez Bélair et Intact Assurance, on dit ne pas exclure de races de chiens d’emblée mais plutôt procéder à une analyse au cas par cas. Par contre, les pitbulls, les dobermans et les rottweilers sont considérés à risque plus élevé chez Intact et entraînent ainsi une analyse plus poussée, notamment l’historique de l’assuré.

Les attaques de pitbulls sur des humains ou d’autres chiens ont mené à 14 jugements civils pour dommages depuis 2008, selon un décompte effectué à l’aide de la banque de jugements québécois.

Ce chiffre pourrait bien n’être que la pointe de l’iceberg puisqu’il ne tient pas compte de tous les litiges qui se sont réglés à l’amiable avant procès — et même avant qu’une poursuite ne soit intentée. Cela pourrait s’être produit dans de nombreux cas puisque les maîtres de chiens n’ont pas réellement de moyens de défense en cas d’action en justice.