La querelle de la Cour suprême rehaussera la visibilité de Kamala Harris

SACRAMENTO, Calif. — Kamala Harris est en voie de devenir une figure de proue de l’opposition démocrate au choix du président Donald Trump à la Cour suprême, son statut à la fois de législatrice et de candidate à la vice-présidence la plaçant au centre des débats.

La sénatrice californienne joue un rôle unique après le décès de la juge Ruth Bader Ginsburg vendredi. Elle est la colistière de Joe Biden et membre du puissant Comité judiciaire du Sénat, qui tiendrait une audience sur le candidat de M. Trump.

Depuis que M. Biden a choisi Mme Harris comme colistière en août, elle a largement diffusé le message de la campagne auprès d’un public plus restreint par le biais de collectes de fonds virtuelles et de quelques excursions d’une journée dans des États clés. Une audience de confirmation très attendue changerait presque certainement cela, donnant à Mme Harris une plate-forme idéale pour démontrer ses compétences politiques et articuler le message de la campagne selon lequel le successeur de Mme Ginsburg ne devrait pas être choisi avant les élections.

«Simplement dans la discussion sur ce qui devrait se passer, son rôle au sein du Comité judiciaire lui donne, je pense, plus de visibilité, a déclaré le sénateur Tim Kaine de la Virginie, le candidat démocrate à la vice-présidence de 2016. Et les gens l’écouteront un peu plus attentivement, sachant qu’elle est membre du Comité judiciaire.»

Procureure aguerrie, M. Harris a eu des moments de flamboyance lors d’audiences de confirmation précédentes. Elle a été largement félicitée par les démocrates pour son interrogatoire de Brett Kavanaugh lors du dernier combat de confirmation à la Cour suprême. Dans un échange mémorable destiné à mettre en lumière les enjeux de la nomination pour le droit à l’avortement, elle a demandé à M. Kavanaugh s’il connaissait des lois permettant au gouvernement de contrôler le corps des hommes. Il n’en connaissait pas.

M. Trump évoque souvent ces audiences quand il attaque Mme Harris. Le président, qui pourrait annoncer son candidat plus tard cette semaine, est susceptible de maintenir les attaques alors qu’il cherche à motiver les électeurs républicains, y compris ceux au-delà de sa base centrale, avec la chance de gagner un autre siège au tribunal.

«Personne n’a jamais souffert comme le juge Kavanaugh a souffert entre les mains (…) de ces horribles personnes, a déclaré M. Trump à un public de la Caroline du Nord samedi, le lendemain de la mort de Mme Ginsburg. Ils l’ont fait souffrir, et la cheffe de la meute, je dirais, était Kamala.»

M. Biden et Mme Harris devraient faire de l’accès des Américains aux soins de santé un thème central de leur campagne sur l’importance de ce siège vacant, les juges étant prêts à entendre une affaire visant à annuler la loi sur les soins abordables peu après les élections de novembre. Les conservateurs détiendraient une majorité de 6 contre 3 si M. Trump réussissait à nommer un candidat.

Mme Harris s’est engagée à honorer le souhait de Mme Ginsburg de ne pas être remplacée jusqu’à ce qu’un nouveau président soit élu, et samedi, elle a diffusé sur Twitter une photo de son mari et elle devant la Cour suprême.

«Les enjeux de cette élection ne pourraient pas être plus élevés, a-t-elle écrit. Des millions d’Américains comptent sur nous pour gagner et protéger la Cour suprême — pour leur santé, leurs familles et leurs droits.»

Par ailleurs, les démocrates du Comité judiciaire ont déclaré qu’«envisager un candidat avant la prochaine investiture serait tout à fait inapproprié». La sénatrice Dianne Feinstein, la collègue californienne de Mme Harris, est la principale démocrate de ce comité.

Le calendrier de toute audition au Sénat pourrait placer Mme Harris devant un public national plus régulièrement qu’elle ne l’a fait depuis son adhésion au ticket démocrate. Elle a récemment commencé à voyager dans les États pour faire campagne, bien que la pandémie ait radicalement changé à quoi ressemblent de tels événements. Elle organise régulièrement des collectes de fonds numériques et des interviews avec des stations de télévision locales dans les États en jeu, mais elle n’a prononcé qu’un seul discours destiné à un public national au-delà de ses remarques lors de la convention démocrate. Sa plus grande collecte de fonds a été numérique, en compagnie d’Hillary Clinton, et a attiré plus de 100 000 personnes.

Enfant d’immigrants et première femme noire sur le ticket présidentiel d’un grand parti, Mme Harris peut parler plus personnellement que M. Biden, un homme blanc de 77 ans, de certaines des questions les plus polarisantes que le tribunal a tranchées ces dernières années. Les droits de vote sont un élément clé du message de sa campagne. Elle a été une ardente défenseuse des droits des jeunes immigrés à rester au pays même s’ils y ont été emmenés illégalement comme enfants. Elle a aussi défendu le mariage homosexuel et le droit à l’avortement.

La possibilité d’annuler la décision de 1973 dans Roe c. Wade, qui protège le droit d’une femme à l’avortement, est depuis longtemps une priorité pour les électeurs républicains. Les démocrates espèrent que le maintien de la loi peut être un facteur tout aussi motivant pour leurs électeurs, en particulier les jeunes.

«J’ai beaucoup confiance en ce moment que la sénatrice Harris comprend vraiment cela, qu’elle va se battre bec et ongles pour empêcher que le siège ne soit pourvu», a déclaré Alexis McGill Johnson, le président de Planned Parenthood.

Mme Harris est douée pour «poser des questions qui présentent un argument solide pour le grand public», a déclaré Nathan Barankin, une aide de longue date qui était son chef de cabinet lors des audiences de M. Kavanaugh.

Au-delà de son interrogatoire de M. Kavanaugh, il a souligné son interrogatoire en 2017 du sénateur Jeff Sessions, en tant que premier procureur général de M. Trump. Lorsque Mme Harris a exigé de M. Sessions de savoir s’il avait parlé avec des ressortissants russes pendant la campagne de 2016, il a répondu que son interrogatoire rapide le «rendait nerveux».

«Chaque membre du Sénat est conscient du fait que Kamala Harris, lorsqu’elle aura l’occasion d’interroger des témoins, obtiendra des informations nouvelles et différentes», a ajouté M. Barankin.

On ne sait pas encore si le chef de la majorité au Sénat, Mitch McConnell, tentera de commencer les travaux avant les élections du 3 novembre ou si, advenant une défaite de Trump, il essaiera de précipiter l’approbation d’un candidat avant l’investiture de M. Biden en janvier.

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