La reine Élisabeth II est décédée à l’âge de 96 ans, annonce Buckingham

LONDRES — La reine Élisabeth II s’est éteinte jeudi à l’âge de 96 ans, a annoncé le palais de Buckingham.

Le prince Charles, l’héritier du trône, sa femme Camilla et sa sœur la princesse Anne étaient avec la reine au château de Balmoral, sa résidence d’été en Écosse. D’autres membres de la famille royale, dont ses petits-fils, les princes William et Harry devaient également se rendre à son chevet.

Au décès de la souveraine, son aîné âgé de 73 ans est automatiquement devenu le roi Charles III. Sa deuxième épouse, Camilla, âgée de 75 ans, portera désormais le titre de reine consort.

Depuis quelques mois, la reine déléguait de plus en plus ses responsabilités à Charles et à d’autres membres de la famille royale alors qu’elle avait du mal à se déplacer.

À la suite de l’annonce du décès, le roi Charles III a déclaré par voie de communiqué qu’il s’agissait pour lui et sa famille d’«un moment des plus tristes» ajoutant être conscient que «sa perte va affecter profondément les gens à travers le pays, le royaume et le Commonwealth ainsi que de nombreuses personnes autour du monde».

Souveraine du Royaume-Uni, du Canada et du Commonwealth, Élisabeth avait accédé au trône en 1952, à l’âge de 25 ans.

Le 21 avril 2016, elle avait soufflé ses 90 bougies et ainsi consolidé son titre de monarque britannique ayant vécu et régné le plus longtemps. Celle qui n’était pourtant pas destinée au trône y a vu défiler plus du quart des présidents américains de l’histoire.

Reconnue pour son fort attachement à l’intimité de la famille royale, la reine avait un caractère décrit comme endurant et victorien. Son règne a néanmoins été le théâtre de l’avènement des chaînes d’information en continu et de l’incessant cycle de nouvelles.

Malgré l’indéfectible sens du devoir de la reine Élisabeth, la vie et le mariage des autres membres de la maison de Windsor ont dissipé l’aura de respectabilité de la famille royale, pour qui le mariage du prince William à Kate Middleton aura néanmoins marqué un renouveau.

La reine laisse dans le deuil ses quatre enfants, les princes Charles, Andrew et Édouard ainsi que la princesse Anne; de même que les huit petits-enfants et douze arrière-petits-enfants.

Un règne inattendu

Avant qu’elle n’atteigne l’âge de dix ans, une vie relativement paisible attendait celle que l’on surnommait «Lillibet».

Son grand-père était, à sa naissance, troisième dans l’ordre de succession. En tant que cadet, son père ne devait pas non plus accéder au trône, mais son frère aîné, couronné sous le nom d’Édouard VIII, a finalement abdiqué pour épouser son amante américaine.

À la mort de son père, devenu le roi George VI, elle se trouvait à 6500 kilomètres de Londres, au Kenya. À son retour, elle a déclaré lors de la cérémonie au palais Saint-James: «Mon cœur est trop lourd aujourd’hui pour que je vous dise autre chose (…) que je travaillerai toujours à maintenir le gouvernement constitutionnel et à améliorer le bonheur et la prospérité de mon peuple, dispersé à travers le monde.»

Son couronnement a été célébré en grande pompe, avec cinq rois et sept reines présents dans l’assistance. Elle est arrivée à l’abbaye de Westminster à bord d’un carrosse doré, observée par des millions de téléspectateurs un peu partout dans le monde.

Le premier ministre britannique de l’époque — nul autre que Winston Churchill — l’avait alors qualifiée de «silhouette rayonnante amenée par la providence à un moment où le présent est difficile et l’avenir, voilé».

La royauté et les médias

La bouffée d’optimisme apportée par son couronnement et les frasques de ses enfants ont porté la célébrité de la famille royale vers de nouveaux sommets.

De ses quatre enfants, seul le prince Édouard n’a pas connu le divorce.

La pénible séparation entre son fils, le prince Charles, et Diana Spencer a longtemps alimenté les journaux à potins britanniques notoirement salaces. La réaction de la reine à la mort de la princesse de Galles a d’ailleurs été passée sous la loupe — et vivement critiquée.

La reine a regagné la sympathie de ses sujets en 2002, soit durant l’«annus horribilis» ayant marqué sa cinquantième année de règne, mais aussi la perte de sa mère et de sa sœur Margaret.

Lors d’un discours à Londres, elle avait alors imploré les médias de faire preuve d’une plus grande clémence.

«Aucune institution — ville, monarchie, quoi que ce soit — ne devrait s’attendre à échapper à l’examen de ceux qui lui donnent leur loyauté et leur soutien, sans compter ceux qui ne les leur donnent pas, avait-elle déclaré. Mais nous faisons tous partie du même tissu de la société nationale et cet examen (…) peut être tout aussi efficace s’il est réalisé avec une touche de douceur, un bon sens de l’humour et de la compréhension.»

 Certains membres de la presse britannique se plaignent d’avoir trop peu accès aux nouvelles concernant la famille royale, tandis que d’autres considèrent qu’on leur accorde un trop grand intérêt.

La répugnance de la reine à l’égard de toute invasion dans sa vie privée était bien connue, mais elle tâchait tout de même de trouver un équilibre entre familiarité et réserve.

Longue histoire d’amour

Son mariage au lieutenant Philip Mountbatten, en 1947, n’avait rien de forcé. Dix ans plus tard, elle a fait de lui un prince.

La gouvernante d’Élisabeth affirme que celle-ci était âgée de 13 ans lorsqu’elle a rencontré le jeune marin. Ils ont plus tard échangé des lettres, puis, lors d’un congé de la Marine royale, il l’a emmenée au théâtre. Sa voiture de sport rouge apparaissait de plus en plus souvent devant le palais, lorsqu’il a finalement demandé sa main au roi.

À leur cinquantième anniversaire de mariage, le prince Philip a rendu hommage à sa tolérance.

«Je pense que la plus grande leçon que nous avons tirée est que la tolérance est un ingrédient essentiel dans tout mariage heureux, avait-il exposé. Je peux vous assurer que la reine a la qualité de la tolérance en abondance.»

La reine Élisabeth II est montée sur le trône à l’ère nucléaire, en pleine guerre froide. Une vague de revendications d’indépendance déferlait alors sur le Commonwealth.

Au Royaume-Uni, une révolution socio-économique était en marche, avec le tout premier gouvernement à majorité travailliste.

La crise du canal de Suez avait aussi éclaboussé la jeune reine, qui devait assurer la transition de la monarchie vers la modernité.

Elle a mis fin aux fêtes de «présentation» des jeunes aristocrates, dites débutantes, et instauré des déjeuners informels avec des fonctionnaires, politiciens et autres personnalités publiques. Elle a également ouvert le palais de Buckingham aux visiteurs pendant l’été.

En 1997, quelques mois après la mort de Diana Spencer, elle avait laissé entendre qu’elle avait appris de ses erreurs. Reconnaissant d’abord que la monarchie héréditaire n’existe qu’avec «le soutien et le consentement du peuple», elle a souligné que ce rapport était difficile à déchiffrer pour une institution ancrée dans la tradition, contrairement aux politiciens qui obtiennent cet assentiment aux urnes.

«Pour nous (…), le message est souvent plus difficile à déchiffrer, obscurci par la révérence, la rhétorique et les courants conflictuels de l’opinion publique», avait-elle exposé.

«Mais nous nous devons de le déchiffrer.»

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