Une rentrée dans les cégeps à géométrie variable

La façon dont se déroulera l’enseignement peut varier d’un établissement, d’un programme et même d’un professeur à l’autre.

Photo : Philippe Bout / Unsplash

MONTRÉAL — La rentrée scolaire dans les cégeps sera à géométrie variable : des étudiants auront des occasions d’aller physiquement en salle de classe, d’autres moins, et certains n’y mettront peut-être pas du tout les pieds.

Le Regroupement des cégeps de Montréal (RCM) a présenté jeudi matin les mesures mises en place pour accueillir la population étudiante et les employés, ainsi que des précisions sur la façon dont les cours se dérouleront.

« Nous sommes conscients qu’il s’agira d’une rentrée hors du commun », a déclaré d’entrée de jeu Nathalie Vallée, directrice générale du Collège Ahuntsic, lors d’une conférence de presse.

Le mandat donné aux cégeps est de taille : assurer la sécurité de tous, en offrant le meilleur enseignement possible, ce que beaucoup d’étudiants, de parents et de professeurs interprètent comme des cours en personne.

Les 12 cégeps de Montréal se disent fin prêts à accueillir les étudiants.

Ils soutiennent que les protocoles sanitaires sont bien ficelés et maîtrisés. « De concert avec les experts de la Direction de la santé publique de Montréal, nos cégeps ont élaboré des protocoles qui incluent les mesures de distanciation physique, le port du masque, la protection oculaire lorsque nécessaire, ainsi que la traçabilité des personnes en cas d’éclosion », font-ils valoir.

Mais la façon dont se déroulera l’enseignement, lui, peut varier d’un établissement, d’un programme et même d’un professeur à l’autre.

Il y aura des cours en présence physique, l’accent ayant été mis sur les programmes techniques et professionnels, qui exigent des laboratoires — notamment en chimie et même en cinéma. Des classes « hybrides » sont prévues, notamment au Collège Dawson et au Collège Ahuntsic : un enseignant sera en salle de classe avec un nombre limité d’élèves — qui auront réservé leur place — et les autres seront entièrement en ligne par visioconférence.

Il est estimé que 30 % des élèves auront à aller en classe, à un moment donné, chaque semaine, a déclaré Mme Vallée, qui a offert ce pourcentage en réponse aux questions répétées à ce sujet.

Mais ce pourcentage pourrait bien être plus élevé, a-t-elle déclaré. Il est difficile de le calculer lorsque les 55 000 cégépiens montréalais ont des cours différents, certains nécessitant des laboratoires, mais pas d’autres.

Elle refuse toutefois de conclure que 70 % des étudiants ne verront pas les murs d’une classe cet automne. « Ça m’apparaît élevé », dit-elle, ajoutant qu’ils devraient être plus nombreux à se présenter sur les campus.

Les cégeps ont l’intention de multiplier les rencontres avec les élèves, autant que cela est possible. Des activités d’accueil ont aussi été organisées.

« La qualité de l’enseignement n’est pas édulcorée parce qu’il est à distance », a-t-elle assuré.

Et puis, il ne faut pas tomber dans le piège des pourcentages, a renchéri Richard Filion, directeur général du Collège Dawson. Le chiffre de 30 % a été lancé cet été par le ministre de l’Éducation, Jean-François Roberge, dans son plan de rentrée, demandant aux cégeps un maximum de cours en salle, et en mettant l’accent sur les nouveaux élèves.

« Mais c’est une abstraction, dit-il au sujet du 30 %. Notre intérêt et notre effort est de permettre au maximum aux étudiants de venir. On invite les professeurs à venir en classe. Il y aura un effet de rotation. »

La Fédération des cégeps, un regroupement provincial, compte parmi ses membres 48 établissements, dont 35 à l’extérieur de Montréal.

Il est impossible de donner des pourcentages de cours qui seront donnés dans une salle de classe physique, indique sa directrice des communications, Judith Laurier.

« Cela varie d’un endroit à l’autre », a-t-elle confirmé. Cela dépend de l’architecture et de la configuration du bâtiment — couloirs étroits, cafétéria limitée, salles de classe de petite taille si le cégep est dans un bâtiment patrimonial hérité des institutions religieuses — mais aussi de bien d’autres facteurs.

« Certains cégeps étaient à l’étroit avant la COVID », dit-elle. On ne peut pas leur demander de tout faire en présence des enseignants !

Par exemple, le cégep de Baie-Comeau a confirmé que tous les cours seront offerts en classe cet automne, avec étudiants et enseignants. Le petit nombre d’élèves a rendu cette option possible, indique l’établissement.

Et si certains cégeps, qui n’ont pas la place pour accueillir tous les étudiants en classe, ont choisi de privilégier ceux de première année, d’autres ont préféré alterner pour éviter le décrochage, a souligné Mme Laurier.

Même chose pour l’accueil des étudiants de première année: des établissements ont effectué des webinaires, mais d’autres, comme le cégep de Sherbrooke, ont organisé l’accueil sur le campus.

Les cégeps disent avoir beaucoup appris de la fin de session du printemps, quand la pandémie a débuté. Ces apprentissages les ont guidés pour façonner le plan de rentrée.

Défis particuliers

Beaucoup de jeunes ont eu une fin d’année au secondaire qui a été escamotée par la COVID-19, et ont peut-être manqué certains apprentissages.

Il sera possible pour les professeurs de faire de petits tests en début d’année pour évaluer leur niveau de connaissance, a indiqué M. Filion.

Et si les cégeps travaillent d’arrache-pied pour prêter aux étudiants qui en ont besoin des ordinateurs, certains n’ont pas d’internet à la maison — ou habitent dans un logement surpeuplé. Des cégeps mettront à leur disposition des locaux où ils pourront travailler.

Le problème d’internet se présente aussi dans des endroits du Québec où la bande passante est faible, comme dans le Bas-St-Laurent, a indiqué Mme Laurier. Là aussi des endroits seront prévus pour que les jeunes puissent écouter leurs cours en ligne en paix.

« Ce n’est pas une année standard », tranche-t-elle.

Les syndicats inquiets

La Centrale des syndicats du Québec (CSQ) et ses fédérations s’inquiètent toutefois du silence de la nouvelle ministre de l’Enseignement supérieur, Danielle McCann.

Ils la pressent de « sortir de l’ombre » et l’invitent à faire part de son plan pour le retour en classe.

Les enseignants en ont marre de « naviguer à vue », dit la Centrale.

La présidente de la CSQ, Sonia Ethier, s’explique mal qu’en pleine pandémie, les réseaux collégiaux et universitaires soient laissés à eux-mêmes : « la ligne de l’autonomie des établissements a été dépassée au profit de l’abandon », est-il précisé dans un communiqué diffusé mercredi.

À l’heure actuelle, aucun protocole sanitaire en cas d’éclosion chez le personnel ou chez les étudiants n’a été décrété pour les établissements post-secondaires, note-t-elle. Elle dit aussi remarquer des situations très inégales d’un milieu à l’autre.

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