La santé publique amorce un effort de dépistage massif à Montréal

MONTRÉAL — Les autorités de santé publique lancent un effort de dépistage massif sur le territoire de Montréal principalement axé sur les foyers de transmission communautaire les plus critiques.

Le directeur national de la santé publique, le docteur Horacio Arruda, était exceptionnellement dans la métropole, vendredi, pour donner les grandes lignes de cet effort visant à juguler la propagation de la COVID-19.

Il a ainsi expliqué que les endroits où la pandémie s’est installée dans la communauté, comme c’est le cas dans les secteurs de Montréal-Nord, Saint-Michel, Parc-Extension ou Rivière-des-Prairies, notamment, feront l’objet d’une intervention intensive.

«Les régions où l’on observe une transmission communautaire soutenue recevront au départ un total de 80 % des analyses disponibles», ceci afin «de ne pas utiliser des tests pour des bénéfices qui ne seraient pas au rendez-vous».

À ses côtés, la directrice de la santé publique de Montréal, la docteure Mylène Drouin, a fait valoir que «le dépistage, c’est une condition essentielle pour pouvoir rouvrir certains secteurs de la société à Montréal et dans le Grand Montréal de manière sécuritaire et réussie».

La docteure Drouin a précisé que «quelques centaines» de personnes seront ajoutées à ses équipes au cours des prochaines semaines pour oeuvrer non seulement au dépistage, mais aussi aux enquêtes épidémiologiques entourant chaque cas et à la gestion des éclosions.

«Une autre clé au succès d’un déconfinement réussi, c’est d’être capable d’enquêter dans les 24 heures les cas et de retracer les contacts, isoler les contacts et, si on voit qu’il y a des milieux de vie dans lesquels ces cas se sont trouvés, on doit identifier les éclosions et intervenir rapidement, que ce soit dans un milieu de travail, une garderie une école ou un milieu communautaire», a-t-elle illustré.

Suivi délinquant

Ce dépistage se concentrera sur les personnes qui présentent des symptômes de la maladie, mais celles qui ont de tels symptômes et qui ont été en contact avec des cas positifs confirmés ne subiront pas de test; elles seront plutôt désignées comme étant positives et intégrées dans les enquêtes épidémiologiques.

Le docteur Arruda a par ailleurs déploré que certaines personnes ayant reçu un diagnostic de COVID-19 ne suivent pas les consignes qui leur sont données après que la santé publique ait communiqué avec elles par téléphone.

«Soit qu’ils ne se rapportent pas, soit qu’ils ne regardent pas leurs symptômes ou qu’ils ne restent pas isolés. Cette situation est très problématique et va nuire grandement au travail de nos équipes de santé publique qui travaillent jour et nuit à essayer d’éviter la propagation de façon intense. Le succès des différentes mesures repose entre autres sur la collaboration de tous. On l’a eue la collaboration jusqu’à maintenant. Il ne faut pas relâcher, je vous en supplie», a imploré le docteur Arruda.

La pauvreté comme facteur aggravant

La santé publique devra également amorcer plusieurs démarches d’intervention, de sensibilisation et de suivi auprès des populations des quartiers plus affectés dont une part importante des résidants sont en situation de pauvreté.

«Le confinement a aussi des effets collatéraux au niveau des inégalités sociales de santé et d’autres besoins aussi doivent être comblés et plus on retarde la réouverture des secteurs économiques et sociaux, plus il faut être vigilant (face à) ces impacts collatéraux», a fait valoir Mylène Drouin.

Les deux médecins ont «fortement recommandé» le port du masque ou d’un couvre-visage, particulièrement dans les transports en commun, mais ont surtout longuement insisté sur l’absolue nécessité de maintenir les règles de distanciation sociale et de se laver fréquemment les mains pour freiner la progression de la pandémie si les Montréalais veulent espérer connaître un certain déconfinement.

«Avec la quantité de population qu’il y a à Montréal, si on se retrouve avec des éclosions au niveau des familles, là, ça va être difficile et là vont apparaître des cas plus sévères, des cas qui pourraient venir congestionner notre système de soins, ce qu’on a (évité) grâce à l’arrêt complet qu’on a fait, la grande pause, mais il ne faut pas non plus la relâcher. Arrêter tout, c’est facile. Repartir, c’est un grand défi», a rappelé le docteur Arruda.