La Saskatchewan comble un manque de ressources engendré par la guerre en Ukraine

SASKATOON — L’invasion de l’Ukraine par la Russie a laissé les marchés mondiaux aux prises avec des approvisionnements plus limités et des prix plus élevés que jamais, constatent des experts.

Grâce aux ressources naturelles que son sol renferme et à son agriculture stable et bien établie, la Saskatchewan s’est retrouvée en mesure d’aider à combler les lacunes d’approvisionnement mondiales causées par la guerre.

«[Les Prairies] sont de grands acteurs sur les marchés mondiaux pour ce genre de choses, dit Ellen Goddard, spécialiste de l’économie agricole et professeure émérite à l’Université de l’Alberta. Pour la majorité des Canadiens, la contribution réelle des Prairies canadiennes aux marchés mondiaux n’est pas très bien comprise».

La Saskatchewan, qui compte moins de 1,2 million d’habitants, est plutôt connue pour ses nombreux joueurs de la Ligue nationale de hockey, mais elle n’a pas la réputation d’être un grand acteur à l’échelle internationale. Cependant, les décisions prises dans ses conseils d’administration ont un impact significatif, d’autant plus que la guerre en Ukraine perdure.

Plusieurs grandes entreprises du secteur des ressources minières sont établies en Saskatchewan. Par exemple: la société Cameco, l’un des géants mondiaux de l’uranium, et Nutrien, premier producteur de potasse et troisième producteur d’azote au monde.

Toutes deux comptent saisir l’occasion de croissance que leur offre la guerre en Ukraine. 

«Avec les actions de la Russie en Ukraine, l’Occident veut résoudre son problème de dépendance envers ce pays pour cette source d’énergie. Il souhaite se procurer de l’uranium enrichi, transformé ou brut auprès de sources occidentales. Il veut acquérir du carburant fabriqué auprès de sources occidentales», a récemment affirmé Tim Gitzel, le président de Cameco.

Plus tôt cette année, les exportations de potasse de la Russie et de la Biélorussie ont chuté de manière significative en raison des sanctions et des restrictions sur les activités de financement. Peu de temps après, Nutrien a annoncé son intention d’augmenter la production de potasse à 18 millions de tonnes par an d’ici 2025 pour répondre à la demande mondiale croissante, une augmentation de 40 % par rapport à 2020.

Le producteur d’engrais a enregistré des profits records au cours des six premiers mois de l’année — récoltant 5 milliards de dollars américains —, alors que les prix des intrants agricoles ont atteint des sommets en raison de la guerre et des craintes accrues par rapport à la sécurité alimentaire mondiale.

Le président-directeur général par intérim de Nutrien, Ken Seitz, avait déclaré aux analystes en août que la société s’attendait à ce que les effets de la guerre stimulent la demande pendant de nombreuses années.

«Nous pensons que les changements structurels des marchés mondiaux de l’énergie, de l’agriculture et des engrais fourniront un environnement de soutien à Nutrien, bien au-delà de 2022», avait affirmé M. Seitz.

David Soberman, professeur à l’Université de Toronto et titulaire de la Chaire nationale canadienne en marketing stratégique, souligne que la Saskatchewan avait souffert dans le passé quand les pays d’Europe de l’Est enregistraient des surplus dans le secteur des ressources naturelles. Par exemple, les prix avaient stagné pendant des années après l’éclatement, en 2013, d’un cartel de commercialisation russo-biélorusse qui avait accru la concurrence de la potasse sur le marché.

Les entreprises de la Saskatchewan étaient cependant restées stables tout au long de cette période, précise M. Soberman. Cela a démontré au marché mondial qu’elles sont toujours fiables, surtout en ces temps d’incertitude.

«Le monde a besoin des choses que les Prairies produisent à bien des égards, dit M. Soberman. Elles sont comme un sauveur pour le monde».

Il reconnaît que la guerre en Ukraine est terrible, mais que l’incertitude qu’elle apporte peut également renforcer l’attrait de traiter avec des entreprises canadiennes.

L’approvisionnement et les prix des céréales ont également été bouleversés à la suite de l’arrêt des exportations ukrainiennes. Seul un navire a quitté un port ukrainien, en août, depuis l’invasion russe en février. Même si davantage de céréales devaient être expédiées d’Odessa, l’imprévisibilité de la guerre demeure.

La Russie et l’Ukraine comptaient parmi les principaux producteurs et exportateurs mondiaux de céréales et d’huile de cuisson. Dans les années ayant précédé la guerre, la part du Canada sur le marché mondial avait diminué en raison de l’augmentation des exportations des pays ayant accès à la mer Noire, comme la Russie et l’Ukraine.

Les Prairies canadiennes peuvent également jouer un rôle de fournisseur stable de céréales et d’huiles, soutient Joel Bruneau, directeur du département d’économie de l’Université de la Saskatchewan.

M. Bruneau souligne que les producteurs de la Saskatchewan devaient agir de manière éthique lorsqu’ils répondaient à une demande accrue causée par la guerre. Il ajoute que si les entreprises commençaient à augmenter les prix, cela ne serait pas oublié de sitôt par les partenaires à travers le monde.

«Nous sommes un bon fournisseur, a déclaré M. Bruneau. Nous réalisons donc des profits en étant un bon fournisseur.»

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