La sénatrice Lynn Beyak refuse toujours de retirer des lettres d’appui racistes

OTTAWA — Des lettres jugées racistes envers les Autochtones ont finalement été retirées du site internet de la sénatrice Lynn Beyak par le Sénat, puisqu’elle refusait de le faire elle-même.

Mme Beyak refuse toujours de se plier à l’ordonnance du Sénat et de présenter ses excuses pour avoir publié ces lettres d’appui; elle refuse aussi de les retirer et de participer à une formation de sensibilisation sur le racisme que subissent les peuples autochtones.

La controverse avait éclaté à la suite d’un discours prononcé par Mme Beyak au Sénat en janvier 2018. La sénatrice ontarienne affirmait alors que les pensionnats fédéraux pour Autochtones avaient quand même été bénéfiques — même si plusieurs enfants y ont été victimes de sévices physiques et sexuels. Elle a par la suite publié sur son site internet des dizaines de lettres de Canadiens qui appuyaient ses propos.

Mme Beyak avait été nommée au Sénat en 2013 par le premier ministre conservateur Stephen Harper, mais elle a été expulsée du caucus lorsqu’elle a refusé de retirer les lettres publiées pour la première fois au début de 2018. Les sénateurs avaient voté en mai dernier pour la suspension sans solde de Mme Beyak jusqu’à la fin de la session parlementaire, qui s’est achevée avec le déclenchement des élections fédérales le 11 septembre. 

Elle sera de retour au Sénat lorsque le Parlement reprendra ses travaux après les élections législatives du 21 octobre. Mais le sénateur Peter Harder, qui était le représentant du gouvernement libéral à la chambre haute, s’attend à ce que ses collègues envisagent rapidement de sévir à nouveau contre Mme Beyak, notamment en réactivant sa suspension sans solde.

«Indigne d’une sénatrice canadienne»

«La sénatrice Beyak a défendu à plusieurs reprises une vision déformée des pensionnats indiens, a partagé des lettres racistes sur son site internet et a jusqu’ici refusé de donner suite aux recommandations du Sénat en matière de mesures correctives», a indiqué M. Harder dans un courriel. «Il est indigne d’une sénatrice canadienne de nier l’histoire du Canada — et cela porte atteinte à la dignité du Sénat dans son ensemble. Les législateurs canadiens ne devraient pas offrir de tribune à ce type de stéréotypes raciaux — en ligne ou ailleurs.»

Mme Beyak n’a pas répondu à une demande de commentaire.

Dans un rapport publié en avril, le conseiller sénatorial en éthique, Pierre Legault, concluait que cinq des lettres contenaient des propos racistes — mais pas haineux. On y soutenait notamment que les Autochtones étaient des paresseux et des pleurnichards chroniques qui ramenaient la question des pensionnats dans le seul but d’obtenir de l’argent du gouvernement.

M. Legault a conclu que le refus de Mme Beyak de retirer ces lettres violait le code d’éthique des sénateurs. Il a estimé que la sénatrice n’avait pas respecté «les normes les plus élevées de dignité inhérente à sa charge», qu’elle n’avait «pas exercé ses fonctions parlementaires avec dignité et honneur» et qu’elle avait nui à la réputation du Sénat.

M. Legault, le Comité sénatorial de l’éthique puis le Sénat dans son ensemble ont tour à tour demandé à Mme Beyak de retirer les lettres, de s’excuser et de suivre une formation de sensibilisation, ce qu’elle a systématiquement refusé de faire.

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