La sénatrice Ringuette quitte le groupe libéral du Sénat et devient indépendante

OTTAWA – La sénatrice du Nouveau-Brunswick Pierrette Ringuette siégera dorénavant comme indépendante.

Nommée par Jean Chrétien, Mme Ringuette faisait jusque-là partie du groupe de sénateurs indépendants d’allégeance libérale — ces sénateurs que Justin Trudeau avait expulsés en bloc, il y a deux ans, afin que le Sénat devienne moins partisan.

Le groupe continuait à se réunir en caucus sénatorial. Il n’avait plus de liens officiels avec les élus libéraux au Parlement.

En annonçant, mardi, son intention de faire un pas de plus vers l’indépendance, Mme Ringuette a vanté l’utilité d’un Sénat non partisan.

«Je suis convaincue que c’est l’avenir du Sénat», a-t-elle écrit dans un communiqué, mardi matin.

«J’espère qu’il y aura d’autres sénateurs qui vont vouloir siéger comme indépendants», ajoutait-elle au cours d’une entrevue téléphonique, en après-midi.

En décembre déjà, John Wallace, sénateur conservateur, aussi du Nouveau-Brunswick, a posé le même geste que Mme Ringuette.

«Quand j’ai pris ma décision de quitter le caucus conservateur, ce n’était pas dans le but d’ouvrir un chemin où d’autres me suivraient. Chacun prend sa décision», a commenté M. Wallace à son arrivée au Sénat mardi après-midi, tout en qualifiant le geste de Mme Ringuette de «courageux».

Ni M. Wallace ni Mme Ringuette n’offrent de noms d’autres candidats à l’indépendance.

James Cowan, qui dirige le groupe libéral indépendant, dit ne pas savoir si le geste de Mme Ringuette annonce une vague de désertions.

«Nous croyons que nous pouvons être plus efficaces en groupe», a dit M. Cowan en entrevue aux portes du Sénat.

Le leader conservateur au Sénat, Claude Carignan, est convaincu, lui, qu’il ne perdra pas d’autres joueurs qui seraient attirés vers l’indépendance.

«Non, les gens sont heureux. On a une bonne collaboration, un bon esprit d’équipe. On travaille bien ensemble», a-t-il assuré à son entrée à la chambre haute, mardi après-midi.

Au gouvernement, le leader parlementaire Dominic LeBlanc se félicitait de la décision de Mme Ringuette.

«Depuis longtemps on privilégie l’idée que les sénateurs soient plus indépendants, moins partisans», a-t-il rappelé.

«Alors si Pierrette a décidé que c’est une façon pour elle, peut-être, de servir les intérêts du Nouveau-Brunswick ou de la région de l’Atlantique et de ne pas être liée à une partisanerie que nous essayons de diminuer, et bien, tant mieux», a-t-il lancé lors d’une mêlée de presse.

M. LeBlanc, lui-même un élu du Nouveau-Brunswick, assure qu’il n’est pas intervenu pour conseiller Mme Ringuette ou M. Wallace.

La sénatrice et le sénateur ont chacun une explication. Et ils les offrent tout en riant.

«Les Néo-Brunswickois, au niveau de la fédération canadienne, ont toujours été un peu avant-gardistes», selon Mme Ringuette.

«Peut-être que (nos gestes) sont le reflet du niveau d’intelligence des Néo-Brunswickois», selon le sénateur Wallace.

Plus sérieusement, la sénatrice Ringuette assure que sa décision est le fruit d’une longue réflexion. Elle cite sa tentative, il y a deux ans, de changer les règlements du Sénat afin que la chambre opère «de façon non partisane, sur des bases régionales».

«Aujourd’hui, je prends un autre pas pour favoriser, pour accélérer, ce changement-là», dit-elle.