La situation du logement est sous contrôle, assure la ministre de l’Habitation

MONTRÉAL — Au lendemain du festival du déménagement au Québec, un nombre inhabituel de ménages se retrouvent sur la touche, incapables de dénicher un nouveau toit correspondant à leurs besoins et surtout à leurs moyens. Malgré tout, la ministre de l’Habitation maintient que tout est sous contrôle.

Fidèle à son habitude, le Front d’action populaire en réaménagement urbain (FRAPRU) a dressé son bilan de la situation le 2 juillet en matinée. Selon l’organisme, 175 ménages sont sans logement à travers le Québec, dont 45 bénéficient d’hébergement d’urgence.

Plus de la moitié des ménages sans logement, soit 98 ménages, cherchent un endroit où se loger sur l’île de Montréal.

La ministre des Affaires municipales et de l’Habitation, Andrée Laforest, confirme ces chiffres et ajoute qu’il reste également dix ménages à relocaliser à Longueuil, 14 à Sherbrooke et sept à Gatineau. Selon Mme Laforest, plusieurs d’entre eux pourront intégrer leur logement dans les prochaines semaines en raison de travaux de rénovations ou de réparations.

Elle refuse de parler de crise du logement, mais elle reconnaît le manque de logements sociaux et l’importance d’agir.

Du côté du FRAPRU, peu importe que l’on parle de crise, de pénurie ou autre qualificatif, il reste des gens inquiets.

«Il n’y a personne à la rue sur le trottoir. Les gens sont hébergés par des municipalités ou par des proches, mais ils sont toujours à la recherche d’un bail. Il ne faut pas diminuer les drames vécus par ces ménages-là», insiste la porte-parole Véronique Laflamme.

D’après les données compilées par l’organisme, plus de 500 ménages ont demandé de l’aide parce qu’ils étaient incapables de trouver un nouveau chez-soi à l’approche du 1er juillet. Lundi, plusieurs municipalités ont dû offrir de l’hébergement d’urgence et une aide d’entreposage temporaire à 45 ménages n’ayant nulle part où aller.

Des familles discriminées

Selon l’organisme de défense des droits, ces gens font face à une offre de loyers trop chers, à des refus de propriétaires en raison de leur situation financière, à un manque de logements assez grands pour accueillir une famille ou encore à de la discrimination envers les enfants ou les personnes racisées.

«C’est vraiment étonnant de voir le nombre de gens qui se font refuser des logements en raison de la présence d’enfant. Ce n’est pas nouveau, mais quand il y a une rareté de grands logements, ça se vit avec plus d’importance», observe Mme Laflamme.

Bien que la discrimination soit illégale au Québec, le seul recours est de s’adresser à la Commission des droits de la personne. Une démarche qui ne change rien au fait que la famille a besoin rapidement d’un logement.

L’une des solutions pour favoriser l’accès à des logements familiaux est la construction de logements sociaux et la ministre Andrée Laforest est d’accord.

«Ça, c’est vraiment essentiel. On a octroyé 260 millions $ pour livrer les unités de logement promises qui n’ont pas été livrées dans le passé», a-t-elle rappelé. Selon la ministre, de nouvelles unités devraient être disponibles pour le 1er juillet 2020 puisque des projets de construction devraient être annoncés à court terme.

D’après les données citées par le FRAPRU, le taux d’inoccupation des logements locatifs familiaux s’approche de zéro à Montréal, Gatineau, Laval et Longueuil.

L’organisme réclame la construction de 13 000 unités de logements sociaux, soit le nombre cumulé d’appartements promis depuis une décennie et jamais bâtis. La ministre Laforest s’est engagée à atteindre cet objectif.

Conséquences sur les enfants

Le manque de logements familiaux abordables force bien des familles à s’entasser dans des appartements trop petits. Un phénomène qui n’est pas sans conséquence sur le développement des enfants.

Les membres d’une famille vivant dans un logement dont l’espace est restreint «seraient à risque de développer des maladies respiratoires et gastroentériques infectieuses en plus des difficultés associées au stress, à la santé mentale, au sommeil, ainsi qu’à l’insécurité alimentaire», soutient l’Observatoire des tout-petits de la Fondation Lucie et André Chagnon.

Selon des données de 2016 dévoilées par l’observatoire, douze pour cent des enfants du Québec grandissent dans des appartements trop petits pour leurs besoins.

À Montréal, ce taux bondit à plus d’un enfant sur quatre (27 pour cent). La seule région qui affiche un pire taux est le Nord-du-Québec où il s’élève à 35,2 pour cent.

Selon la Norme nationale d’occupation (NNO), les parents et les enfants doivent occuper des chambres séparées. Les enfants ne peuvent être plus de deux à partager une chambre et les enfants de sexe opposé ne doivent pas partager la même chambre à partir de l’âge de cinq ans.

Pression sur le marché

Parmi les facteurs qui exercent de la pression sur l’offre de logements locatifs sur le marché, il y a d’abord le phénomène Air B&B, où les propriétaires préfèrent offrir des locations à court terme aux touristes pour empocher plus d’argent.

Québec croit pouvoir ralentir la tendance depuis l’adoption d’une loi obligeant les propriétaires à obtenir un numéro d’enregistrement auprès du ministère du Tourisme. De plus, les municipalités ont maintenant le pouvoir de réglementer la pratique sur leur territoire.

Le gouvernement entend également agir sur la conversion de logements en copropriétés. La ministre Laforest annonce que la refonte de la Régie du logement va permettre de mieux encadrer cette démarche de certains propriétaires.

«Si les gens sentent qu’il y a eu de l’abus, il faut immédiatement communiquer avec la Régie du logement. L’abus des locataires, c’est complètement interdit et c’est à ne pas faire», a déclaré la ministre.

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