La situation est trop «grave» pour assouplir les mesures, dit Legault

QUÉBEC — Le premier ministre François Legault a adopté un ton très alarmiste jeudi, pour évaluer l’évolution de la pandémie de coronavirus au Québec, qui demeure fort préoccupante.

Pas question, pour l’heure, donc, d’assouplir les mesures sanitaires imposées à la population et à l’économie, la situation étant jugée trop «grave» pour jeter du lest.

«Si on n’arrive pas à contrôler la pandémie, tout le reste prend le bord», a-t-il résumé, en conférence de presse.

Dans ce contexte, l’appel récent des restaurateurs, qui accentuent la pression sur le premier ministre pour rouvrir leurs portes à la fin du mois, risque fort de rester sans suite, a convenu M. Legault. Une décision officielle devrait être annoncée dans les prochains jours.

«Les chances sont faibles», a-t-il admis, de voir les Québécois fréquenter à nouveau leur restaurant favori en novembre.

Dans une lettre ouverte adressée au premier ministre, l’industrie de la restauration disait avoir besoin d’une réponse rapide, espérant relancer ses activités à court terme.

En zone rouge, soit pratiquement tout le Québec, restaurants et bars sont fermés depuis des semaines.

Au début du mois, dans l’espoir d’aplatir la courbe, M. Legault avait lancé un défi de 28 jours à la population, en lui demandant durant cette période d’éviter les contacts et les sorties. Mais à une semaine de l’échéance, tout indique que la période d’abstinence sociale sera prolongée, même s’il n’a pas voulu le confirmer jeudi.

En conférence de presse, il a admis l’impuissance du Québec à freiner la propagation du virus, qui s’est plus ou moins stabilisée dernièrement autour de 1000 nouveaux cas par jour, sans vouloir cependant céder de terrain.

Or, un plateau d’un millier de nouveaux cas par jour, le réseau de la santé ne «peut pas supporter ça», a-t-il fait valoir, puisqu’un certain nombre des personnes atteintes devront nécessairement se retrouver à l’hôpital, rendant le système de santé plus fragile.

Grâce aux mesures contraignantes annoncées au début du mois, le gouvernement souhaitait pourtant voir à court terme un plafonnement, qui serait rapidement suivi d’une baisse du nombre de cas, mais cela ne s’est pas produit. 

Si la situation se maintient, le risque consiste à devoir procéder à du délestage, donc à reporter des chirurgies, car on anticipe une hausse du nombre d’hospitalisations reliées au virus dans les semaines qui viennent. On en compte actuellement 553.

Pour le gouvernement, toute l’énergie déployée doit viser à protéger le réseau de la santé et à épargner les personnes âgées dans les CHSLD, où on observe de nombreuses éclosions.

Le ministre de la Santé, Christian Dubé, a dit qu’il en perdait le sommeil. «Je dors très mal ces temps-ci. Je suis préoccupé», a-t-il commenté, sentant visiblement un énorme poids sur ses épaules depuis qu’il a pris les rênes du ministère en juin.

À ses yeux, la seule issue pour éviter le pire consiste à accepter de réduire les contacts interpersonnels, un objectif devenu le mantra du gouvernement.

M. Legault a donc lancé un appel pressant aux Québécois de revoir fortement à la baisse le nombre de leurs contacts avec autrui pour espérer aplatir la courbe d’infections à la COVID-19.

Dans cet esprit, le premier ministre a plaidé en faveur d’une hausse du télétravail. La limite de 25 %, fixée au printemps, d’occupation des bureaux, doit donc être perçue comme une limite maximale et non minimale, a-t-il dit. 

100 000 cas bientôt

Comme c’était le cas durant la première vague, la situation au Québec durant cette deuxième vague est bien plus grave que celle ayant cours à travers le pays, toutes provinces confondues. Le virus y a fait des ravages plus que n’importe où ailleurs au Canada. 

D’ici quelques jours, le Québec franchira le cap symbolique des 100 000 cas d’infections depuis le début la pandémie en mars.

De mercredi à jeudi, le Québec a rapporté 1033 nouveaux cas, pour un total de 97 321 depuis mars.

Le nombre de décès de la COVID-19 continue de grimper au Québec, avec 20 nouveaux décès jeudi, pour un total de 6094 personnes décédées du virus depuis le début de la première vague.

En nombre absolu, le Québec a près de 50 % de tous les cas au Canada (97 321 sur 208 234), alors qu’il ne compte que 22 % de la population canadienne.

En nombre de décès, le Québec dépasse, et de loin, toutes les provinces canadiennes, même l’Ontario pourtant beaucoup plus peuplée. On compte en fait au Québec près des deux tiers de tous les décès survenus au pays, soit 6094 sur 9858.

Le Québec a déploré deux fois plus de décès qu’en Ontario (6094 contre 3071), même si cette province compte 6 millions de citoyens de plus que le Québec.

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