La Société du chemin de fer de la Gaspésie s’inquiète pour sa survie

MONTRÉAL — Le directeur général de la Société du chemin de fer de la Gaspésie (SCFG), Luc Lévesque, craint désormais pour la survie de son entreprise si les autorités ne parviennent pas à une entente avec les Wet’suwet’en qui permettrait la levée de la barricade de Listuguj, en Gaspésie.

En entrevue avec La Presse canadienne, vendredi, M. Lévesque a indiqué que la situation atteint un seuil critique.

«Après trois semaines, on n’est plus dans les pertes d’argent, de revenus quotidiens. Là on s’approche des pertes de contrats, on s’approche des impacts majeurs à long terme et je vous dirais même qu’on est à la veille d’embarquer dans la survie de l’entreprise», a-t-il affirmé.

«Nos wagons chargés sont pris dans la ligne. Nos wagons vides ne peuvent pas s’en venir. Nos clients ne peuvent plus expédier. J’ai un train de pales d’éoliennes qui doit partir vers les États-Unis de 48 pales qui est bloqué à New Richmond.»

Environ la moitié de la trentaine d’employés de la SCFG ont été mis à pied la semaine dernière, ceux qui restent se consacrant à l’administration, l’entretien des voies et du matériel roulant.

Injonction mal reçue à Listuguj

Une porte-parole du conseil de bande des Mi’gmaqs de Listuguj a précisé que la barricade est le fait d’un groupe de membres de la communauté et que le conseil de bande n’est aucunement impliqué. Cependant, celui-ci n’a guère digéré l’approche choisie par le gouvernement du Québec, soit d’aller chercher une injonction ordonnant la levée de la barricade, mardi dernier.

Le conseil de bande, par voie de communiqué, s’est dit déçu de cette approche prise «sans tentative préalable de discuter ou de communiquer» avec la communauté pour résoudre la situation. Le conseil de bande qualifie d’inutile l’injonction et déplore au passage qu’elle n’ait pas été signifiée selon le protocole établi par le Service de police de Listuguj. Il précise qu’il n’a aucune intention de déloger de force des manifestants pacifiques et réitère son espoir de voir la situation résolue par le dialogue respectueux.

150 wagons paralysés

La SCFG dessert plusieurs entreprises, mais trois d’entre elles occupent une place prépondérante dans ses activités, en l’occurrence le fabricant de pales d’éoliennes LM Wind Power de Gaspé, la scierie Temrex de Nouvelle et la cimenterie McInnis de Port-Daniel.

«J’ai à peu près 150 wagons qui sont prêts à partir et qui ne peuvent pas sortir», a expliqué Luc Lévesque.

L’impact le plus visible, littéralement, de l’interruption de service est la présence de plusieurs dizaines de wagons avec des pales d’éoliennes immobiles depuis des semaines, LM Wind Power étant dépendante du rail pour le transport de sa production. Jusqu’ici, on ne rapporte aucune mise à pied à l’usine de Gaspé, mais le syndicat des employés ne cache pas ses craintes à plus long terme.

«Il y a aussi la matière première qui entre en partie par camion, mais aussi beaucoup par train. Donc il va y avoir un impact», avertit Louis Bégin, président de la Fédération de l’industrie manufacturière (CSN) qui représente ces travailleurs.

«Il n’y a pas de mises à pied au moment où l’on se parle. Y en aura-t-il la semaine prochaine ou l’autre après? On ne le sait pas, mais certaines matières premières requises pour la production n’ont pu être livrées depuis trois semaines», fait valoir le syndicaliste.

Chauffeurs de camion recherchés

Du côté de Temrex, on n’a pas retourné les appels de La Presse canadienne, mais il est évident que la situation cause d’importants maux de tête. Sur le site de l’entreprise, on peut lire que celle-ci a «un besoin urgent de transporteurs de bois d’oeuvre», avec une carte montrant un court trajet qui correspond à peu de choses près à celui de la voie ferrée.

Chez Ciment McInnis, une porte-parole a précisé que le blocus ferroviaire ne représente qu’un inconvénient marginal, et ce, pour deux raisons. D’une part, l’entreprise expédie 90 % de sa production par bateau et le 10 % restant se divise entre le transport par camion et le transport par rail. D’autre part, la cimenterie de Port Daniel est en période d’arrêt de production annuel depuis le début de février pour l’entretien et la mise à niveau de ses équipements.

«Les impacts sont relativement marginaux, mais ça dérange», reconnaît néanmoins Maryse Tremblay, directrice des communications chez Ciment McInnis.

«On est relativement chanceux: je sais qu’il y a des industries qui en arrachent terriblement à cause de ça», ajoute-t-elle, tout en faisant l’éloge du transporteur ferroviaire: «La Société du chemin de fer de la Gaspésie, c’est un partenaire fantastique et on est chanceux de les avoir. Ils font un travail formidable avec nous.»

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