La solitude n’est pas nécessairement néfaste pour les adolescents

MONTRÉAL — Les adolescents qui passent du temps seuls ne sont pas nécessairement dépressifs ou rejetés par leurs pairs, démontre une nouvelle étude américaine.

Bien au contraire, expliquent les chercheurs de l’Université de la Californie à Santa Cruz et du Wilmington College: la solitude pourra être une occasion d’introspection, d’expression créative, d’acceptation de soi, de croissance personnelle et de renouveau spirituel, surtout dans un monde où les adolescents sont sollicités 24 heures par jour, sept jours par semaine, par le biais de leurs appareils électroniques.

La solitude pourra être problématique si elle est imposée au jeune par son entourage ou si elle découle d’une anxiété sociale. Mais un adolescent qui choisit volontairement d’être seul sait peut-être tout simplement ce dont il a besoin.

«Ça nous fait réfléchir sur le fait que les jeunes sont très entourés, souvent connectés, peut-être trop souvent, a commenté le docteur Simon Larose, de la Faculté des sciences de l’éducation de l’Université Laval. Mais quand ils peuvent avoir des occasions (de solitude) et qu’ils choisissent eux-mêmes par autodétermination d’être seuls, ça peut être une bonne chose.»

Cette étude serait l’une des premières à différencier la solitude de l’isolement et de la timidité. Elle quantifie les bienfaits de la solitude en les distinguant des coûts de l’isolement et de la timidité.

Une des auteures, la professeure Margarita Azmitia de UC Santa Cruz, a expliqué par voie de communiqué qu’il est «bénéfique de savoir quand on a besoin d’être seul et quand on a besoin d’être avec les autres».

Sa collègue Virginia Thomas a précisé que «pour plusieurs, la solitude est comme un muscle qui ne travaille jamais. Il faut le développer, le faire bouger, et apprendre à tirer des bienfaits du temps seul».

L’élément-clé est donc la motivation derrière la solitude.

«Si je le fais parce que je veux réfléchir à des choix de projets, aux amis avec qui je veux me tenir, des questions du genre, c’est de l’autodétermination, c’est de prendre le contrôle sur ma vie, a expliqué Simon Larose. Mais si vous êtes seul parce que personne ne veut vous parler, si la motivation est reliée à la culpabilité ou à l’isolement, (…) la solitude devient problématique. Se sentir seul, se sentir isolé, se sentir à part des autres, ça reste un facteur de risque pour la dépression, pour les difficultés d’adaptation ultérieures.»

Il évoque également le phénomène du «fear of missing out», soit la crainte de rater quelque chose, le besoin d’être toujours accroché à son appareil de peur de manquer une nouvelle ou un événement dans notre réseau. L’anxiété augmente de plus en plus chez les jeunes adultes, ajoute M. Larose, ce qui n’est peut-être pas indépendant du fait que la technologie est omniprésente et que les adolescents sont très connectés.

«Dans une vie où on est submergés d’informations et de communications, parfois se retrouver seul ça fait drôlement du bien», a dit le docteur Larose.

Les parents peuvent aider leurs enfants à comprendre que la solitude n’est pas nécessairement une mauvaise chose, a indiqué Mme Azmitia. La solitude peut au contraire contribuer au bien-être d’enfants qui sont surstimulés, qui pourront alors apprendre à autoréguler leur comportement.

Les conclusions de cette étude sont publiées dans le Journal of Adolescence.